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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 11:30

http://www.lesoir-echos.com/wp-content/uploads/2012/05/Nord-Mali.jpg

      Populations de Gao (Nord Mali) dénonçant la violence dont ils ont été victimes avec les islamistes

 

Les images qui ont passé en boucle sur les grandes chaînes internationales ces dernières heures sur les pillages des boutiques des maures à Tombouctou ne vont sûrement pas alléger le poids du danger qui pèse sur les populations arabes et touarègues du Mali. Les pilleurs de Tombouctou ont découvert dans certaines de ces boutiques des munitions dissimulées par les islamistes qui contrôlaient cette ville depuis mars 2012. Et comme dans ces cas les déductions sont rapides, les généralisations automatiques, les raisonnements inexistants, les populations révoltées et sous l’enthousiasme de la libération de leur ville ont saccagé plusieurs autres boutiques appartenant à ces commerçants devenus tous suspects, complices des islamistes. On les soupçonnait depuis le début de la crise, et ces trouvailles sont devenues l’ultime preuve pour les inculper, les punir, les exterminer.

Ca craint. On se rappelle les représailles dont avaient été victimes les touaregs de Bamako en janvier 2012, lors du déclenchement de la rébellion touarègue et les premiers massacres des militaires maliens dans les villes du Nord Mali. Leurs boutiques avaient été pillées, et ils avaient été traqués dans tous les coins et recoins de la capitale malienne, tenus responsables des atrocités de leurs frères combattant au sein du Mouvement national de Libération de l’Azawad. De ce que l’on avait qualifié d’actes isolés de délinquants, on est arrivé, au fil des jours, avec l’aggravation de la crise, à une haine à peine voilée d’une partie des Maliens noirs – surtout les membres des familles des militaires égorgés ou exécutés par les rebelles touaregs, contre toute la communauté touarègue, arabe, maure… du Mali. « Le Malheur du Mali est arrivé par ces gens à la peau claire dont la plupart ne sont même pas originaires du Mali », se dit-on en attendant l’heure de la revanche.

Il est vrai que tout le malheur du Mali est arrivé par un groupe de touaregs du Mali, de l’Algérie, de la Mauritanie… mus par des intérêts économiques qu’ils ont pris le soin de cacher derrière des causes religieuses. Il est vrai que les neuf à dix mois que ces terroristes ont passé dans les trois villes du Nord ont été remplis de trop d’atrocités et d’horreurs. Des militaires maliens égorgés et filmés, des femmes violées, des hommes amputés, de jeunes garçons innocents fouettés, des enfants drogués et transformés en soldats, des monuments détruits… et, la plus horrible, la plus abominable des atrocités, des milliers de manuscrits saints de Tombouctou, l’âme du Mali, incendiés… Ces gens ont fait trop de mal au Mali. Et beaucoup de Maliens ne s’en remettront peut-être jamais, comme cette jeune fille enceinte de trois mois, arrivée un matin de janvier 2012 aux cours pour apprendre que son mari militaire venait d’être égorgé dans une ville du Nord par les rebelles touaregs, comme ce militaire malien de la trentaine amputé d’un pied suite à une blessure au front, comme ces jeunes hommes valides amputés d’un pied et d’une main, comme cette vieille femme qui a perdu son unique fils à la guerre…   

Il est difficile, dans des situations comme celle-ci, de ne pas se laisser emporter par la voix rageuse de la vengeance. Les médias et les organismes de défense des droits de l’homme parlent d’exactions commises sur les populations touarègues, maures, arabes et même peules des régions du Nord et qui sont obligées de fuir à l’approche de l’armée malienne. Et ces populations visées, à Bamako, se rappelant le cauchemar de janvier 2012, prennent leurs précautions en fermant très tôt leurs boutiques. Ca craint. Ca craint, pas pour ces touaregs, ces arabes, ces maures… mais pour le Mali. Ca craint pour ce Mali qui risque de très facilement basculer dans une guerre ethnique si cet amalgame continue. Ca craint pour ce Mali qui sortira de sa guerre contre les islamistes et s’étonnera peut-être qu’il est plongé dans une guerre civile entre ses populations noires et blanches. Ca craint pour le chaos qui s’installera au Mali, quand les populations touarègues et arabes, se sentant persécutées à tort, ne trouveront d’alternative que les armes pour réclamer leur droit de cité.

Le Mali doit guérir après la blessure. Oublier après le cauchemar. Pardonner après avoir subi l’offense. Retrouver la paix après avoir fait la guerre. Et comme il n’a jamais été trop tôt pour réclamer le pardon et la réconciliation, c’est en pleine guerre qu’il faut déjà professer la paix, c’est sur les corps vaincus des ennemis du Mali qu’il faut appeler à l’apaisement de tous les cœurs meurtris, la paix et l’apaisement entre les Maliens de toutes les ethnies, de toutes les régions… pour que le Mali se relève plus grand.

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 08/02/2013 18:31

Merci, chère Louise.
L’Afrique, ah, notre Afrique!
On la suit toujours, et on verra bien ce que cela donnera.
Amitiés

Lisa Louise 02/02/2013 19:55

Bravo, David, de mettre ta belle plume, et de manière si émouvante, au service d'un plaidoyer pour les droits humains. Les démocrates, les vrais, t'en seront reconnaissants...La force des mots vaut
toutes les armes ! La culture est le vrai combat car elle ouvre la voie à la tolérance.

RitaFlower 30/01/2013 19:15

Vous avez voulu la guerre,vous l'avez,assumez maintenant...

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