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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 21:37

 

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 Depuis près de deux décennies, on a le sentiment que le gouvernement - togolais, pousse des deux mains le rocher du dialogue vers le sommet de la montagne  et qu’à chaque fois qu’il approche du but, l’immense rocher roule jusqu’au bas, poussé par des forces hostiles. (…) Sauf que dans la version togolaise du mythe de Sisyphe, le supplice du héros est atténué par les encouragements du peuple honnête et de la foule des partenaires au développement qui du bas de la montagne voient bien les efforts qui sont déployés et les résultats qui sont enregistrés.

Sacrée plume, sacrée inspiration, sacrée comparaison que celle de cet éditorialiste de l’hebdomadaire togolais Le Libéral résumant par le très célèbre mythe de Sisyphe les tensions sociopolitiques actuelles au Togo. On ne pouvait attendre mieux en ces périodes sensibles où notre pays, pour la énième fois depuis sa fatale rencontre avec Eyadema, la plus sinistre et tragique rencontre de son histoire, est au bord de l’implosion. Faure Gnassingbé alias Sisyphe et son gouvernement, poussant le lourd rocher du dialogue togolais vers le sommet, encouragés par le peuple togolais reconnaissant, mais empêchés dans leur ahan par des forces hostiles, le Collectif Sauvons le Togo ! Du champagne pour notre cher éditorialiste, inclinons-nous devant la pertinence de cette plume.

Fasse Dieu que les forces hostiles qui empêchent Faure Gnassingbé et son clan de pousser le rocher du dialogue togolais vers le sommet crèvent un jour, que le dialogue aboutisse, que la réconciliation du peuple togolais soit effective, que tous les Togolais meurtris et blessés dans leur amour-propre retrouvent la joie de vivre, que les veuves qu’Eyadema, ses fils et ses militaires ont fabriquées un peu partout au Togo oublient leurs maris, que les orphelins ayant perdu leurs parents que le clan Gnassingbé a assassinés sèchent leurs larmes, que les réfugiés politiques et tous les exilés togolais retrouvent leur patrie, que ceux que les lagunes de Lomé et la mer ont engloutis durant les périodes de crise retrouvent la vie, que les citoyens que les militaires, policiers, gendarmes togolais, ivres d’alcool frelaté, de haine, de frustrations et de vengeance ont mutilés retrouvent leurs membres… et que Faure Gnassingbé devienne, enfin, le héros national qu’il a toujours voulu être au Togo, et qu’il n’a jamais pu être. Vivement, ce jour ! Pour reprendre le titre d’un éditorial d’un autre éditorialiste togolais, un vrai cette fois-ci, un bon.

Quel triste destin que celui du peuple togolais ! Le bonheur des indépendances si vite étouffé par presque quarante ans d’inertie, quarante ans à supporter les matoiseries, les mensonges, les atrocités, les horreurs et les meurtres d’un cultivateur et lutteur traditionnel devenu un militaire aux compétences douteuses puis président de la République par un grand hasard de l’histoire. Quarante ans à supporter la taie qu’était Eyadema sur le cristal de la fierté nationale, et à sa mort, au lieu d’une libération nationale, la vraie, on bute sur un héritier lubrique cocaïné, un mollasson aussi dépourvu de volonté qu’un zombi, ayant fait de la soldatesque togolaise son principal bouclier contre les contestations qui n’ont jamais cessé de s’abattre sur lui.

Combien d’années, combien de morts, combien de mutilés, combien de réfugiés, combien d’insurrections vont-ils, enfin, suffire à Faure Gnassingbé pour qu’il comprenne que le peuple togolais ne veut pas de lui, n’a jamais voulu de lui, ne voudra jamais de lui ! Le problème togolais, l’éternel problème togolais ne peut jamais se résoudre par un dialogue avec Faure Gnassingbé, son clan et ses militaires, car justement c’est eux le problème, l’éternel problème du Togo. Faure Gnassingbé est une calamité, une vraie, et le Togo ne sera que jurons, que colères, qu’insurrections, que sang, que larmes, tant qu’il sera au pouvoir. Et voilà justement là où Faure Gnassingbé se rapproche de Sisyphe. On a, des fois, l’impression que tout semble aller au Togo, que les esprits vont s’apaiser, que les victimes vont faire l’effort d’oublier leurs meurtrissures, que le peuple togolais va enfin commencer à y croire, que les bourreaux et leurs victimes vont enfin faire l’effort de s’entendre, que le lourd rocher va enfin se stabiliser au sommet de la montagne… mais une loi, une phrase, un mot, un geste… et tout s’explose de nouveau, tout redevient feu, et sang, et larmes. Le rocher retombe.

Voici sept ans que Faure Gnassingbé nous livre un spectacle de tortue au Togo, nous perdant du temps, croyant danser pour plaire, mais ne pouvant jamais être apprécié par le peuple qu’il tente de séduire, à cause de sa carapace, l’image du sanguinaire dictateur que fut son  père, l’image de cette armée louche et barbare qui l’a intronisé en 2005, l’image de toutes ces victimes qu’il a faites pour s’emparer du pouvoir, l’image de la maffia qui l’entoure comme collaborateurs, l’image de son incompétence et mauvaise foi qui lui collent à la peau… Sept ans que Faure Gnassingbé a essayé de se faire accepter par les Togolais, alignant des dialogues après des accords, des comités d’enquêtes après des comités pour la justice et la réconciliation, des excuses après des discours… même un parti politique flambant neuf pour faire oublier l’horreur que représente celui de son père, le Rassemblement du Peuple togolais. Avec un seul succès, les révoltes populaires, le rejet de sa politique et de sa personne.

Non, cher éditorialiste, ce ne sont pas des forces hostiles qui empêchent Faure Gnassingbé de calmer le Togo, c’est la malédiction que lui ont flanquée son tueur de père avec son fardeau de victimes, le nom qu’il porte, un nom encore trop taché de violence et de sang dans la mémoire des Togolais, l’armée togolaise qui l’a imposé, sa propre mauvaise foi… c’est le malheur qu’il représente pour le peuple togolais qui l’empêche d’atteindre le sommet avec son rocher. Le peuple togolais n’est pas dupe. Les spécialistes honnêtes l’avaient prédit depuis 2005 à la mort d’Eyadema, quand l’armée togolaise exterminait les Togolais pour imposer Faure Gnassingbé, le peuple togolais n’était pas encore prêt à accepter un fils d’Eyadema à sa tête, à forte raison un fils imposé dans le sang et les larmes.  Et la seule solution de ce peuple humilié se retrouve dans cette phrase de Maximilien de Robespierre, Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. Faure Gnassingbé est le fruit d’un viol, le plus hideux viol déjà commis sur la constitution et les institutions togolaises, et le peuple togolais ne cessera jamais de se révolter, tant qu’il sera au pouvoir.

Toujours là, le Sisyphe togolais, maudit par son nom, son père et l’armée, ployant sous son lourd rocher, cherchant des raccourcis et des échappatoires pour atteindre le sommet de la montagne. Vivement ce jour ! Pas celui où il atteindra le sommet, comme jamais il ne l’atteindra. Mais celui-là où ce lourd rocher qu’il a délibérément choisi de pousser lui passera au travers des mains et lui fracassera le crâne ! Pour que le peuple togolais retrouve, enfin, sa dignité bafouée.

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David Kpelly David Kpelly
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