Lundi 25 juillet 2011 1 25 /07 /Juil /2011 11:44

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Blogueur de deux ans cherche femme !

Aïeeeeeeee, j’ai honte ! Mais alors croyez-moi, j’ai honte, super honte. Je vous l’avais déjà signalé, cherchez un polygame plus mauvais que moi ici-bas, vous n’en trouverez point. Et je viens de vous le démontrer. Je ne sais pas aimer deux choses à la fois.  

Depuis la création de mon second blog, Castigat ridendo mores (je ne mets pas le lien, pour que vous lisiez cet article au complet) sur la plateforme Mondoblog de la Radio France internationale, j’ai déserté ce blog, le temple de la joie. Oui, mes chers enfants adorés, papa a déserté son premier bureau pour aller se vautrer, éhonté, lâche, louche, chez la nouvelle dulcinée ! Et vous étiez là, vous qui étiez déjà si habitués au temple de la joie, vous à qui j’avais fait la promesse de continuer à publier ici, pour vous, de ne pas vous abandonner malgré mon second bureau ! Autant en emporte le vent, foi de polygame indigne ! J’ai déserté !

Et c’est avec une très grande peine que je me suis rappelé ce matin, oui, ce matin, qu’hier ce blog avait deux ans ! Bâtardise ! Non, j’ai honte. Le temple de la joie a donc fêté deux ans hier, seul, désert, veuf, orphelin… Et pourtant, c’est ce blog qui a fait de moi le blogueur (presque) professionnel que je suis aujourd’hui. C’est lui qui m’a donné le plaisir de bloguer. C’est lui qui m’a fait connaître ce grand bonheur qu’est celui de partager ses points de vue sur la Toile, et de récolter et exploiter ceux des autres. C’est lui qui m’a donné le courage de participer au concours Mondoblog de RFI… C’est lui qui m’a offert la plus grande partie de l’audience que j’ai aujourd’hui. Ciel, pourquoi faut-il toujours que nous montrions de la main gauche notre case natale, que nous remerciions nos bienfaiteurs d’un revers de la main, que nous délaissions nos vraies amours pour les fallacieuses, que nous quittions les femmes bons, celles-là qui nous font, pour les femmes biens… ?

J’ai presque oublié ce blog, mon blog ! Mais je suis là, euh…, je suis là, aujourd’hui (et peut-être désormais). Je suis là aujourd’hui pour fêter les deux ans d’existence de ce blog, mon blog. Je me rappelle ce matin du 24 Juillet 2009 où je l’ai créé. Mon éditeur venait de m’informer que mon premier livre, L’Elu de la réforme, venait d’être publié en France. Ivre de joie, je m’étais dirigé vers un cybercafé pour immortaliser ce jour. Celui-là qui marquait le début de ma carrière littéraire. Un espace où parler, parler de mes convictions, mes amours, mes déceptions, mes espoirs… Ainsi naquit ce blog.

Deux ans donc, avec ce blog. Deux ans d’amour, d’humour, de rires, de dérapages… Que dire ? Merci à vous tous qui me tenez compagnie malgré mes multiples défauts, mes excès, mes suffisances, mes insuffisances. De grâce, ne me lâchez pas ! Continuez à me supporter, à me vivre, à me redresser, et je changerai. Je changerai pour devenir le compagnon idéal que vous voulez voir en moi. Je vous le promets, je serai, désormais, plus fréquent, encore plus drôle, plus sage… pour que notre aventure continue dans une très bonne ambiance.

Mes sincères remerciements vont une fois de plus à l’écrivain togolais Kangni Alem, l’un des tout premiers lecteurs de ce blog, lui qui en a beaucoup parlé autour de lui, qui m’a permis de renter en contact avec Sami Tchak, un autre géant de notre littérature, et qui a attiré l’attention de beaucoup d’autres Togolais sur cet espace. Merci, grand prosateur TiBravien, pour votre soutien. Je ne sais pas si vous avez une fille, mais bon, je vois que vous ferez un bon beau-père, un bon beau-père à moi, bien sûr. Surtout ces temps-ci où je cherche sans succès une compagne… Ben, que voulez-vous, hein, grand, je tente ma chance, votre proverbe m’y encourage « Fais confiance à ton fétiche et écrase le piment avec ton sexe ! ». Aïeeeeeeee ! Nous n’avons plus honte de quémander dans ce pays, hein ! La honte, la honte d’un vieux trublion pingre qui mendie la fille de son mentor sur le Net ! La honte looooooooooooooooooooooooooooo

 

 

 

Par David Kpelly
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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 20:00

 

  colombe de la paix

 

 Indignez-vous, Togolais, contre vos bêtises !

J’ai connu le couple C. à Bamako en décembre 2010 lors d’une soirée organisée par un ami togolais ingénieur en Génie civil pour fêter sa promotion. Monsieur Raymond C. de Kpalimé (Sud du Togo) est ingénieur en télécommunications dans une société de téléphonie mobile du Mali. Sa femme, Ingrid, de Niamtougou (Nord du Togo) est commerciale dans la même société. Gentille fille. Le couple s’était formé sans le lien du mariage depuis deux ans, en 2008, comme on le remarque dans beaucoup de cas au Togo. Ils ont, euh, ils avaient une fille d’un an, Gracia. Toute la classe et la beauté d’un jeune couple à l’abri du besoin.

Depuis cette soirée, le couple C. était devenu pour nous, célibataires, une véritable référence qu’on citait pour se persuader qu’il était temps pour nous de chercher une compagne, fonder un foyer, et arrêter de traîner comme des chiens dans tous les restaurants togolais de Bamako à la recherche de la pâte, du foufou, ou d’autres plats du pays. Les amis assidus à l’église affirment qu’ils y sont présents tous les dimanches. Presque toujours habillés en uniforme. Un signe d’amour au pays, un couple qui s’habille en uniforme pour aller à l’église. Ils s’aimaient. Sûrement.

En mars dernier, nous étions à l’enterrement de Gracia, la fille du couple envié. Elle avait subitement trépassé d’une forte fièvre, une semaine après son retour avec sa mère du pays. Ingrid était, en accord avec son mari, partie à Niamtougou montrer sa fille à ses parents, comme il est de coutume dans nos traditions.

En mai, nous apprîmes que le couple s’était séparé, qu’Ingrid, renvoyée par son mari, avait jugé bon de retourner au Togo, comme c’était le mari qui lui avait cherché le travail et fait venir à Bamako. L’histoire ? Les parents de Raymond C. avaient conclu que leur petite-fille, Gracia, avait été envoûtée par les parents d’Ingrid, que les gens de cette région, on le leur avait bien dit, étaient des sorciers, que c’était pour cette raison qu’ils n’avaient jamais digéré leur belle-fille, qu’ils avaient toujours demandé à leur fils de la laisser tomber, de ne pas avoir d’enfant avec elle… Sous le poids de la pression de ses parents, sa mère surtout, Raymond C. finit par croire la superstition, les parents de sa femme avaient tué sa bien-aimée fille. Ingrid, la pauvre, paya l’addition. La répudiation.

Ce matin, Raymond C. m’invite, au téléphone, à assister à la présentation de sa nouvelle femme, chez lui, le dimanche prochain après la messe. Une sœur à moi, me précise-t-il. Je réponds par l’affirmative avant de m’étonner. Sa nouvelle femme ? Que veut-il me dire ?

Raymond C., m’explique un autre ami que je contacte pour comprendre ce théâtre, vient d’avoir une nouvelle femme, une fille de la préfecture du Zio (Sud du Togo), une ex avec qui il s’était séparé depuis le lycée, devenue par la suite sa maîtresse et que ses parents lui ont conseillé de prendre pour remplacer Ingrid. Ingrid la sorcière, fille de sorciers.

Je n’aurais jamais cru cette pure cocasserie, si elle m’avait été contée. Mais je viens de la vivre, comme un film, avec tous les acteurs sous mon nez.

Que dire ?

Que finalement quand nous fouillons bien au fond de nous-mêmes, nous comprendrons que nous portons, Togolais, chacun à sa manière, ce petit quelque chose qui nous ronge de l’intérieur, et qui nous cause ce malaise, ce mal de vivre dans lequel nous sommes aujourd’hui. La bêtise !

Bien sûr qu’elle n’est pas seulement togolaise, la bêtise. Elle est universelle. L’ethnocentrisme est universel, et aussi vieux que le monde. Oui. Mais il nous tue, nous. Quand on vient d’un minuscule couloir ignoré par le reste du monde, quand on est un peuple d’à peine six millions d’habitants pris en otage depuis un demi-siècle par un groupe de malfrats et qu’on veut, enfin, se libérer, on dépasse toutes les petites bêtises, et on se met ensemble. On s’entend. On s’aime.

Pure illusion donc, que de penser que la division entre le Sud et le Nord Togo est une réalité depuis longtemps enterrée ! Que ce n’est qu’un cadavre squelettique qu’essaient de réanimer les politiciens démagogues ! Nous continuons, donc, à ne pas nous aimer, à nous en vouloir, à nous détester, chacun essayant, du haut de ses hypocrisies, de faire semblant de lutter contre le seul ennemi visible que nous avons, la dictature du Rassemblement du Peuple togolais. Maudissant le seul nom en qui nous avons fait concentrer toutes nos haines, Faure Gnassingbé.

On peut aujourd’hui mettre à la tête du Togo le régime le plus démocratique, le plus dynamique, le plus sérieux qui soit, à la suite de l’élection la plus transparente et paisible qui soit, mais nous continuerons, toujours, à ne pas nous sentir bien au Togo. Parce que ce à quoi nous avons le plus mal au Togo, c’est nous. Avant d’avoir mal à la dictature, au Rassemblement du Peuple togolais, à Faure Gnassingbé… nous avons mal à nous.

Et c’est ce mal qui nous fait tout le temps échouer devant la dictature. Qui nous pousse à crier ensemble «  Faure dégage » avec un frère qu’on déteste. A marcher côte à côte pendant les marches de protestation contre la dictature avec des frères qu’on juge inférieurs, nuisibles. C’est ce mal qui pousse l’opposition togolaise à ne jamais s’entendre. Chacun couvant et nourrissant ses petites bêtises.

L’histoire nous a cloués au pilori, Togolais. Hués et moqués de partout. Tout un peuple mis à genoux depuis presque un demi-siècle par un groupuscule de gangsters sans lois appuyés par une armée indigne. Toute la sous-région nous indexe comme le peuple le plus poltron, le plus lâche, celui-là qui réussit à avaler des couleuvres et des couleuvres au jour le jour, sans chercher à crier son dégoût, à réclamer sa dignité. Pestiférés, que nous reste-t-il, à part nous accepter, nous mettre ensemble, et, enfin, mener la lutte juste, celle-là qui libère ?

Je me rappelle encore les mots de ce commissaire de police malien, un jour de 2009 où on était convoqués au commissariat de police pour une affaire opposant deux jeunes cuisiniers togolais l’un ayant mis des substances nuisibles dans un plat préparé par l’autre, pour lui créer des problèmes. «  Vous êtes dans un pays étranger et vous vous permettez de tels actes entre vous ? » s’était indigné le commissaire en nous regardant, dégoûté.

Et c’est contre toutes ces petites bêtises togolaises, ces riens d’insuffisances qui nous rendent trop suffisants, que nous devons nous indigner, avant de crier, ensemble, haro sur la dictature cinquantenaire. Indignons-nous, Togolais, contre l’ethnocentrisme togolais, la calomnie togolaise, la jalousie togolaise, l’envie togolaise, l’orgueil togolais, l’hypocrisie togolaise…

Dimanche, j’irai à la présentation de la nouvelle femme de Raymond C. Bien sûr que j’y irai, pour faire le bon ami. J’y irai parce que comme me l’a précisé le mari, la nouvelle femme est une sœur à moi, de la préfecture du Zio comme moi. Nous mangerons, boirons, rirons… Nous parlerons politique, bien sûr. Nous insulterons la dictature, maudirons Faure Gnassingbé, ses descendants et ascendants, tout son gouvernement et ses collaborateurs… Nous nous indignerons contre ceux-là qui nous font souffrir. Oubliant que très loin, mais tout près de nous, pleure amèrement celle que nous avons transformée, nos petites bêtises en bandoulière, en souffre-douleur éternel, une jeune fille qui perd en deux mois son enfant, son mari et son travail. Parce qu’elle n’a pas le droit de venir d’où elle vient.

 

David Kpelly

Blog : http://davidkpelly.mondoblog.org

Par David Kpelly
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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 22:16

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 Indignez-vous, Africains, avec Edem Kodzo !

Edem Kodjo est, sans aucun doute, l’un des plus brillants intellectuels et l’un des hommes politiques les plus influents d’Afrique. Mais au Togo, son pays d’origine, il passe aux yeux de beaucoup de ses compatriotes, à commencer par moi et presque toute ma génération des années 80 qui n’avons connu que les atrocités de la dictature d’Eyadema, pour l’un de ces hommes détestables à la source des malheurs de notre pays. Secrétaire général de l’ex Organisation de l’Unité Africaine, OUA, il fut tour à tour Premier ministre sous Gnassingbé Eyadema et son fils. De quoi justifier, valider cette haine dont on le couvre, dans un pays où tout ce qui collabore avec le régime dictatorial cinquantenaire est mordicus classé sur la liste rouge des pestiférés de la République. Sa vie d’homme politique a presque masqué sa carrière d’écrivain pourtant riche avec des ouvrages comme Et demain l’Afrique, Au commencement était le glaive...

Je viens de terminer son essai Lettre ouverte à l'Afrique cinquantenaire publié en 2010 chez Gallimard, à l’occasion du cinquantenaire des indépendances de la plupart des pays africains francophones,  un livre que j’ai commencé à lire en m’attendant à un homme politique grillé, fini, qui essaie de récupérer à travers du verbiage oiseux quelques reliquats de crédibilité. Mais je referme ce livre ému, oui, très ému. Et j’ai noté le passage suivant :

« Vérité profonde, indéniable, toujours vérifiée et avérée au long des âges, au long des temps, et qui s'impose aujourd'hui à toi, chère Mère-Afrique! Tes enfants sont ta matière première et ta première richesse, mais je veux parler d'enfants debout, droits comme des baobabs, prêts pour la lutte et la souffrance, ne redoutant ni épreuves ni tourments, des enfants éduqués, conscients et consciencieux, torrentueux, tournés vers l'action, ayant comme idéal ton destin et pour objectif  ton avenir. Oui, de solides enfants, de corps, de coeur et d'âme; non pas des crapules qui arpentent les chaussées de tes cités à la recherche du gain facile et de l'arnaque aisée; non pas ceux qui bayent aux corneilles, mollusques avachis et qui prétendent faire du commerce, non ! De vrais hommes et de vraies femmes qui savent ce qu'effort veut dire... qui sont convaincus qu'ils ont entre leurs mains leur propre sort et que leur destin ne se forge pas ailleurs, qui ne perdent pas leur temps à s'en prendre à d'autres, lorsque l'horizon s'assombrit et que le quotidien se complexifie. »

Que dire ?

Que nous devons nous indigner devant l’émouvante indignation de cet homme de pouvoir, cet homme qui s’est déjà accompli, qui a déjà, avec ou sans l’Afrique, montré aux yeux de toute la Terre toutes ses potentialités, ses incommensurables potentialités.

Que nous devons écouter les cris de cet homme qui connaît tant l’Afrique, et qui lui montre - comme si elle ne les connaissait pas, ses maux, ses éternels maux. Qui lui dit, à cette Afrique qui ne pousse pas, qui ne veut pas pousser, les vérités, toutes les vérités que nous devons tous connaître aujourd’hui. Nos vérités.

Que nous devons sangloter, comme le fait Edem Kodzo dans cette lettre de soixante-dix pages, pas devant l’Occident mais devant notre Afrique, et la prier de se voir enfin en face. D’avoir la force, le courage de se voir. De se supporter.

Que nous devons comprendre, enfin, que la victimisation et la haine contre l’Occident ne sont pas les solutions à notre éternel malaise. En ces temps où nos tristement célèbres pantins d’antioccidentaux, bourrés de contradictions et d’incohérences, prêts à dénoncer la France qui bombarde la Libye mais à l’applaudir quand elle met la Côte d’Ivoire en feu, nous font leurs sinistres lois.

Que notre destin, ne se forge pas ailleurs, en Occident, comme nous le martelons, éhontés, du fond des eaux troubles de notre ignorance et hypocrisie, mais ici, en Afrique, entre nos mains.

Que le monde a trop écouté nos pleurs, supporté nos lamentations sur l’esclavage, la colonisation, le néocolonialisme… et tous les autres mots vides que nous inventons pour justifier nos maux. Et qu’il y aura des Discours de Dakar après des Discours de Dakar tant que nous n’aurons pas compris que personne, mais alors personne ne viendra nous sauver ici, pas même cette Chine opportuniste devenue aujourd’hui notre messie.

« La rigueur , encore la rigueur, toujours la rigueur et nos nations seront sauvées ! La rigueur personnelle, dans la pensée, dans le comportement, dans le mode de vie, est la pierre philosophale contemporaine. »

Oui, Edem Kodzo, la rigueur, et cette Afrique que tu as si bien pleurée dans ce livre, que tu as mise à nue dans cette lettre, cette Afrique à qui tu as mal, sera sauvée. La rigueur au sein de l’Union africaine, dans nos gouvernements, parlements, dans nos oppositions, dans nos écoles et universités, dans nos maisons, nos familles… la rigueur avec nous-mêmes, la rigueur personnelle, que tu l’appelles, et nous serons, enfin, Nous. Nous-mêmes.

Edem Kodjo, Lettre ouverte à l'Afrique cinquantenaire

Par David Kpelly
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Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 02:33

 

ananissoh

Réflexions sur le roman, Ténèbres à midi, de l’auteur togolais Théo Ananissoh (Gallimard, 2010).

 

«Je suis rentré de France pour me mettre sous les ordres de quelqu’un qui aurait dû être mon domestique. Voilà le résumé de ma situation. »

La situation ? Celle d’un jeune intellectuel africain, togolais, Eric Bamezon, qui retourne chez lui, au Togo, après des études en France, et qui se voit catapulté comme conseiller à la Présidence, au service d’un régime pourri par la corruption, la prévarication, le meurtre… Sous l’apparente opulence dans laquelle vit le jeune conseiller à la Présidence, belle voiture, belles femmes, beaux costumes, gronde la voix du regret. Le regret de ne pas avoir été prudent, d’avoir accepté ce « poste juteux » qui cache en lui toute une flopée de dégradations. Car le régime qui l’utilise, avec lequel il travaille, est une assemblée de hyènes, de primitifs, des « êtres frustres qui n’ont aucun sens de l’horreur ». Eric Bamezon assiste, impuissant, non seulement à l’appauvrissement, la torture, la déshumanisation de son peuple par ce régime militaire conduit par le dictateur Bestia, mais aussi à l’infidélité de sa femme, Evelyne, devenue une conquête du Lieutenant N’Gassa, directeur du Port autonome, neveu du président Bestia. Une infidélité connue de toute la capitale, mais contre laquelle le cocu ne peut rien. «C’est institutionnel, le Président part en voyage avec la femme du Premier ministre ou tel ministre, le neveu a choisi la mienne », confesse-t-il, désemparé. La fuite non plus n’est possible, comme interdiction lui est faite de sortir du pays. Tout est préparé pour tuer dans le jeune intellectuel tout orgueil, amour-propre, et toute trace de morale. Pire, il a dû subir le « rite présidentiel », ce rite que le président Bestia impose à tout son entourage, et qui consiste à empoisonner, ou assister à l’empoisonnement d’un citoyen. Moraliste juré et auteur durant son séjour en France, homme d’esprit donc, Eric Bamezon, contrairement à presque tous les ténors du régime de Bestia, n’est pas prêt à fondre son orgueil, son humanité dans ces eaux troubles de l’animosité. Il se suicidera, avec un pistolet,  après une nuit de confidences passée en compagnie d’un écrivain du pays revenu d’Allemagne pour se ressourcer, convaincu que la place d’un homme d’esprit n’est pas dans cette bouillabaisse de meurtres et d’assassinats. Le choix est simple, c’est soit l’humiliation au quotidien, soit la mort. « Tu ne peux pas exprimer ta force avec un pays comme celui-ci. Il t’oblige à y renoncer, à retourner à la vie orale stupide », affirme-t-il à l’écrivain, quelques heures avant sa mort.

Ce petit roman de cent quarante pages, troisième de l’auteur, togolais vivant depuis longtemps en Allemagne, pose l’un des plus grands problèmes auxquels sont aujourd’hui confrontés les intellectuels africains en général, togolais en particulier. Faut-il retourner, après les études en Occident, dans cette dictature bancale, rampante, militaire, archaïque, éhontée, le Togo, servir un régime qui a depuis trop longtemps perdu toute notion d’humanité, et qui s’autorise tous les coups louches et lâches pour au jour le jour sauver un pouvoir qu’il ne mérite pas, et qui, comme tout bien volé, peut un jour ou l’autre être récupéré par le propriétaire, ou rester loin, en Occident, et voir la barbarie se plaire à écraser ceux que Césaire nommait dans Cahier d’un retour au pays natal « les malheurs qui n’ont point de bouche » ? La réponse, la plupart des intellectuels togolais, du moins ceux-là qui ont le souci de garder leur dignité, leur humanité, l’ont déjà trouvée, comme ils ont depuis longtemps, et peut-être sans hésiter, choisi leur camp. Demeurer loin, très loin de cette boucherie où on assassine, selon les mots du héros du roman « même ceux qui sont prudents… ». « Tu rentres, et tu restes avec ta capacité intellectuelle et ton sens moral si chèrement amenés à maturité sous le bras, comme un paquet encombrant que tu ne sais où poser.»  Mais alors, où poser et la capacité intellectuelle et le sens moral dans un pays où rien à part la force, la violence et la barbarie, garanties par les militaires, et les mensonges et matoiseries, servis par les machines à mentir constamment huilées par la richesse nationale, ne peut avoir droit de cité ? Ils connaissent, ces intellectuels togolais ayant décidé d’observer l’agonie de leur pays depuis l’Occident, des exemples, beaucoup d’exemples, de ces esprits étouffés, puis déshumanisés, et assassinés par la dictature togolaise, dans leur souci, leur noble mais naïf souci, de contribuer à changer quelque chose, juste quelque chose dans ce pays qui a, qui aura, toujours tant besoin d’eux.

Le problème particulier de l’écrivain y est aussi posé, le héros du roman étant un auteur durant ses années passées en France. Quelle posture doit-il adopter, l’écrivain africain en général, togolais en particulier, vis-à-vis du régime militaire, barbare, assassin, cinquantenaire de son pays ? Rester en Occident, et garder sa liberté de création, de représentation, le cas des écrivains africains baptisés ceux de la « migritude », ou s’associer aux noces des barbares, chanter le cantique des cannibales, et cesser d’écrire, comme le héros du roman, ou mal écrire – écrire sans son cœur, écrire sans son style -, comme on le voit, aujourd’hui, avec certains auteurs africains, togolais, devenus ou des chantres ou des collaborateurs, fussent-ils lointains, de la dictature de leurs pays ? Là aussi, la réponse, la plupart de nos écrivains la connaissent. Ils ont choisi. Les plus célèbres, à l’instar de l’auteur de Ténèbres à midi, Théo Ananissoh, à l’instar de Zinsou Agbota, de Sami Tchak, de Kossi Efoui… ceux à travers qui on retrouve, dans le monde entier, le Togo, ceux-là qui portent réellement le Togo, sont loin, très loin de leur Togo, et n’y retournent, généralement, que par saisons, juste pour sentir le pays, se sentir. Car ils le savent bien, le cas d’Eric Bamezon les avertit, le retour dans les ténèbres de la dictature, leurs ténèbres, c’est le suicide. Suicide !

Par David Kpelly
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 13:43

 

 

Faure

Faure Gnassingbé, le "con"sanguin

 

L'article ci-dessous, je viens de le piocher dans le blog d'un compatriote, Philoticus. Toute la classe de l'humour et de la dérision, comme on peut en rêver!

 

« On ne fait jamais assez attention aux petites choses de la vie. Pourtant le plus souvent, ce sont elles qui sont à l’origine des changements importants de notre existence. La littérature et le cinéma nous encombrent l’imagination de grands drames qui bouleversent la destinée du héros. Mais dans la réalité, ces brusques coups de tonnerre prennent presque toujours la forme de détails ridicules.

Un jour, ma femme m’a raconté qu’elle avait quitté son précédent mari en voyant, un matin, sa brosse à dents traîner sur le bord du lavabo. Lorsque son regard s’était posé sur la brosse, négligemment abandonnée une fois de plus sur l’émail taché de dentifrice, toutes les petites contrariétés auxquelles elle s’était habituée pour pouvoir vivre en couple lui avaient sauté à la gorge, l’odeur de son mari au réveil, sa façon de manger si rapide qu’on avait l’impression d’une pelleteuse creusant un trou, son laisser-aller il ne se rasait pas le week-end, portait un vieux jean qu’il ne boutonnait jamais, et se déplaçait dans l’appartement, une main retenant son pantalon – et bien d’autres choses, son raclement de gorge à chaque fois qu’il commençait à parler, comme s’il allait dire quelque chose d’important, et sa toux nerveuse qui lui écorchait les oreilles quand elle l’appelait au téléphone, tout avait ressurgi en même temps avec une précision incroyable. Elle avait sorti sa valise de l’armoire et jeté quelque affaire dedans.« 

Ainsi débute le livre intitulé « Mort aux cons » de Carl Aderhold que je viens de terminer avec délectation, profitant de cette période d’accalmie de la trêve des confiseurs. On reste scotché à la lecture de cette première page, interloqué et intrigué. Ce livre, à prendre au second degré, énumère toutes ces petites manies qui nous dérangent chez l’autre, ces petites manies que nous avons tous sans y prêter attention mais qui irritent nos prochains… au point d’être traité ou de traiter l’autre de con! Quand on se prête au jeu, on se rend compte qu’on est entouré de cons, des cons de toute sorte, et le narrateur nous livre une analyse ironique sur les cons, et avec un certain cynisme, se lance dans la chasse aux cons. Meurtre après meurtre, le livre peut devenir lassant car l’intrigue un peu trop évidente et invraisemblable mais je ne suis pas critique littéraire ! Par contre, je n’ai pas résisté au plaisir d’imaginer des catégories de cons bien de chez nous, évidemment dans le monde politique. La liste est longue, notre pays est riche en concitoyens plus ou moins conscients de leur état et de leur niveau.

Voici donc ma sélection de concitoyens pour l’élection du roi des cons pour leur prestation en 2010:

  • Dans la catégorie des « consanguins », ces concitoyens nés dans la connerie par transmission héréditaire et qui se caractérisent par un abus de leur pouvoir dictatorial sanguinaire sans scrupule, j’ai nommé Faure Gnassingbé !
  • Dans la catégorie des « convaincus », ces concitoyens motivés uniquement que par leur égo et leur conviction personnelle affichant leur caractère autocratique au point de d’en arriver à trahir leurs compagnons, j’ai nommé Gilchrist Olympio !
  • Dans la catégorie des « combattants », ces concitoyens qui se battent naïvement pour leur idéal mais ne peuvent compter que sur eux-mêmes, j’ai nommé Jean-Pierre Fabre !
  • Dans la catégorie des « compulsifs », ces concitoyens instables et manipulateurs qui changent d’avis et de camps en permanence mais ne trompent personne, j’ai nommé Agbéyomé Messan Kodjo !
  • Dans la catégorie des « convoyeurs », ces concitoyens lassés qui sont descendus du cortège et arrêtés au bord de la route contemplent la caravane continuer sa route en espérant ramasser quelques miettes par ci par là, j’ai nommé Yaovi Agboyibor !

Alors le roi des cons du Togo? Je décernerai la palme 2010 au convaincu qui a traversé différents niveaux et catégories passant du confrère combattant au condamné pour en finir là, « con tortionnaire » et conspué.

Bonne année 2011 et mort aux cons !

Par David Kpelly
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