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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 14:10

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                       Avec de jeunes blogueurs francophones, Université de Yaoundé I, 2011


J’ai été invité ce lundi 13 août 2012 à la cérémonie de lancement des activités d’un club de lecture dans une école supérieure de Bamako. L’idée est d’initier les jeunes lycéens et collégiens maliens à la lecture, à travers des lectures, dès la rentrée prochaine, dans les collèges et lycées, d’ouvrages d’auteurs africains francophones. Très belle initiative, quand on sait ce que devient la lecture dans nos pays.

La cérémonie, qui avait vu la participation de plusieurs personnalités du monde des lettres et de l’éducation avait bien commencé, et continuait bien jusqu’au discours d’un des invités, présenté comme un grand spécialiste de la langue française, qui commença son discours en précisant aux membres du club de ne pas oublier que la langue française est avant tout une langue coloniale, et de penser aussi de temps en temps à lire à leurs petits frères dans les écoles des textes en bambara, la langue nationale du Mali. Il fut applaudi après son éloquent discours par toute l’assistance. Tous sauf moi.

Je n’ai rien, alors rien contre nos langues nationales africaines. J’aime ma langue maternelle, l’éwé, plus que je n’aime le français, et je ne me rappelle pas avoir une fois parlé le français – dans un cadre non-professionnel, devant un interlocuteur comprenant cette langue maternelle qui est mienne, la première langue que j’ai apprise, et que mes parents ont tout fait que je maîtrise malgré les tas de livres en français dont ils m’ont entouré dès mes jeunes âges. Je parle toujours ma langue maternelle chaque fois que j’en ai l’occasion, et aurais même aimé la parler et me faire comprendre partout où je vais. Mais nul n’a besoin de me dire les limites de cette langue une fois que je franchis le fortin de mon ethnie.

C’est pourquoi ma position a toujours été ferme devant ces défenseurs et illustrateurs de nos langues maternelles qui nous demandent toujours - je ne sais trop pourquoi, de choisir entre le français et ces langues dont l’influence ne dépasse, hélas, généralement pas nos pays d’origine. Je choisis le français. Pas parce que je n’aime pas ma langue maternelle, mais parce que j’aime les autres, et aimerais les comprendre, et qu’ils me comprennent.

Je ne sais pas pourquoi on doit exiger à un club de lecture désirant initier de jeunes élèves à la lecture des textes français à lire de temps en temps des textes en bambara. De jeunes élèves qui ont d’ailleurs déjà trop de problèmes avec le français, la langue officielle de leur pays, la seule qui puisse les aider à facilement s’intégrer dans un monde extérieur à leur minuscule entourage. Le français, qu’elle soit une langue coloniale ou pas – je ne sais d’ailleurs pas ce que cela signifie, une langue coloniale, le français donc, au-delà du rôle d’unificateur qu’il joue à l’intérieur de nos pays où nos multiples dialectes ne nous permettent pas de nous comprendre – je pense à la République démocratique du Congo et au Cameroun, le français est une culture. Une culture planétaire dans laquelle nous, africains francophones, devons nous fondre avec tous les francophones de la Terre.

Quand je considère tous les amis de tous les coins de la Terre que je me suis faits avec mes blogs, tous ces hommes et femmes de toutes les nationalités auxquels je suis lié depuis trois ans maintenant à travers mes livres, avec qui je partage les mêmes idéologies ou pas, avec qui je discute avec la même passion de l’évolution du monde malgré nos cultures différentes, tous les jeunes africains francophones qui me font découvrir leurs différents univers… grâce au français, je me dis que ma position vis-à-vis de cette langue ne changera pas, n’en déplaise aux coups de fouet des fondamentalistes de nos langues africaines, et ce jusqu’à preuve d’une langue africaine, pour reprendre les mots de l’écrivain togolais Kangni Alem, avec qui je partage la même langue maternelle, mais que j’ai découvert à travers… le français.

 

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 15/08/2012 18:46

Tout un plaisir, chère Rita. Le français est une chance, et ça je ne sais quand je cesserai de le répéter, parce que j'y crois. Je crois au français et je le défendrai toujours. Toujours. Cette
langue est une partie de moi. Rien à faire.
Amitiés

RitaFlower 14/08/2012 15:46

Rappellons que le Français est quant meme une belle langue parlée dans la majorité des Pays d'Afrique de l'ouest.Le Francais lu,écrit et parlé par les africains francophones. Ce dont je suis le
plus fière,c'est de voir aujourd'hui cette nouvelle vague d'écrivains africains francophones comme toi,David défendre cette culture française comme étant la leur à travers le français partout dans
le monde entier.Des DIGNES AMBASSSADEURS fières aussi de cet héritage français.Tu ne renies pas pour autant ta culture africaine qui a fait de toi ce que tu es aujourd'hui.Etant moi-meme fruit d'un
métissage culturel,je n'ai jamais eu à faire un choix entre la culture africaine et française puisqu'il m'a fallu les deux pour me construire.C'est vraie.Mon cher David,tu es riche
intellectuellement,ouvert d'esprit et à toujours cette quete de l'autre venu d'ailleurs sans crainte et sans préjugés.Je pense que c'est ce qui fait ta force et te permets d'avancer dans la bonne
direction.Tu n'as pas peur de dire ce que tu penses quitte à te mettre toute la Communauté Africaine à dos.Nous nous ressemblons d'ailleurs sur cette façon de faire les choses.

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