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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:44

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4e lettre ouverte au Premier ministre togolais Arthème Ahoomey-Zunu

 

Bamako, le 18 juillet 2013

Monsieur le Premier ministre,

On dit quoi ? La forme ? Et les affs ? Madame et les enfants, ils vont bien ? Cool. Nous ? Oh, comment dire, ça va tant bien que mal, bon disons un peu plus mal que bien, mais bah, ça va, comme on est en vie. N’y a-t-il pas ce proverbe de chez nous qui stipule que la poule garde toujours l’espoir de pousser des dents tant qu’elle vit ? Euh, permettez-moi surtout ce ton amical avec lequel je vous aborde, c’est juste parce que je commence petit à petit à me familiariser avec vous, à force de vous envoyer des lettres. Vous et moi, disons qu’on est presque maintenant des associés, comme nous sommes désormais liés par un deal : Anselme Sinandare.

Anselme, absolument, Monsieur le Premier ministre ! Comme promis, je viens, pour la quatrième fois consécutive, vous rappeler votre promesse, cette promesse que vous aviez faite le 18 avril 2013 sur les ondes de la Radio France internationale de faire des enquêtes et punir les assassins de cet enfant tué par balles par vos policiers, ou gendarmes, ou militaires – j’ai beau demander à mes amis de m’expliquer la différence entre ces messieurs habillés, je ne m’y fais pas. Trois mois déjà qu’il est mort, le pauvre Anselme. Trois mois qu’il a été assassiné par vos tueurs, trois mois que vous avez promis des enquêtes sur sa mort, trois mois que nous attendons ces enquêtes, trois mois que nous ne les avons pas. Et nous vous attendons.

Monsieur le Premier ministre, je sais qu’actuellement vous êtes occupé, préoccupé par les élections législatives. Et je sais que ça doit faire beaucoup de travail pour vous, préparer des élections que vous devez gagner dans un pays où personne, à part vous-mêmes et vos propres familles – vos conjoints et vos enfants – ne vote pour vous. Arriver à encore truquer des élections dans ce Togo qui bouillonne tant de haine et de rage contre vous, ça fait du travail, un sacré travail. Pas facile, la vie d’un voleur. Oh, je ne dis pas que vous êtes, vous et vos collègues du pouvoir, de vulgaires voleurs, que non, je n’irai pas jusqu’à vous humilier ainsi, à vous rabaisser à ce niveau. Vous valez mieux, vous êtes, vous, de grands voleurs, des voleurs costauds et armés, donc de bons voleurs, des voleurs légitimes. Et je sais combien vous devez être occupé ces temps-ci avec ces nouvelles élections à voler.  Que vous allez voler. C’est d’ailleurs pourquoi, résignés, ces élections ne nous intéressent même pas. Remplissez tout le parlement, nous n’avons rien à dire, nous sommes chez vous, et vous, vous êtes chez vous.

Mais, Monsieur le Premier ministre, il s’agit juste de votre réputation devant la face du monde. Nous, nous savons déjà ce que vous êtes, c’est pourquoi quand vous aviez parlé d’enquêtes, nous avions ri, parce que nous connaissons notre pays, disons votre pays dont vous avez eu la magnanimité de nous octroyer la nationalité. Mais n’y a-t-il pas ce proverbe de chez nous qui dit qu’il vaut mieux montrer son hernie à son seau d’eau qu’à celui du voisin ? Nous savons, nous, que vous n’êtes qu’un affabulateur, ayant fabriqué cette mise en scène d’interview sur RFI ce 18 avril 2013 juste pour faire glamour devant la face du monde, et faire croire aux oreilles étrangères que le Togo aussi est un pays où on fait des enquêtes sur la mort des citoyens. Réussissez donc au moins à tromper les autres en faisant cette enquête, au moins celle-là ! Pas pour nous, parce que nous ne comptons pas, nous, pas même pour les parents de la victime, ils ne comptent pas non plus, eux, ils n’ont qu’à faire un autre enfant et le nommer Anselme pour remplacer le défunt, mais faites cette enquête pour vous-même, pour donner l’impression aux autres, pas nous, que vous avez encore une parole, une parole d’homme respectable, d’homme qui dirige un pays. Parce que, Monsieur le Premier ministre, si les autres non plus ne vous font plus confiance, après nous, les vôtres, qui vous avons depuis longtemps désavoué, si même les voisins qui ne vous connaissent pas et à qui vous pouvez facilement mentir ne vous font plus confiance, que valez-vous finalement, Monsieur ?

Cordialement

Yao David Kpelly

PS : Ah, monsieur le Premier ministre, je sais que vous devez être en train de vous demander jusqu’où j’irai avec mes lettres. Eh bien, je vous avais dit que je vous les enverrai tant que vous n’aurez pas fait l’enquête et publié les résultats. Le 18 mars 2014, si Dieu nous prête vie, à vous et à moi – priez pour moi qu’il me la prête, j’en ferai de même pour vous - eh bien, le 18 mars 2014, si entre-temps vous n’avez toujours pas fait l’enquête promise, je serai en train de vous envoyer la douzième lettre ouverte. Douze comme les 12 apôtres du Christ – vous êtes chrétien ? Je ferai alors un livre avec les douze lettres, un livre que je ferai éditer et qui portera la préface du père, ou de la mère, ou d’un membre de la famille d’Anselme, un livre qui restera à jamais la trace de vos mensonges, de vos fallacieuses promesses. Vous aurez un exemplaire dédicacé, gratuitement. Beau cadeau de ma part, hein, Monsieur le Premier ministre !

 

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