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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 18:09

 

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Arthème Ahoomey-Zunu

 

11e lettre ouverte au Premier ministre togolais, Arthème Ahoomey-Zunu

 

Bamako, le 18 Février 2014

Monsieur le Premier ministre,

C’est avec une grande inquiétude que je vous envoie cette onzième lettre, l’avant-dernière de la série de lettres que j’ai décidé, depuis le mois d’avril de l’an passé, de vous envoyer chaque mois pour vous rappeler l’engagement que vous avez pris, le 18 avril 2013, sur les ondes de la Radio France internationale, RFI, de faire des enquêtes sur la mort de notre frère Anselme Sinandaré abattu quelques jours avant par un de vos policiers-militaires-gendarmes – il va falloir que vous organisiez un séminaire national pour nous expliquer la différence entre tout ce beau monde et leurs rôles joués sur la Terre de nos aïeux, le seul rôle que nous leur connaissons, nous autres de la tourbe, jusqu’ici, étant de lancer des gaz lacrymogènes, terroriser et abattre les citoyens.

Monsieur le Premier ministre, je disais, donc, que c’est avec une grande inquiétude que je vous envoie cette onzième lettre, parce que depuis votre retour au pays après votre hospitalisation en France, on vous voit moins, vous sent moins sur les médias. Et je suis inquiet parce que, vous connaissez, j’espère bien, ce proverbe du peuple éwé dont nous sommes issus, vous et moi, qui stipule que quand un vieux hernieux cesse subitement de gémir au milieu de la nuit, il faut avant toute chose lorgner le fabricant de cercueils. Mais ne parlons pas de malheur. Vous allez bien. Soit.

Monsieur le Premier ministre, il y a cette sagesse des vieux qui stipule qu’à force de fouiller les dépotoirs, le porcelet finit toujours par déterrer les intestins de son grand-père. Hier, en faisant sur vous des recherches, j’ai découvert beaucoup de discours que vous avez prononcés en plusieurs circonstances durant votre vie d’homme politique. J’en ai lu une dizaine, et j’ai remarqué comment, en ancien militant des droits de l’homme, et « spécialiste en défense des droits de l’homme » selon votre biographie, j’ai remarqué, disais-je, comment vous êtes si attaché, dans vos discours, aux valeurs de protection des citoyens, de justice, de paix… J’ai remarqué comment, dans vos discours, vous semblez être un homme politique très soucieux des droits de vos administrés.

Monsieur le Premier ministre, je voudrais juste vous citer et vous laisser réfléchir devant cet extrait : « … Pour ce qui est de la promotion des droits humains, l’examen périodique universel auquel nous nous sommes prêtés de bonne grâce à plusieurs  reprises à Genève, a permis de souligner  les  progrès  encourageants  que  notre  pays  a  réalisés  dans  ce  domaine. Nous devons  toutefois  accélérer  le  rythme  des  réformes    pour  nous  donner  les  moyens d’asseoir davantage la culture du respect des droits humains dans notre pays à travers la mise en place d’un cadre juridique et institutionnel adéquat. »

Monsieur le Premier ministre, ces mots sont sortis de votre bouche, oui, de votre bouche, dans une déclaration politique que vous avez faite le 18 septembre 2013 – cinq mois après l’assassinat d’Anselme. Vous êtes seul à savoir, Monsieur le Premier ministre, le seul pas que vous avez marqué, le seul acte que vous avez posé, le seul geste, aussi banal soit-il, que vous avez fait, pour que les droits humains avancent d’un seul pas dans notre pays. Et vous êtes également le seul à savoir combien de Togolais vous avez brimés dans leurs droits les plus élémentaires, combien vous avez torturés, combien vous avez humiliés, depuis ce beau discours.

Ce 18 avril 2013, quand vous parliez sur la Radio France internationale avec votre voix émue de militant des droits de l’homme, quand vous juriez que vous alliez, vous et votre gouvernement, tout faire pour que l’assassinat de notre frère soit puni, ceux qui ne vous connaissent pas, vous et tous les adeptes du paraître de notre pays, ceux qui ne savent pas que vous ne gouvernez que par le paraître, vous avaient sûrement pris au sérieux. Mais nous qui vous connaissons savions très bien que ce n’étaient que de nouveaux mots doux, beaux, pour paraître.

Voilà, Monsieur le Premier ministre, presque un an que vous n’avez pu rien faire pour punir l’assassin d’un enfant innocent de 12 ans abattu comme un fauve. Auriez-vous été aussi lent dans votre promesse si ce garçon avait été le vôtre ? Presque un an dans le sang, les larmes et les soupirs outre-tombe d’un enfant de 12 ans. Et rien. Rien. Vous qui ne pouvez pas prononcer un seul discours sans parler de « justice, de paix, de droits humains… » De quel droit humain êtes-vous donc le défenseur, Monsieur le Premier ministre ?

Très cordialement

Yao David Kpelly

 

 

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