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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 13:30

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Note de lecture du recueil Le Murmure des Martyrs de Kodzo Vondoly

Je viens de boucler un petit recueil de poèmes du poète, journaliste et éditeur togolais Kodzo Adzewoda Vondoly, intitulé Le Murmure des martyrs paru aux éditions Continents à Lomé. Il est question, dans ce recueil subdivisé en plusieurs parties aux titres évocateurs, Murmures, Plus Jamais Ca, Complaintes… de la terre de nos aïeux, le Togo. Et parlant du Togo, on peut affirmer que le titre ne pouvait pas mieux être choisi. Parce que le Togo d’hier et d’aujourd’hui n’est que martyrs et murmures. Notre pays regorge de tant et tant de martyrs, depuis les époques coloniales, jusqu’aujourd’hui où, à l’heure où je suis en train d’écrire ces lignes, d’autres Togolais sont en train de succomber ou sous les coups de ceux-là qui ont toujours voulu confisquer la fierté de notre pays, effacer sa mémoire, ou sous le désespoir, ou sous les affres de l’exil…

Le Togo n’est que martyrs. Des martyrs que nous n’avons même pas le temps, ni le droit de pleurer des fois, et dont nous écoutons, partout où nous mettons les pieds, les murmures. Et c’est justement le murmure de ces martyrs-là qu’écoute le poète Vondoly, et qu’il restitue dans ses courts poèmes dont la plupart sont en vers libres, avec un style d’une fluidité étonnante pour la poésie. L’ombre du père de l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio, que le poète appelle « Papa Sylva » dans le poème intitulé « Papa Sylva la victime » plane sur tout le recueil. Car c’est cet homme, tué en pleine lutte pour la libération totale du Togo du joug du colonisateur, dont la dépouille n’a même pas eu l’honneur d’être enterrée sur cette terre togolaise qu’il a tout donné pour voir libre, qui est le plus grand de tous les martyrs du Togo, c’est lui qui a donné au Togo la plus grande de ses richesses, l’indépendance, mais c’est avec lui que l’histoire sanguinaire, hélas, de notre pays a été plus ingrate. « Nulle part dans cette vaste Cité, Nous n’avons érigé de monument, Qui porte ton nom, toi qui résolument, A lutté pour notre souveraineté… Pardonne-nous de t’avoir très tôt oublié », chante le poète à la mémoire de cet homme qui reste l’un des plus grands de notre histoire.

Tavio Ayawo Amorin, la mémoire, l’éternelle mémoire du jeune homme intelligent, fougueux, courageux, mort il y a vingt ans, ce jeune homme qui avait été lâchement assassiné pour ses idées, par des hommes toujours en liberté et circulant en toute tranquillité sur ce sol togolais qu’ils ont pour l’éternité souillé d’un sang si innocent, a aussi eu sa part d’hommage dans ce recueil. « Ta lutte incita la colère des ennemis de notre liberté, Ton franc-parler blessa les passionnés des vilénies, Tes actes resteront gravés à jamais dans nos mémoires, Trop fraîches pour t’oublier, ô Tavio Ayawo Amorin, Toi qui, pour le bien de ta nation, as refusé d’être patin, Et nous continuerons à suivre tes pas pour notre gloire. »

Les victimes du célèbre attentat de la ville de Soudou, cette sombre ville de notre histoire où furent assassinés des combattants pour la liberté de notre pays, les amoureux du foot de notre équipe nationale morts dans le crash d’avion de Loungui et ceux de la récente attaque de Cabinda en 2010, Ephrem Dorkenoo, ce poète et ministre togolais mort en 2010, Joseph Kokou Koffigoh, traître pour la mémoire collective des Togolais, mais génie incompris et méconnu, avocat à l’allure pondérée pour le poète… et ces dizaines, centaines, milliers, millions de Togolais ayant perdu leur vie, ou leur patrie, ou leur famille, ou leur nom, ou leurs bien… pour que naisse et vive, enfin, une nation togolaise libre et digne, ont été honorés dans les poèmes.

Nous avons besoin de l’histoire, notre histoire, car, comme le dit si bien ce proverbe éwé, c’est au bout de l’ancienne corde que se tisse la nouvelle. Nos martyrs, tous les martyrs togolais, quels que soient leur sexe, leur rang social, leur âge, leur niveau d’instruction, leur ethnie, leur croyance religieuse… quels qu’ils soient, doivent être connus, reconnus et honorés. Notre histoire a besoin d’être écrite, d’être bien écrite, une histoire où chacun aura sa place, sa vraie place, celle qu’il mérite, le bourreau à la vindicte populaire, le héros au panthéon. C’est un devoir. Notre devoir. Et ce recueil de poèmes, qui crie à travers toutes ses lignes, Peuple togolais, tu ne dois pas baisser les bras, écoute tous ces martyrs dont les mémoires ont besoin d’être honorées et ne fléchis pas dans ta lutte pour la liberté, ce recueil, donc, est la bienvenue, tel un réconfort, un chant de guerre, en ces temps-ci où le courageux, téméraire peuple togolais est encore dans la rue, dans la rue comme toujours, bravant tous les dangers, défiant toutes les menaces de la dictature, affrontant balles et coups, pour réclamer sa dignité volée par des cleptomanes pestiférés qui n’auraient jamais dû croiser son chemin. Jamais.  

 

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Elom 30/08/2012 14:32

Belle chronique. ca donne envie de lire ce livre.

RitaFlower 30/08/2012 01:40

Un véritable martyr donne sa vie pour son pays généreusement et sans contrepartie.Espérons que cette nouvelle génération togolaise prenne enfin consciense que leurs ainés se sont battus pour que le
TOGO soit ce qu'il est aujourd'hui.A elle maintenant de suivre le chemin parcouru et de continuer le combat quoi qui l'en soit.Le prix de la liberté c'est la souffrance.Lorsqu'on est un digne
peuple,on ne capitule pas ni devant le faux ni devant l'imposture.Le chemin de la vérité pour les générations futures et pour que l'histoire du TOGO continue à s'écrire.

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