Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 01:32

 

 

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La crise interne au sein de l’UFC entre Gilchrist Olympio et ses amis et Jean-Pierre Fabre et sa bande continue son petit bonhomme de chemin. Et les analyses des intellectuels et journalistes, plus pertinentes les unes que les autres, ne cessent d’alimenter le débat. Ci-dessous l’une des plus objectives et raffinées de Pierre Adjété, Togolais résidant au Québec.

 

 

Rabelais est Togolais!

Pierre S. Adjété

Québec, Canada

 

 

 

Bataille dans la guerre ufcéenne, on peut désormais dire: « Et de grand un pour Gil! »

En effet, de fréquentes batailles vont émailler la guerre familiale entre les deux clans rivaux de l’UFC, l’Union des forces du changement, sans contexte le grand parti politique de l’opposition au Togo. Depuis maintenant cinq mois, s’affrontent ouvertement à l’intérieur de l’UFC, les partisans de Gilchrist Olympio, nommément les Amis de Gilchrist (les AGO) et les fidèles de Jean-Pierre Fabre (les FIDO). La ligne de démarcation entre les deux est tout aussi grande que mince entre les deux camps, que les confrontations sont quasi quotidiennes, d’autant que la rupture n’était nullement préparée. Les uns et les autres se sont donc retrouvés adversaires du jour au lendemain sur des évènements assez anodins qui, en d’autres temps, n’auraient fait aucune vague. Preuve que la mutation même de l’environnement a forcé le changement des comportements politiques au Togo… Ce qui était accepté auparavant ont cessé de l’être; c’était écrit et c’est dans l’ordre normal des choses : « Rien n’est permanent, sauf le changement ».

À bien des égards, il y avait une victoire de fait à J-P Fabre et ses fidèles, les FIDO; leur occupation du terrain et l’adhésion populaire incontestable que draine leur position procurent cette satisfaction d’ordre démocratique. Une victoire de départ, non négligeable. Mais la première vraie bataille formelle vient d’arriver. Elle est d’autant plus importante qu’elle renferme plusieurs dimensions juridiques dont celle de l’appropriation de la dénomination UFC par l’un ou l’autre des deux camps adverses. Ultimement, c’est de cet enjeu dont il s’agit dans cette bataille de Congrès extraordinaire de l’UFC qui avait commencée plus tôt pour s’achever la semaine prochaine : spécialement le 10 août 2010 pour les FIDO à Jean-Pierre Fabre et les 11-12 août 2010 pour les AGO à Gil. Ainsi finira la première grande bataille avec la victoire attendue à Gil. Quant à J-P Fabre, il sait jusqu’à maintenant jouer équipe dans la nouvelle configuration de l’opposition togolaise; une telle logique devrait l’amener à l’audace de la refondation de ce groupe sans abandonner les autres batailles à venir sur le seul front UFC.

La victoire de Gil et de ses AGO sera d’un grand réconfort pour son égo et surtout pour le parti au pouvoir, le RPT. En réalité, c’est une victoire à la togolaise, en dehors de la réalité du terrain. La légalité du parti UFC est un coup de main de l’administration territoriale togolaise, sous la houlette de Pascal Bodjona. C’est cela la politique et, j’aime à l’ajouter, la petite et éphémère politique. C’est donc pratiquement avec nos amis du pouvoir, de Faure à Pascal, que Gil va s’en sortir en se protégeant des militants ufcéens de Lomé et de ses environs ainsi que de tous ceux qui sont des autres fédérations et ne partagent pas son alliance avec le parti présidentiel. C’est sous les réverbères de la télévision nationale togolaise, dans une messe quasi organisée par les officines du pouvoir et du RPT avec des mises en garde gouvernementales; c’est sous la grande arche du professeur de droit administratif Charles Debbasch, garde des sceaux constitutionnels du Togo que Gil va ravir la légalité de l’UFC à notre autre ami Jean-Pierre Fabre et ses FIDO. Bataille gagnée sans gloire aucune pour Gil, malheureusement. En somme, une véritable première de sa vie politique.

La bataille des Congrès qui aurait due être celle d’un seul et vrai congrès de la seule UFC, pour restée crédible, ne résoudra pas la crise politique dans le plus grand parti de l’opposition. Dans une grande illégitimité, Gil restera désormais redevable au RPT, tandis que la stratégie orchestrée par Pascal Bodjona ne changerait pas la réalité politique au Togo. Lorsque la légalité est illégitime, elle n’est plus de droit. Et personne ne s’y trompe, ni au Togo, ni dans les ambassades accréditées au Togo, ni les chancelleries autour du monde. Et c’est aussi dommage qu’une véritable stratégie politique –autre chose que le dol

politique, ne soit pas encore conçue et mise en oeuvre en vue de la réconciliation togolaise. Tout tarde au Togo.

Tout tarde d’autant plus au Togo que le gouvernement togolais se mêle de ce qui ne le regarde pas. Il est sain que des contradictions émergent, se développent et se résolvent dans les partis politiques, pour toutes les raisons. Il n’est nullement aisé de diriger un parti dans quelque opposition politique que ce soit au monde. Dans le contexte togolais, il est tout à fait légal que les décisions du congrès ufcéen de 2008 -régulièrement tenu, soient valides même en dehors du défaut d’enregistrement de certaines parties au ministère de l’Administration territoriale, pour les besoins d’information des tiers; cela est d’autant plus légal que ces décisions étaient bien en application dans le parti –et de bonne foi, jusqu’à l’émergence du conflit actuel au sein de l’UFC.

Les partis politiques régulièrement constitués demeurent source de leurs pratiques et du droit, pas le ministère de l’Administration du territoire. Le parti pris du gouvernement togolais pour Gil et ses AGO, pour explicable que cela puisse être au plan de l’alliance nouvelle Faure-Gil, demeure une preuve de l’émergence et de la consécration d’un esprit hautement conservateur qui reste incapable de concevoir le Togo avec de nobles et respectueuses ambitions des adversaires. Et respecter ses adversaires, c’est les laisser vivre leurs différends et les régler les régler au mieux de leur capacité propre, et aussi longtemps. Le modèle politique qui fonde la gestion de l’administration publique au Togo est à ce point désuet qu’en toute circonstance il finit par desservir les objectifs gouvernementaux et offrir le Togo en spectacle, en diatribe, en raillerie sinon en drame. Car, la table est bien mise pour la répression des uns au profit des autres. Inacceptable!

La vraie bataille au Togo est celle de la vertu politique, celle de l’éthique; comme l’autre qui disait, il y a quelques siècles, que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », je serai tenté de dire que de nos jours, « Politique sans éthique n’est que peine perdue »… Aujourd’hui et désormais, Rabelais est Togolais, du moins jusqu’à nouvel ordre, jusqu’à une nouvelle satire politique dont lui seul a le code secret et la maitrise du temps, et qu’il semble avoir laissé en héritage au Togo.

Encore une fois, la responsabilité de Faure Gnassingbé, la responsabilité d’un chef d’État togolais, c’est bien d’assumer le Togo avec une haute conscience éthique, bien au-delà des soubresauts passagers et de la tentation de la répression facile. Et pourtant, une Togolaise morte, un Togolais de tué dans cette aventure serait toujours un décès de trop pour une véritable avancée politique du Togo.

Participer à l’effondrement manifeste de l’UFC ne donnera aucune voix électorale de plus à Faure Gnassingbé. Cet épisode peut justifier des fraudes électorales futures… pas plus! La vraie solution au drame togolais loge dans un noeud autour duquel Faure tourne depuis toujours, en omettant très consciencieusement, d’y faire face avec un courage politique salutaire. Même la vraie perspective politique immédiate, celle des voix gagnées avec assurance et reconnaissance, viendrait seulement à partir de la stratégie saine et non infectée de tromperie qui est toujours attendue; une stratégie que Faure tarde trop à énoncer, à entreprendre, à risquer, pour son épiphanie politique et celle de la renaissance du Togo.

Faure, Pascal, Gil et consorts s’apprêtent à sabler le champagne d’une réussite mouvante et momentanée sur les FIDO, certes. Mais le Togo reste toujours ensablé. Et à la tête du Togo, un pays si mal en point, Faure doit être en mesure de s’éloigner des attributs et des approches politiques du passé, être en mesure d’offrir mieux et beaucoup mieux en ces temps différents et naturellement exigeants. Je le pense toujours!

 

 

Par David Kpelly
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 20:49

 

En attendant l’autodestruction de l’UFC

Rest in peace Jpeg

La crise interne qui secoue depuis six mois l’Union des Forces de Changement, UFC, suite à la candidature de Jean-Pierre Fabre, secrétaire général du parti, à l’élection présidentielle du 04 mars dernier, au détriment de celle du président national du parti, Gilchrist Olympio, va bientôt – enfin ! connaître son épilogue. Du moins si aucun miracle, ce qui devient de plus en plus improbable, ne se réalise. Le principal parti d’opposition du Togo depuis presque deux fois dix années, divisé depuis une demie année entre son président national Gilchrist Olympio et ses valets devenus collaborateurs du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais, RPT, et son secrétaire général Jean-Pierre Fabre et son groupe qui continuent de contester le pouvoir illégitime du RPT au sein du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement, Frac, va probablement laisser le peuple togolais – ah le pauvre ! devant un nouveau chaos.

Dans quelques heures donc, après la tenue du congrès extraordinaire de Jean-Pierre Fabre et de son groupe le 10 août 2010, et de celui de Gilchrist Olympio et de ses adeptes les 11, 12 et 13 Août 2010, l’UFC va cesser d’exister au Togo après dix-huit années d’une aventure ambiguë jalonnée rien que d’échecs, de victimes, de déceptions, d’humiliations... Comme un méchant monstre d’un film d’horreur qui se suicide après avoir éliminé tout ce qui l’entoure, l’UFC va s’autodétruire sous le regard impuissant et sidéré d’un peuple qu’il a fait rêver pendant presque deux décennies.

Cela relèverait d’un pur miracle que de voir à deux jours de la tenue de leur congrès, Jean-Pierre Fabre et ses disciples aller négocier avec Gilchrist Olympio, pour sauver l’UFC de son agonie. Le trajet inverse est plus improbable, car il est presque inconcevable de voir Gilchrist Olympio, qui sait très bien aujourd’hui, malgré sa déchéance, tout le vide qu’a laissé son départ au sein de l’opposition togolaise et qui n’a plus pratiquement grand-chose à perdre quant à sa crédibilité et son charisme qui ont complètement chuté, se diriger vers Jean-Pierre Fabre pour sauver un parti qu’il semble aujourd’hui déterminé à pousser définitivement vers le gouffre, à enterrer pour toujours. Les Amis de Gilchrist Olympio, les AGO, et ceux de Jean-Pierre Fabre tiendront donc séparément leurs congrès portant sur un même parti politique !

De toutes les façons, quelle que soit l’issue de ces deux congrès, que celui de Jean-Pierre Fabre et de ses amis ne soit pas accepté comme le prédisent certaines analyses politiques, ou ses effets ne soient pas reconnus par les autorités compétentes, que Gilchrist Olympio reprenne effectivement la tête du parti et le contrôle du bureau national, ou même que deux bureaux nationaux coexistent pour la direction du même parti... l’UFC n’existera plus au Togo. Du moins pas comme un parti politique, mais juste comme un sigle de trois lettres qui va désormais sonner comme une cloche d’enfer dans les oreilles du peuple togolais. La déception !

Gilchrist Olympio reprendra bel et bien le contrôle de son parti, mais n’aura rien de plus qu’un assoiffé à qui on donne un gros tonneau vide. Car à part ses valets qui l’ont suivi dans ce monstrueux dédale de gouvernement dit de large ouverture et quelques rares militants du parti qui le suivent dans ses déboires, Gilchrist Olympio n’aura désormais, en plus des trois lettres de son parti, que des injures, des diffamations, des menaces et même des malédictions de tout un peuple qu’il a lui-même pendant deux décennies préparé à haïr les yeux fermés tous ceux qui s’invitent aux bamboulas du RPT. Aucun Togolais, à part lui et ses chers fans, n’est dupe aujourd’hui pour espérer quelque avantage de ce louche et lâche accord qu’il a signé avec le RPT. Gilchrist Olympio et ces vieilleries sans stratégie et sans autorité qui l’accompagnent ne sont pas Hercule pour réussir là où ont déjà échoué beaucoup d’opposants qui ont essayé de collaborer avec cet ogre qu’est le RPT qui capture, broie, et avale tout ce qui ne l’approche pas pour l’aduler. Edem Kodzo, Me Agboyibo, le professeur Léopold Gnininvi... des hommes politiques pétant l’action et la vivacité ont déjà laissé leur peau dans ce mouroir, et ce n’est pas un Mathusalem déçu par ses incessants et éternels échecs, déchu, abattu par ses sept fois dix années qui pourra inquiéter le RPT dans ses pratiques occultes. L’UFC de Gilchrist Olympio ne survivra jamais, mais alors jamais dans l’abattoir de Faure Gnassingbé et de sa maffia. Elle sera, au mieux, considérée dans la secte comme une marionnette dansant au gré des humeurs de la jet-set d’idolâtres, au pire détruite complètement par des stratégies saugrenues qui n’ont jamais manqué dans les laboratoires d’un pouvoir aussi illégitime et loufoque que celui du RPT.

L’UFC de Jean-Pierre Fabre, quant à elle, qui, pour masquer ses multiples insuffisances, se cache aujourd’hui derrière un Frac qui a depuis très longtemps montré ses faiblesses, ne pourra pas non plus survivre – au cas où le RPT lui laisserait la chance d’exister aux côtés de celle légale de Gilchrist Olympio, malgré le soutien d’un peuple qui va d’ailleurs bientôt se désister, sachant très bien que les marches des samedis ne sont désormais devenues qu’une pure errance. Ah, le Frac ! Rien que la composition de cette coalition montre déjà son caractère éphémère. Ce bateau ayant plus d’un capitaine à bord ne peut jamais mener à bon port, parbleu ! Trois sérieux prétendants au fauteuil présidentiel, Jean-Pierre Fabre, Kodzo Agbéyomé, Kofi Yamgnane !

L’UFC de Jean-Pierre Fabre, cette UFC sans Gilchrist Olympio – que ce dernier soit déchu ou pas, est - surtout aux yeux de la communauté internationale, comme un wagon sans locomotive. Et ce parti ne peut, sur ce point, s’en prendre qu’à lui-même, pour avoir, pendant dix-huit ans, fait de son président national une incarnation de Jupiter, un homme-parti. L’UFC de Jean-Pierre Fabre et de ses notables sera une UFC illégale qui ne pourra jamais bouger, et qui aura surtout à affronter les menaces, les incantations et les répressions du RPT plus que jamais dans les nues ! Une UFC fragilisée où le changement de camp ne sera plus une haute trahison. Où les déserteurs qui quitteront pour aller savourer les délices de leurs plus beaux jours dans les noces de Lomé 2 ne seront plus bazardés et traînés dans la boue, comme autrefois, mais tout simplement montrés du doigt comme des suiveurs de Gilchrist Olympio, accueillis à bras ouverts par leurs ex-alliés qui n’ont fait que les précéder à la ripaille des félons.  Car, après le forfait de Gilchrist Olympio, les Togolais, ayant perdu toute confiance en leur parti fétiche, ne peuvent plus s’émouvoir, encore moins s’énerver devant une nouvelle trahison d’un leader de l’UFC. La trahison est désormais partout et peut venir de n’importe où dans ce parti. Elle viendra d’ailleurs, à gogo, on peut déjà s’y attendre.

Drôle de fin pour un parti qui a pendant presque vingt ans, comme Atlas, porté sur ses épaules tout l’espoir de tout un peuple. L’UFC va donc expirer de la manière la plus vile, morcelée et mortifiée, par elle-même !

Deux fois dix années de statu quo donc ! De statu quo ? Sûrement pas ! De gâchis, de pure boucherie. Car des victimes, l’UFC en a fait au Togo, en très grand nombre. La mémoire du père de l’indépendance sacrifiée sur l’autel de cette politique de division inculquée par Gilchrist Olympio à ses militants, cette politique ethnocentrique qui n’a pas aidé le peuple togolais à constituer une nation. Une pure errance où des préjugés pas même dignes des ânes les plus bêtes ont été criés à hue et à dia, loin, très loin des idéaux autour desquels se construit une mémoire, la mémoire de tout un pays, de toute une histoire. L’UFC va donc s’assassiner après avoir assassiné le rêve de tout un peuple dont le seul crime a été d’avoir cru en elle. Des militants dévoués qui n’ont pas hésité à sacrifier leur vie, et qui jusqu’ici ne sont pas encore des martyrs, la cause pour laquelle ils ont donné leur souffle de vie étant fallacieuse. Des hommes politiques peu ou prou charismatiques vilipendés par un peuple manipulé ayant ingurgité des chimères… Ah, qu’il a tout balayé sur son chemin, ce tsunami d’UFC dont l’écho va bientôt s’affaiblir, s’amenuiser, s’éteindre… Juste pour des suffisances de cœurs trop grands mais trop petits !

Et le seul survivant des cruautés de cette ogresse d’UFC, celui-là qui n’aura subi aucune morsure, aucune blessure des atrocités commises par ce monstre depuis dix-huit ans, et qui - sacrée ironie du sort, se chargera de porter son deuil avec un sourire narquois de triomphe, eh bien, c’est le Rassemblement du Peuple Togolais, la maffia que l’ogresse dévastatrice était censée anéantir ! 

Par David Kpelly
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 16:40

 

Lettre ouverte à la diaspora patriotique togolaise

David Kpelly

 

 

tOGO UNION 

Lettre ouverte en réaction aux lettres ouvertes du 16 Juillet 2010 adressée par la diaspora togolaise résidant en Amérique du Nord et en Europe, représentée par Messieurs Farouk Banna du CMAF-Togo et Assimesso Kofi Alouda du MoLiTo aux sieurs Faure Gnassingbé, chef de l’Etat togolais, et Gilchrist Olympio, président national de l’Union des Forces de Changement, UFC. 

 

Chers frères,

Recevez, pour commencer, nos sincères félicitations, et par ricochet les félicitations du peuple togolais que vous portez en vous aujourd’hui, malgré la distance qui vous sépare de la terre togolaise, cette terre togolaise qui vous a vus naître ou pas, et que vous donnez au jour le jour votre corps, votre âme, votre esprit à défendre. Vous êtes, sans aucune louange fallacieuse, très grands. Vous êtes très grands parce que vous êtes des patriotes. Vous sentez, malgré les dizaines de milliers de kilomètres qui vous séparent de cette petite bande de terre de 56 600 km2, que vous avez une patrie à défendre. Pour vous. Pour vos frères. Pour vos descendants. Et vous le faites, sans relâche, malgré les moyens limités que vous avez, devant l’immensité de ce chaotique chantier qu’est devenu notre pays depuis 1960.

Nombreux sont parmi vous, chers frères, ceux qui se sont depuis très longtemps désistés, n’y croyant plus. Ils ont déposé les armes, et ont cessé d’écouter leur cœur, le cœur de ce petit pauvre pays qui en eux gronde chaque jour, réclamant sa dignité perdue, le cœur de leurs frères laissés-pour-compte avilis et vidés de tout espoir. « Le Togo ne changera plus » disent-ils. D’autres se sont laissés acheter par les apostats au pouvoir. Ils ont troqué ou leur plume ou leur voix si chères contre quelques pécules ou quelques titres fallacieux au sein de quelque institution nationale ou internationale. Ecoutez leur lourd silence, ce silence qui crie très haut la haute trahison qu’ils ont commise. Voyez-les, ô malheureux, dans leur plus grande bassesse aller et venir portant le maudit écriteau, celui-là que porte Caïn et sa race « Où est ton frère ? » Car c’est justement être Caïn, un véritable fratricide, que de garder le silence devant l’actuelle situation de notre pays, l’actuelle situation de nos frères, notre actuelle situation, juste parce qu’on a été nommé à un poste par le pouvoir en place, ce pouvoir illégitime, encore illégitime, toujours illégitime qui a depuis plus de quarante ans hypothéqué le bonheur de ce vaillant peuple togolais.

Vous êtes debout, chers frères, debout malgré toutes ces voix incrédules qui crient chaque jour que le combat politique au Togo est un travail de Sisyphe, sans fin et sans fruit. Vous êtes debout malgré les ça-ne-va-pas-changer-au-Togo que vous écoutez tous les jours partout où vous passez. Vous êtes debout malgré les coups, les échecs, les humiliations, les déceptions de tous les jours. Vous êtes debout dans le sang et la sueur de vos pères, de vos frères, votre sang, votre sueur. Vous êtes debout pour le sang et la sueur de vos pères, de vos frères. Debout pour votre sang, votre sueur. Et vous êtes grands. Très grands.

Dans votre lettre ouverte au président du Togo qui n’est pas le président du peuple togolais, Faure Gnassingbé, vous lui demandez de quitter, de son plein gré, le pouvoir. «... le plus grand service que vous pourriez rendre à ce cher pays à nous tous est de prendre du recul et de négocier votre départ. Nous vous le demandons par amour pour ces 6 millions d’âmes fraternelles et pacifiques, qui ne demandent qu’à s’épanouir librement dans un Etat de droit, et en harmonie dans leur riche diversité culturelle » lui dites-vous.

Chers frères, la situation politique de notre pays est arrivée aujourd’hui à une étape où les spéculations, encore moins les lamentations ne pourront rien, mais alors rien changer. Nous avons depuis trop longtemps fait la politique au Togo rien qu’avec du cœur, aimant ou détestant selon les évènements, oubliant que seules la raison et l’action peuvent triompher dans un combat politique. Le plus grand mal que l’opposition togolaise, Gilchrist Olympio en tête, ait fait au Togo, c’est d’y avoir instauré cette attitude lâche et stérile qui consiste à placer son adversaire derrière un no man’s land pour lui lancer des incantations et des menaces. De considérer l’adversaire comme un lépreux, un intouchable donc, et ne chercher aucun consensus avec ce dernier. Et c’est justement l’échec de cette impuissante stratégie, après vingt années perdues, qui est aujourd’hui à la base de l’explosion de l’UFC, de toute l’opposition togolaise. Les séquelles, c’est cette guerre fratricide que se livrent aujourd’hui Gilchrist Olympio et Jean-Pierre Fabre par menaces et boutades interposées, devant les yeux sidérés d’un peuple togolais complètement déboussolé. Que des années et des années avons-nous perdues avec ces hommes de mauvaise foi !

Demander à Faure Gnassingbé de quitter le pouvoir par amour au peuple togolais revient tout simplement à ne rien lui dire. Car Faure Gnassingbé, feu son père, et tous les membres de cette maffia qu’est le Rassemblement du Peuple Togolais, ce parti devenu aujourd’hui le plus grand cauchemar d’un peuple qu’il prétend gouverner, n’ont jamais aimé le Togo, le peuple togolais. Et les multiples évènements sanglants qui ont marqué l’histoire de notre pays montrent que ce parti ne frémit même pas pour une seconde avant de massacrer ce peuple qui ne cherche, dans sa lutte de tous les jours, qu’un semblant de quiétude pour survivre.

Pourquoi Faure Gnassingbé quitterait-il donc le pouvoir par amour pour un peuple qu’il n’aime pas, un peuple qu’il ne peut pas aimer, un peuple qui lui a toujours montré qu’il le hait, et qu’il considère comme son ennemi ?

Pourquoi Faure Gnassingbé quitterait-il aujourd’hui un pouvoir qu’il crie sous tous les cieux avoir gagné avec l’accord du peuple qui l’a élu il y a cinq mois avec plus de soixante pour cent des voix? Une élection jugée libre et transparente par des institutions internationales et qui n’est contestée que par un peuple trop méprisée et piétinée pour avoir une voix ?

Pourquoi Faure Gnassingbé quitterait-il aujourd’hui le pouvoir quand le président national de l’Union des Forces de Changement, son principal opposant, collabore avec lui, quand on retrouve des membres de l’UFC dans le gouvernement, quand les autres partis majeurs de l’opposition comme le CAR et la CDPA ont gardé le silence, quand la contestation ne vient désormais que des loques sans autorité de l’UFC et des partis politiques n’ayant aucune popularité au Togo et aucun poids sur le plan international ?

Pourquoi Faure Gnassingbé quitterait-il aujourd’hui un pouvoir qu’il dit légitime, et qu’il essaie de garder par force matoiseries et violences, ayant une grande partie de la communauté internationale, la France et l’Union africaine à la base, et toute l’armée togolaise derrière lui ?

Tout, chers frères, tout maintient aujourd’hui Faure Gnassingbé à un pouvoir qui n’est pas le sien. Un pouvoir qu’il ne mérite pas. Mais qu’il ne quittera pas. Jamais !

Il est maintenant temps, chers frères, que nous cessions d’écouter nos cœurs, nos cœurs de Togolais blessés dans leur amour-propre, nos cœurs de citoyens à qui on arrache leur patrie, nos cœurs d’éternels opposants. Car la vie politique de notre pays ne peut pas se constituer que de trahisons, de haine, de menaces, de complots, de meurtres... Il faut que nous brandissions, enfin, le spectre de la raison, de l’intelligence. Car intelligents nous le sommes. Nous n’acquérons pas l’intelligence au Togo, nous ne naissons pas non plus avec. Nous sommes l’intelligence. Et elle doit désormais nous guider, cette intelligence qui coule dans nos veines, et qui reste aujourd’hui pour nous la seule arme avec laquelle nous combattrons le RPT et tous ces idolâtres qui font mal à notre pays dont nous avons aujourd’hui mal, très mal.

Notre intelligence doit nous guider aujourd’hui et nous montrer que l’explosion de l’UFC n’arrange personne au Togo à part le RPT. Cette explosion n’arrange ni Gilchrist Olympio, ni Jean-Pierre Fabre, ni le peuple togolais que nous constituons. La seule solution de sortie de crise au Togo doit venir de la reconstitution illico de l’UFC, le seul parti politique qui a toujours réussi à faire battre le cœur du Togo. L’UFC n’est pas Gilchrist Olympio, encore moins Jean-Pierre Fabre. L’UFC, c’est le peuple togolais. Et c’est le Togo qui s’est aujourd’hui émietté, une partie ayant signé ce lâche accord avec le RPT, l’autre marchant dans les rues tous les samedis... pour rien.  

Notre intelligence doit nous guider aujourd’hui et nous montrer que Gilchrist Olympio, quoi qu’il arrive, constitue un symbole fort, très fort, et pour le peuple togolais, et pour la communauté internationale, un symbole que nous ne devons pas laisser au RPT le privilège d’exploiter pour ruiner le Togo. Jean-Pierre Fabre, s’il aime le Togo, s’il s’aime, doit comprendre que le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement, Frac, n’est qu’une marionnette sans volonté et sans avenir qui danse sur la cacophonie du désordre actuel qui règne dans notre pays, et doit se débarrasser de ses suffisances et de ses insuffisances pour aller négocier avec Gilchrist Olympio pour que ce dernier mette fin à cet accord louche avec le pouvoir illégitime de Faure Gnassingbé et retire les membres de l’UFC de ce gouvernement de mauvaise foi. Pour que l’on retrouve notre UFC soudé que nous avons toujours aimé, derrière lequel s’alignera, comme toujours, tout le Togo, pour une lutte ordonnée, juste.

La sortie de crise du Togo, nous croyons bien, ne peut provenir que de là. Pour le bonheur d’un peuple qui attend encore, qui attend toujours... toujours, pour que sa dignité et sa fierté lui soient rendues.

Recevez, chers frères, une fois de plus, les félicitations de ce peuple togolais que vous aimez, qui vous aime, que vous portez en vous, que vous porterez, nous l’espérons bien, en vous partout et toujours... 

 

Bamako, le 04 août 2010

 

 

 

 

 Lire les lettres ouvertes du 16 juillet 2010 de CMAF-Togo et du MoLiTo adressée aux sieurs Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio: http://www.togocity.com/article.php3?id_article=5735

 

Par David Kpelly
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Mardi 3 août 2010 2 03 /08 /Août /2010 13:30

 

Les dérives du Sopi

Bavures impunies et Médias en sursis

(Fiche de lecture de David Kpelly)

 

 

 

 

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 Après un roman, La Sénégauloise à Matignon et une pièce de théâtre, Audience divine : trois prophètes à l’assaut du pouvoir d’achat, le jeune écrivain sénégalais Momar Mbaye, résidant à Mulhouse, étudiant et correspondant aux Dernières Nouvelles de l’Alsace, un quotidien régional, signe son premier essai avec Les Dérives du Sopi. Un livre exclusivement consacré au Sénégal, disons plutôt au Sénégal d’Abdoulaye Wade et de son fils Karim.

Rédigé sous forme d’une longue lettre où l’auteur s’adresse directement au fils du président de la République, Karim Wade, par tutoiements et vouvoiements entremêlés, cet essai nous trace tous les contours du règne désastreux de Me Abdoulaye Wade. Arrivé tambours battants à la tête du Sénégal le 19 mars 2000 après vingt-six années de lutte acharnée contre le parti socialiste, le candidat du Sopi (changement) veut coûte que coûte en finir avec une teigneuse presse qui a juré sur tous ses grands dieux de ne pas le laisser bazarder la République du Sénégal par sa gestion catastrophique de la res publica, ni imposer son fils Karim carrément rejeté par le peuple comme une vilaine musaraigne. On s’acharne des deux côtés, sur fond de menaces, d’injures grossières, d’intimidations, d’agressions, d’interpellations et d’emprisonnements sous les yeux d’un peuple sidéré par la brusque métamorphose de ce président qu’il avait accueilli comme un messie, l’ayant pris pour Sankara, selon les mots de l’auteur.

L’introduction de l’essai rend, sans détours, un verdict goût jus de citron à Abdoulaye Wade. « Entré dans l’histoire par la grande porte, Abdoulaye Wade risque d’en sortir par la petite, humilié devant le monde entier », dit la première phrase. Et le curieux Pater Noster intitulé « Au nom du Père (Abdoulaye Wade), du Prince (Karim Wade) et de la Sainte Vert (Viviane Wade, la femme du Président) », n’arrange pas du tout les choses car tout au long de cette étrange prière récitée au « Grand-père qui est au Palais », ce sont les bassesses et les faiblesses du président sénégalais  - devenu, selon l’auteur, un Sans Domicile Fixe dans son propre pays à force de voyager - qui sont révélées, cet homme en qui le peuple avait placé toute sa confiance en le plébiscitant en 2000, mais qui est devenu une véritable machine à matraquer qui « tue tous ceux qui lorgnent le trône sur lequel il est assis ».

On assiste, dans la première partie de l’essai, à des agressions horribles de journalistes par des policiers ou des loubards des politiques, comme Boubacar Kambel et Kara Thioune, des interpellations, des emprisonnements... des horreurs qui n’ont jamais été punies, les victimes croisant même leurs agresseurs en liberté dans la rue, car le président Wade est clair « ... les journalistes sont mal formés, beaucoup d’entre eux sont des politiciens déguisés. » Il faut donc les traquer, les matraquer, les humilier..., pour bien les former. Le comble de cette barbarie survient en Juillet 2008 à Chicago où, invité à une conférence pour parler du réchauffement climatique, le président Wade est interrompu en plein discours par le journaliste sénégalais Souleymane Jules Diop, son ennemi à abattre. Le journaliste est frappé, déshabillé, humilié par les gardes du président sénégalais devant les yeux du monde... Les journalistes sénégalais n’ont pas pour seul ennemi leur président. Il y a aussi des individus lâches, louches, grossiers, comme Farba Senghor surnommé le fou du Roi ou l’âne de la République. Ce lourdaud, dont le président Wade affirme qu’il n’est pas sain d’esprit, mais qui est chargé de propagande au sein du parti au pouvoir le PDS et qui entretient de bonnes relations avec la première dame, a un dada, un sport favori qui est de tourner en dérision la presse privée sénégalaise, et les studios de la RTS, la télé publique, lui sont largement ouverts chaque fois que l’envie le prend d’injurier un journaliste ou ses ascendants. Sur une saute d’humeur, il ordonne le saccage des locaux de deux organes de presse, l’AS et 24 h Chrono. Des agressions, encore des agressions, toujours des agressions... Mais aussi des coups bas, des traîtrises de certains responsables de groupe de presse comme le directeur du groupe Walfadjri qui joue à l’hyène entre le pouvoir et la presse, les lobbies des chefs religieux et des marabouts qui se comportent comme un pouvoir à part entière dans la République, faisant la propagande du pouvoir qui les protège.

Toute la cacophonie de la première partie devient une pure partie de rigolade dans la seconde partie. Me Abdoulaye Wade, comme un pédophile incestueux sans vergogne, viole à satiété la jeune constitution qu’il avait lui-même instaurée, chasse des parlementaires qui tentent de s’opposer à ses intentions d’imposer son fils Karim au Sénégal, accuse son ex-Premier ministre Idrissa Seck de détournement de fonds puis le blanchit devant les caméras de la RTS, revient sur sa décision pour de nouveau accuser le ministre pour le reblanchir... De quoi ouvrir une « Blanchisserie Wade », ironise l’auteur.

Les témoignages des victimes des agressions ou de leurs proches, la précision des dates et des références, la vivacité et la sobriété du style porté par un humour caustique, rendent l’ouvrage très vivant, émouvant. On peut, certes, reprocher à l’auteur d’avoir trop mis son cœur de journaliste dans la rédaction, s’apitoyant tout au long de l’ouvrage sur le sort de ses confrères laissés pour compte entre le marteau et l’enclume d’un pouvoir politique chien méchant, d’un pouvoir religieux qui s’est trompé de  voie, et d’un groupe de journalistes corrompus achetés par le pouvoir. C’est ce qui justifie, sans aucun doute, le choix d’un essai, plutôt que d’un genre romanesque, le roman à clef par exemple, que l’auteur aurait complètement raté car il n’aurait pas pu tenir ses distances vis-à-vis de ses personnages, ces autres lui-même dans une ineffable détresse.

Les Dérives du Sopi se referme sur une interrogation du lecteur. Ce Sénégal complètement bousillé par Abdoulaye Wade, ce pays avec une constitution devenue un véritable paillasson selon l’auteur, des ministres corrompus, des parlementaires vils, des institutions instrumentalisées et modelées selon les humeurs du Président, pourra-t-il redorer son blason à travers le seul combat d’une presse privée courageuse mais matraquée et muselée à loisir ? Le Sénégal ne risque-t-il pas de perdre son titre de vitrine de la démocratie en Afrique et tomber bas comme certaines porcheries de pays de l’Afrique noire ? Que nenni, clame l’essayiste, le Sénégal n’est pas le Gabon, encore moins le Togo – ah, le Togo, le mauvais élève ! De toute façon, l’avenir tranchera. On peut déjà attendre un autre essai de Momar Mbaye après 2012, l’après Abdoulaye et Karim Wade... ou peut-être... l’ère Karim Wade ! C’est l’Afrique, qui sait ?  

 

L’ouvrage a été présenté au public au cours d’une séance de dédicaces le 20 Février 2010 à la Fnac de Mulhouse.

 

Les Dérives du Sopi, Edilivre Aparis, Paris, 2010, ISBN 978-2-8121-2147-0, 230 pages, 18 euros

Consulter le blog de Momar Mbaye : http://mbayemomar.over-blog.net/

 

Par David Kpelly
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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 17:34

 

 

 

 

La promesse des astres

 

Nouvelle pour saluer la mémoire de Michel Germaneau

Otage français tué au Sahel en Juillet 2010

David Kpelly

 

Fred Lacroix, assis sur une chaise sous le seul arbre qui ombrageait la cour, mains et pieds liés comme toujours quand il était hors de sa cellule, regardait les trois hommes, à quelques mètres de lui, assis sur des tapis, deviser dans leur langue. Cette langue qu’ils parlaient toujours entre eux. On eût dit qu’ils se disputaient. Un mélange, lui paraissait-il, de l’arabe et d’une langue africaine. Il ne la comprenait pas, cette langue qui entretenait le mystère devenu son compagnon depuis presque deux semaines. Et n’avait d’ailleurs jamais cherché à la comprendre. Car, ce qu’elle lui inspirait, cette langue, c’était une sorte de tristesse indescriptible, une tristesse qui ne rend pas triste mais qui remplit de pitié. Cette tristesse qui inonde l’âme, quand le cœur n’a plus la force de couver la haine et le dégoût.

Cependant, pour la première fois depuis leur rencontre, cette langue l’intéressa. Elle détenait la clé, la solution à l’énigme. Elle était devenue le devin qui devait lui prédire l’avenir. Ce que demain serait pour lui. Il  eût tout donné pour comprendre juste un passage, une phrase, un mot de cette discussion. Juste un seul mot lui eût suffi pour établir des hypothèses à partir de force interprétations, pour aboutir à une conclusion.

Il concentra toute son attention sur le trio qui faisait de grands signes de mains pour appuyer les mots, poussant tantôt des jurons tantôt des éclats de rire. Le soleil, affaibli et pâlissant, comme un combattant sentant son imminente défaite, illuminait les trois visages qu’il voyait de profil et qui se crispaient ou se détendaient selon la douceur ou l’aigreur de la voix.

Rien à comprendre dans ce cafouillage de mots qui se cognaient entre leurs dents et leur langue, sortaient presque décomposés, s’écrasaient dans le lourd silence qui pesait sur les lieux, avant de s’évanouir, loin, dans le vide, avec l’écho.

Ils parlaient de lui. Il le savait très bien. Ils ne pouvaient parler que de lui. Depuis leur rencontre, il était devenu le centre de leur vie, comme eux ils étaient devenus celui de la sienne. Ils ne vivaient désormais que pour lui. Ils pensaient pour lui, mangeaient et buvaient pour lui, ne dormaient pas pour lui... et ne pouvaient se parler que pour lui. Ils le lui avaient même dit le premier jour de leur rencontre : « Vous serez notre première victoire ou défaite. Par vous, notre combat vivra ou mourra. Vous voyez donc que nous sommes obligés de bien vous traiter, de vous consacrer toutes nos attentions. Ne craignez donc rien, vous êtes en sécurité et tout ira bien, pour vous et pour nous, inch Allah. »

Ils parlaient de lui. De demain. Ils commentaient la nouvelle. Mais comment ? Leur bonne ou mauvaise foi, Fred n’en savait rien. Ils avaient pourtant tenu leur promesse de bien le traiter durant les treize jours qu’il avait déjà passés chez eux, comme ils le lui avaient promis le premier jour. Ils avaient toujours été à son service, mettant à sa disposition, dans les plus brefs délais, tout ce dont il avait besoin : livres, cigarettes, rafraîchissants, amuse-gueules... tout sauf le téléphone. Mais feraient-ils encore preuve de cette bonne foi demain ? Etaient-ils différents de leurs pairs qui s’étaient toujours illustrés par leur cynisme et effronterie ? Etaient-ils plus honnêtes que ceux dont parlaient tous les médias internationaux sur fond d’avertissements et de menaces ? Eux si étranges malgré leur gentillesse apparente, exagérée, et presque inventée, sauraient-ils faire preuve d’humanisme ?

L’autre partie non plus ne le rassurait. Elle pouvait ne pas tenir sa promesse demain. Tout pouvait très facilement basculer. Dans le monde des politiques, tout bascule si facilement. Une saute d’humeur, un sursaut d’orgueil d’un des décideurs, et son destin serait scellé. Il n’avait rien de plus que ses trois compatriotes qui avaient passé par la même voie que lui. Les politiques avaient promis mais n’avaient pas tenu leur promesse. Sa petite vie ne pouvait pas pousser tout un Etat, un Etat fier de sa force et de ses stratégies, à s’incliner devant les revendications d’une bande de délinquants fanatiques sans lois... Ces messieurs des palais, bon chic bon genre, accepteraient-ils demain de perdre leur superbe en capitulant ? 

Fred ne croyait ni en la superstition, ni en la géomancie, la magie, la numérologie, l’astrologie... et toutes ces autres manœuvres qu’il jugeait indignes d’un homme qui sait réfléchir. Cependant, ce matin, après la nouvelle qui lui fut apportée par celui qui, apparemment, jouait le rôle du caïd du groupe, il s’était surpris en train de demander un exemplaire du quotidien national. Il s’ennuyait avec ses livres et voulait jeter un coup d’œil à l’actualité du pays, avait-il menti. Quand le journal lui fut rapporté autour de midi par le plus jeune de ses compagnons qui s’était excusé de son retard, il ne regarda même pas la une qui affichait pourtant des titres très alléchants et sauta sur l’avant-dernière page, où se retrouvait... l’horoscope. Il voulait connaître ce que lui prédisaient les astres ! La journée était, disaient les astres à travers le journal, à lui et à tous ceux qui sont nés sous le signe du Lion, une journée très capitale car elle verrait signer un accord très déterminant dans leur vie. « Des incongruités incohérentes comme toujours », avait-il murmuré en jetant le journal, malgré tous les efforts qu’il faisait pour y croire.

Mais il fallait y croire. Il fallait croire la voix des astres. Il fallait croire que demain serait un autre jour, un grand jour. Son jour. Les astres devaient avoir raison. Avant la nuit, les hommes politiques appelleraient. Ils comprendraient qu’ils ne devaient pas le laisser quitter éternellement sa famille restée chez lui, et qu’il n’avait plus revue depuis plus d’un an. Les hommes politiques, du haut de leur piédestal, comprendraient qu’il fallait fléchir devant cette bande de terroristes pour sauver sa vie. Ils appelleraient avant la nuit pour signer l’accord de sa libération. Promesse des astres. Et demain, il serait libre. Demain, il quitterait, pour toujours, ce coin perdu du Sahel qu’il avait rejoint depuis plus d’un an, après sa retraite, pour y monter une association de prise en charge des victimes du Sida.

Plût au ciel que les astres fussent de bons devins ! Demain, il parlerait à l’ambassade de France devant des dizaines de journalistes qui lui poseraient des tas de questions. Comment s’était-il fait kidnapper ? Comment avait-il été traité pendant les treize jours de détention ? Pouvait-il décrire les hommes qui l’avaient kidnappé ? Que lui disaient-ils ? De quoi parlaient-ils... Des questions et des questions, comme savent en poser les journalistes quand les terroristes libèrent un otage. Il se contenterait de répondre rapidement en gardant son calme, avant de s’envoler pour la France, auprès de sa famille, loin du Sahel, loin des terroristes...

Il sentit un léger frisson lui parcourir tout le corps. Les trois terroristes riaient aux éclats. Ils parlaient de lui. De demain. Car eux, ils n’avaient pas de souci à se faire pour demain. Ils savaient quoi faire si les prévisions des astres se révélaient fausses, s’il arrivait aux politiques de ne pas tenir leur promesse. Ils l’avaient averti depuis les premières heures du matin : « Monsieur Fred, nous venons de discuter avec des représentants de votre gouvernement qui nous ont promis de libérer notre frère Rachid emprisonné à Paris et payer la rançon que nous exigeons pour votre libération. Si demain, avant midi, l’heure de rigueur que nous leur avons fixée, ils honorent leur engagement en nous versant les 30 000 euros et en libérant Rachid, vous serez tranquillement libéré. Mais s’ils osent nous berner, nous vous égorgerons avant le soir, inch Allah. »

 

Bamako, le 10 Juin 2010

 

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