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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 19:00

 

 

Peuples-noirs.JPG             A la Librairie des Peuples noirs de Mongo Beti, Yaoundé 2011

Depuis que j’ai commencé, dès mes premières années au lycée, à vraiment m’intéresser à la vie des écrivains africains francophones, je me suis toujours demandé pourquoi ils vivent presque tous en Occident, certains d’entre eux ne revenant même plus en Afrique, si ce n’est que très rarement, pour donner des conférences de quelques jours et repartir à la va-vite.

Le phénomène, même s’il n’a pas été très remarquable avec les écrivains de la Négritude, ceux des années 50 et 60, a pris de l’ampleur et est sérieusement devenu angoissant avec les auteurs de la nouvelle génération, ceux qui ont émergé autour des années 2000. Dans toute cette vague florissante de jeunes auteurs talentueux et si attachés à l’Afrique à travers leurs thématiques, seul le Béninois Florent Couao-Zotti, en ma connaissance, vit chez lui au Bénin. Ces jeunes auteurs immigrés sont d’ailleurs surnommés les écrivains de la migritude.

La plus grande raison donnée pour justifier cette ruée de nos auteurs vers l’Occident est la situation politique de leurs pays, presque tous des dictatures, où ils ne seraient pas à l’aise dans leur création littéraire. Raison logique, d’autant qu’il est vraiment impossible de libérer l’imagination – qui des fois a cette étrange capacité de finir par ressembler au réel - dans des pays où des tyrans honteux cherchent toujours des alibis pour abattre tout ce qui leur passe sous le nez, ou semble caresser leur mégalomanie à fleur de peau.

Une seconde raison avance l’absence de vraies structures éditoriales sous nos cieux, les maisons d’édition, librairies, réseaux de distribution, médias spécialisés et critiques littéraires étant très rares dans nos Etats. Ce qui pousse donc l’écrasante majorité de nos auteurs à publier en France, quitte à sevrer les lecteurs africains de leurs productions, les livres édités en France revenant trop cher par-ci. Une raison aussi valable et solide quand on voit l’état de délabrement et la taille des maisons d’édition et librairies dans nos pays où il en existe.

Mais je crois que j’ai trouvé une troisième raison à la fuite de nos écrivains vers la France. Le niveau d’abrutissement des rares intellectuels qu’il nous reste sur le sol africain. Des intellectuels abrutis, oui ! Abrutis par la politique et le pouvoir devenus leur seule obsession. On eût dit qu’on ne peut pas être intellectuel en Afrique et ne pas faire la politique, c’est-à-dire vouloir être président de la République, ou ministre, ou député… ou carrément créer un parti politique et utiliser ses compétences pour rassembler des foules à transformer en électeurs. Des intellectuels abrutis, oui ! Des gens avec qui l’on ne peut parler de l’art en général, de la littérature en particulier. Et Dieu seul sait si un écrivain, un vrai, peut vivre dans un environnement où il n’échange pas avec des gens partageant sa passion.

J’ai sympathisé, depuis 2009, avec un intellectuel malien enseignant à l’université de Bamako, attiré vers lui par un roman qu’il a publié en 2009 et qui a eu un grand succès au Mali. Mais bizarrement, à chaque visite, quand j’essaie d’attirer son attention sur des auteurs dont je veux qu’on discute, il me répond toujours, goguenard, que ce sont des auteurs qu’il n’aime pas, parce que n’ayant pas profité de leur prestige de leader d’opinion pour délivrer leurs pays des dictatures… Jusqu’hier où il me fit part, sacrée horreur, de son projet de créer un parti politique, son roman écrit en 2009 lui avait donné une notoriété et beaucoup de Maliens ont commencé à le solliciter sur la scène politique, il compte créer une section des jeunes dont je serai le responsable, vue mon statut et mon éloquence, il me fera faire une nationalité malienne pour me faciliter les choses…

Je le regardais, horrifié, durant son délire. Il avait écrit le roman, ou se l’est fait écrire, juste pour se faire un nom et entrer en politique. Aucune passion pour les lettres donc. Toujours cette image de la politique, monstrueuse hydre, qui avale tout ce qui l’entoure. Je ne sais laquelle des raisons susmentionnées a envoyé tous nos écrivains en Occident, mais s’il y a bien une qui m’y enverra, moi, eh bien, c’est celle de fuir ces louches usuriers capables de tricher avec tout, même l’art, la plus belle manifestation de l’esprit.

   

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