Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 13:37

Il nous a sauvés !

Je cesserai d’être ta copine le jour où tu vas encore boire une seule goutte d’alcool ! C’était la loi que ma copine m’avait fait adopter depuis Noël passé où complètement ivre comme la barbe d’un féticheur, je lui ai dit des insanités. A vos ordres, madame, avais-je répondu, droit comme des militaires défilant sur le Boulevard du Mono le 13 Janvier. Pas facile pour nous-là de cueillir une nana à Bamako ! Faut donc pas la perdre pour si peu !

Mais hier, c’était plus fort que moi, et j’ai modifié la Constitution ! Sans référendum bien sûr, parce que ma copine allait s’y interposer et je serais obligé de la dissoudre ! Parce que nous-là nous n’hésitons pas à dissoudre tout ce qui veut nous empêcher de modifier les constitutions ! Trêve de lèguèdè ! Dis ce que tu as à dire, idiot !

Euh, oui, je vois, donc, disais-je, j’étais obligé hier d’inviter deux de mes compatriotes étudiants en Lettres, grands mordus de notre littérature, dans un bar pour leur annoncer l’évènement de l’année.

-         Devinez la bonne nouvelle, mes chers.

-         Tous les hommes politiques de notre pays sont morts, répondit Hervé, le plus impétueux.

-         Tu as gagné à la loterie visa, devina Ernest, le second.

-         Eh bien, mes chers, leur fis-je en souriant, la littérature togolaise vient encore de gagner. Notre fiesta amorcée depuis 2001 avec les nombreux prix littéraires que nous raflons partout continue. Un auteur togolais vient d’être retenu dans la première sélection du Prix Goncourt.

-         Kangni Alem avec Esclaves, je savais que…

-         Pas gagné, mon grand, ai-je coupé, plutôt un protégé de Kangni Alem, le dernier grand prix littéraire d’Afrique noire originaire de notre pays et qui…

-         L’auteur de Port-Mélo, coupa Hervé, il a écrit un nouveau livre ? Quelle étoile ! Son nom même me…

-         Oui, mes pédés, Edem vient d’honorer son nom avec son second roman, Les Pieds sales paru chez Le Seuil. Ce jeune homme de trente-quatre ans vient de nous sauver. Il m’a sauvé, c’est ce que veut dire son nom en éwé. Et il a effectivement sauvé le Togo. Pour nous, sa simple nomination vaut dix fois que le prix. Je viens d’avoir l’info sur le blog de Kangni Alem et j’ai eu la confirmation avec Sami Tchak et…

-         Cesse de nous écraser, vieux, on sait que tu es contact avec ces hommes et tu n’as pas besoin de nous dire que c’est eux-mêmes qui t’ont donné l’information. Ce qui est sûr, c’est vraiment un grand évènement comme tu l’as dit. Notre littérature est en train de faire des prodiges, et nous sommes très fiers de ces hommes. Même notre prof de littérature africaine en avait parlé la fois passée, nos écrivains se sont vraiment déchaînés.

-         Et il paraît même qu’Edem Kodzo lui a écrit pour le féliciter et…

-         Hé, Hé, Hé, coupa Hervé en tapant sur la table des deux mains, pas la peine qu’ils se mêlent de la vie de cette jeune star. Qu’ils ne l’entraînent pas dans leur maffia-là. Tout ce qu’ils touchent devient automatiquement pourriture, qu’ils ne pourrissent pas l’avenir de cette étoile. Ce jeune ambassadeur serait-il aujourd’hui ce qu’il est s’ils lui avaient aussi tiré dessus comme ils l’ont fait à des centaines d’étudiants sur le campus ? Espèces de cadavres échappés de la tombe ! De toutes les façons, félicitations à Edem, euh, le vrai… Il nous a vraiment sauvés.

Hi Lomé !

Par davidson
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 19:15


Futur Prix Nobel?

Un Nobel pour lui, s’il vous plaît !

Eh ! Edzi kpo milé ! Excusez-moi, je sais pas bien écrire le mina, pas même mon éwé ! Je voudrais simplement dire qu’on continue d’en voir de toutes les couleurs !

Hier, j’étais en train de lire un Guide Ecofinance de Jeune Afrique, Les Cent Pays où investir, Le Togo et son potentiel économique, quand dans la rubrique Bibliographie, dans les ouvrages historiques, je tombai sur un nom que je connais très bien, que je suis d’ailleurs obligé de connaître, mais pas comme auteur. G. Eyadéma, qui a écrit Ce que je sais du Togo, Michel Lafon, Paris, 1993 ! Ma première réaction fut de composer le numéro d’un compatriote étudiant et lui demander s’il connaissait un autre Eyadéma chez nous à part feu notre bien-aimé père de la nation qui restera, même après notre mort et notre totale décomposition, gravé dans nos mémoires. Mais, toi tu es fou ou quoi, hein, avec tous ces Eyadéma qui abondent chez toi tu me demandes si je connais un autre Eyadéma ! Votre président et son frère qui comme Tom et Jerry se jouent des tours ridicules sans se soucier de toute la Terre qui les regarde ne s’appellent-ils pas Eyadéma ? Je le mis sévèrement en garde contre ce crime abominable qu’il venait de commettre, avoir comparé les glorieux princes de notre pays à des animaux, avant de lui faire savoir que le patronyme de notre glorieuse famille royale est Gnassingbé et non Eyadéma comme le croient beaucoup de jaloux qui ne veulent pas faire des recherches sur cet illustre homme et ses illustres descendants. Quand je lui fis part de mon inquiétude, il me fit savoir sans même réfléchir que ce ne pouvait jamais être notre père de la nation qui avait écrit le bouquin, car le gars ne pouvait même pas réussir une dictée d’un élève du cours élémentaire, même si à plusieurs reprises il s’était vu décerner des doctorats honoris causa. Bien que je ne sois ni Boole ni Descartes encore moins Pythagore, j’ai essayé de calculer la probabilité de la véracité de mon intuition qui me disait que c’était bel et bien feu notre père de la nation, et j’ai obtenu comme résultat quatre-vingt-dix-neuf pour cent et poussières ! Le G. signifiait soit Gnassingbé, soit Général, car, faut pas faire, feu notre illustre père de la nation avait été un général et chef suprême des armées de terre, de mer, de l’air, du ciel… et de…

Youppie ! Notre papa Eyadéma fut aussi un écrivain ! Quelle gloire ! A bas Kangni Alem ! A bas Kossi Efoui ! A bas Sami Tchak ! Vous croyez que quoi, hein, que vous êtes les plus grands écrivains de notre pays ? Arrêtez tout ce malin-là ! Edem même-là pour lui-là c’est petit ! Le prix Goncourt c’est rien ! Ce que vous écrivez là c’est zéro, c’est des dents de lait. Vous verrez bientôt un jury spécial formé dans Ce Qui Nous Sert De Pays, Ti-Brava, décerner, à titre posthume, un Prix Nobel version togolaise à notre bien-aimé et regretté père de la nation !!!

Hi Lomé !

 

Par davidson
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Mercredi 9 septembre 2009 3 09 /09 /Sep /2009 00:32

No move au To.. euh à Soutacountry !

 

Souley, mon ami kotokoli était arrivé chez moi hier soir, son paquebot de téléphone portable en main, déçu comme un peuple pris en otage pendant plus de quarante ans par une bande de brigands et d’homosexuels. J’étais occupé à corriger le BAT d’un de mes ouvrages.

- Hé, grand écrivain fauché, peux-tu au nom de tes âneries d’écrits me dire ce qui ne va pas au pays ? J’ai passé toute la journée à essayer de joindre ma copine sur son portable qui ne sonne pas et…

- Souley, fis-je en pouffant de rire, depuis quand as-tu gagné une fille qui a un téléphone portable ? Ces petites revendeuses de jus d’alagba que tu t’en vas violer à ton retour au pays peuvent-elles avoir un téléphone portable ? D’ailleurs, elle est sur quel réseau, ta prétendue copine, hein ? Ne sais-tu pas ce qui vient de se passer au pays ?

- Que s’est-il passé ? Il est mort ?

- Qui, lui demandai-je, sachant pertinemment celui dont il voulait parler.

- Votre cher et fort président, répondit-il en riant.

- Souley, tu vas arrêter de souhaiter la mort à ces hommes parce que ce sera une très grande chance pour eux de mourir. Ils doivent vivre, vieillir, puis attraper toutes les maladies les plus douloureuses de la Terre, en commençant par le cancer, pour payer pour toute cette merde qu’ils font bouffer à ce pauvre peuple. Passons. J’ai la nausée quand je parle d’eux. Bon, la nouvelle est que Moov a été fermée, et si ta nana est sur ce réseau, sache que tu ne pourras pas la joindre. Va donc te chercher une bonne pour la remplacer.

Il resta pendant quelques secondes, bouche bée, les mains aux hanches.

- Je savais, je savais qu’ils allaient fermer cette société. Tu sais que les élections approchent et…

- Souley, ai-je coupé, quelle rapport y a-t-il entre les élections et la fermeture de Moov ? Il paraît que cette société doit à l’Etat et…

- Quel Etat, gronda-t-il, de quel Etat me parles-tu, écrivain idiot. Tu veux désigner par Etat ce petit rectangle géré comme une étable par des morveux non éduqués ? Eh bien, sache-le, aveugle, ils ont fermé cette société parce qu’ils ont besoin d’argent pour faire leurs magouilles pendant les élections et ils doivent tout faire pour que la société de téléphonie étatique se retrouve en situation de monopole. Ils doivent acheter des armes pour pulvériser les étudiants, les conducteurs de Zémidjan et les jeunes de Bè. Et tu sais que c’est cette société et le port seuls qui peuvent produire de l’argent dans cette boucherie que vous appelez pays. D’ailleurs le nom de cette société est trop provocateur. Moi j’ai fait quelques mois au Ghana voisin, et je sais que ce mot signifie mouvement, alors que ce pays est dirigé par des légbas qui ne peuvent faire aucun mouvement. Une société qui veut se mouvoir ne peut donc pas vivre dans un pays dirigé par des statues. Pigé ? Note ça dans tes brouillons de bouquins.. Ah, je suis en carême, si je reste un peu plus longtemps, je risque de souiller ma bouche en parlant de ces cadavres. Pauvre de vous dans ce bagne de pays.

Il claqua la porte en riant, et disparut dans le noir, se dirigeant vers la mosquée pour aller « détacher la bouche ».

Par davidson
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 18:32

Ouste, Alem, à la Présidence !



Souley, mon sacré ami kotokoli, était arrivé chez moi hier soir, un magazine, Jeune Afrique je crois bien, en main. J’étais, comme toujours quand je ne suis pas en cours, en train de taper sur mon clavier et il pouffa d’un rire fou.

- Voilà, je savais, je savais. Toujours la même chose. T’asseoir devant ce vieil ordinateur et jouer au grand écrivain alors que même les ânes du Mali ne voudront pas lire tes brouillons d’écrits. Lève ta grosse tête-là et regarde ce que je t’ai apporté.

- Souley, fis-je en souriant sans me redresser, je t’ai fait quoi ? Ne me dis pas que c’est moi qui ai demandé à tes machins de dirigeants de rendre ton pays une géhenne et te le faire quitter et…

- Hé, hé, hé, coupa-t-il en riant, pas envie de parler de ces bâtards, regarde ici, voilà ce qu’on appelle un écrivain, un vrai écrivain. Il est de chez nous et il a écrit un bouquin dont parle tout le monde. C’étaient des étudiants de chez nous qui en parlaient ce matin dans notre maison et j’ai cherché le magazine avec eux pour te montrer celui qu’on peut appeler écrivain. Regarde, si t’es pas jaloux !

Je savais celui dont il voulait parler, parce que, faut pas faire, si notre pays recèle en pagaille de voleurs et de bandits homosexuels reconvertis en hommes politiques et machins, nos écrivains sont très rares, rares comme des routes bitumées chez nous. Kangni Alem, Kossi Efoui, Sami Tchak, Edem, voilà les principaux porte-flambeaux de notre jeune littérature. Je savais que Souley parlait du premier, car il vient de sortir un roman, Esclaves, qui va sérieusement enflammer beaucoup de brousses. Rien d’étonnant pour un auteur qui a commencé sa carrière avec un Chemins de croix qui… Allez le lire dans La Gazelle s’agenouille pour pleurer, Cola Cola Jazz (couronné par le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 2003), Un rêve d’Albatros

- Souley, lui fis-je en lui montrant le numéro de téléphone de l’écrivain dans mon phone, je connais celui dont tu parles, j’ai même déjà discuté avec lui au téléphone.

Il éclata de rire.

- Me fais pas rire, menteur, par quelle magie peux-tu parler avec une telle personnalité, toi qui n’as personne avec qui parler à part moi un sale cuisinier sans valeur ? Dis plutôt que c’est encore une arnaque que tu as dénichée pour séduire les filles de Bamako qui ne veulent toujours pas te laisser bouffer leur cul. Arrête ces mensonges et parle-moi de lui, si tu le connais vraiment.

- Il est prof d’université en France, fis-je en continuant mon travail.

- Quoi ! Sois sérieux, mon salaud, il est quoi où ? Tu veux dire qu’un homme de chez nous donne des cours aux étudiants blancs ? Comment donc pouvons-nous avoir des personnalités d’une telle taille dans notre pays et encore souffrir ? Il attend quoi pour venir nous gouverner hein ? Dis-moi son nom.

- Kangni Alem.

- Ah, Dieu merci, il n’est même pas de là-bas, quelle merveille ! Mais je comprends pas, pourquoi il ne vient pas faire la politique ? Il a peur de se faire butter ou quoi ? Bon, il a raison, mais il faut quand même qu’il ose ! Ces soi-disant politiciens que nous avons ne valent rien, ils ne valent même pas ces cadavres que nos frères béninois s’en vont déterrer pour fabriquer des gris-gris. Ils sont là à faire du n’importe quoi ! Toujours les mêmes têtes ! Et il paraît même qu’il y en a qui ont choisi pour emblème le ballon pour les prochaines élections. Quoi, ils vont tous nous transformer en Adebayor ou quoi, hein ? Ce pays fait vraiment rire, mon cul. Hé, toquard, si c’est vrai que tu peux discuter avec cet homme, dis-lui qu’un jeune cuisinier de chez lui à Bamako lui demande de se présenter pour les présidentielles prochaines. Tous les jeunes de son pays sont fiers de lui et veulent le voir gouverner. Nous sommes prêts à le plébisciter parce qu’il fait honneur à notre pays.

Il ferma son magazine qu’il tenait minutieusement comme un retraité son carnet du tiercé, et sortit sans m’avertir. C’était la deuxième fois qu’un jeune compatriote faisait une telle proposition, un ami étudiant de chez nous m’ayant dit la même chose quand Kossi Efoui remportait le Prix Kourouma il y a quelques mois.

Eh fofo Alem et Cie, les jeunes de Ti-Brava veulent que vous veniez les sauver de la main des canailles et charlatans !

Hi Lomé

David Kpelly

davidkpelly@yahoo.fr

 

Par davidson
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 22:22

Des lauriers pour Yaguine  et Fodé

Il y a de ces dates dans l’histoire du continent de Soundiata Keita que les Africains, au lieu de vouloir jouer les défenseurs de l’histoire du continent noir, en s’excitant comme des chiens à qui on a versé de l’alcool dans les narines pour prouver par je ne sais quel moyen que l’Afrique est entrée dans l’Histoire, ou parler d’un esclavage et d’une colonisation dont même les ânes du Mali ne veulent plus entendre parler, doivent graver, et à jamais sur le marbre de leur cœur. Des dates qui doivent faire frémir tout Africain faisant usage de sa raison d’Africain, et pousser chacun de nous à prendre, enfin, sa responsabilité.

Le silence de nos médias m’a médusé une fois de plus le 02 août passé. Bon, je veux parler des médias privés parce que, c’est connu de tous, même des ânes du Mali, les chaînes de télévision et de radio appartenant à nos Etats, je veux dire publiques, ne sont pas là pour faire passer des informations mais pour chanter la geste de nos chefs d’Etat et nous rappeler les dates des anniversaires de leurs femmes et maîtresses. Sacrées calembredaines. J’en passe.

Le silence, disais-je donc, de nos médias privés m’a ébahi le 02 août passé, à l’occasion du dixième anniversaire de la tragique mort de Yaguine Koïta et de Fodé Tounkara, ces deux jeunes guinéens retrouvés morts dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena, le 02 août 1999. Un ami rédacteur dans un journal privé de Bamako à qui je posai la question me fit savoir que les lecteurs ne s’intéressent pas trop à ces faits passés et préfèrent des sujets d’actualité. Je pouffai d’un rire amer. Dire que les Africains ne s’intéressent pas au passé !

Ce sombre jour, j’étais au chevet de mon père malade dans un de nos pseudo hôpitaux là-bas à Soutacountry, quand la nouvelle fut annoncée, je ne me rappelle plus trop par quelle chaîne, suivie de la lecture de la lettre laissée par ces deux sublimes martyrs. Mon père, qui était en train d’égrener ses derniers jours dans ce mouroir que le régime quarantenaire a construit pour tuer ceux qu’il ne voulait pas butter pendant les élections et dans le noir, se redressa brusquement malgré l’interdiction des médecins et resta bouche bée. Il était peu bavard et je savais qu’il ne me dirait rien si je ne lui posais pas la question.

- Pourquoi cette nouvelle t’étonne-t-elle tant, papa ?

- Tu ne peux pas comprendre, mon fils, tu as à peine seize ans. Ce n’est pas la nouvelle qui me surprend, c’est l’âge de ces pauvres enfants et leur acte qui m’étonnent. Si l’Afrique est arrivée à cette étape où de jeunes enfants, supposés téter leur mère et jouer, candides, dans la poussière, doivent se faire tuer comme le Christ, pour sauver les autres, je pense qu’il vaut mieux mourir. Mon fils, je ne sais pas si je sortirai vivant de cet hôpital (il n’en sortit pas vivant), mais vous avez du boulot, vous qui resterez encore pendant très longtemps les fils du continent noir.

J’étais effectivement très loin de comprendre ce que voulait dire mon père, je venais d’obtenir le Brevet d’études et je n’avais pas encore seize ans… Mais aujourd’hui, où cette Afrique dont parlait mon père mourant m’a piqué de son dard, très venimeux, ces mots me sont devenus tellement clairs. Je ne suis pas loin aujourd’hui de poser le même acte que ces deux pauvres jeunes hommes. Plusieurs centaines de milliers de jeunes du continent noir n’hésiteront pas non plus à le faire. Se sacrifier, pour faire passer un message. Mais un message destiné à qui ?

Voici dix ans que Yaguine et Fodé ont donné leur vie pour pouvoir parler pour les autres. Mais, où a retenti leur voix ? Leur lettre destinée aux « Excellences messieurs les responsables et membres d’Europe », cette lettre qu’ils ne pouvaient adresser à personne dans leur propre continent, leur propre pays, cette Guinée qui prétend avoir célébré cinquante ans d’indépendances, et qui n’a même pas encore atteint l’état d’un Etat dépendant, qu’a-t-elle changé dans le continent noir ?

Voici plus de deux semaines que cette question me tourmente l’âme, ces deux jeunes braves martyrs, dont nos médias occupés à jouer des morceaux hip hop et parler des stars du football ne veulent même plus parler, auraient-ils posé cet acte s’il leur avait été prédit que dix ans après leur mort, leur Afrique serait toujours ce qu’elle a toujours été, la honte de l’humanité, et que leur pays serait en train de ployer sous une pagaille militaire pas même digne des gorilles d’une forêt tropicale ?

Hi Lomé

David Kpelly

davidkpelly@yahoo.fr

 

Par davidson
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