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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 14:41

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                                                                            Henri Lopes

 

 

Je ne partage pas totalement la mission que l’on confie généralement à l’écrivain en Afrique, c’est-à-dire un combattant, un résistant à l’oppression, un ennemi déclaré, dans ses livres et discours, de la dictature de son pays, car elle constitue une usurpation, une irruption dans le temple sacré de l’art, l’écrivain étant avant tout un créateur, un artiste qui doit créer de belles choses, mais sans rien y mettre de sa propre vie selon l’expression d’Oscar Wilde.  Mais je ne le conteste pas, ce devoir d’engament. Parce que l’écrivain est avant tout un citoyen, infiniment petit dans l’infiniment grand d’un peuple, d’un monde, d’une humanité dont il est tenu de respecter et défendre les règles, comme les droits les plus élémentaires de l’homme, ces droits généralement bafoués par les plus forts. Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle, s’indignait Victor Hugo, un écho à sa célèbre formule, Guerre aux rois, délivrance, un seul peuple opprimé, opprime tous les autres !

Je n’irai certes pas, alors jamais, au nom d’une humanité à assumer, blâmer un écrivain qui choisit de ne pas être engagé, encore moins discréditer son œuvre, la seule vraie mesure pour évaluer un écrivain restant son talent, et non sa capacité à combattre pour une cause sociale, ou politique, ou morale bien déterminée. Les plus grands écrivains n’ont nécessairement pas été des écrivains engagés. Mais je suis ahuri, très ahuri, de voir des écrivains engagés dans leurs ouvrages, de vrais modèles, défendre des régimes nés et ayant grandi dans la terreur, des régimes devenus de véritables cauchemars pour leurs peuples. Car j’ignore comment finalement l’écrivain engagé arrivera à tracer des portraits réalistes et vrais des paysages et décors pourris qu’il est tenu de restituer dans l’ouvrage engagé, quand il passe son temps à mentir sur les vraies couleurs du décor sur les médias, surtout quand je pense à cette phrase du Prix Nobel de littérature Albert Camus, La noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir, le refus de mentir sur ce qu’on sait et la résistance à l’oppression.

Entendre Henri Lopes ambassadeur du Congo en France, l’un des écrivains majeurs de notre littérature, auteur d’une œuvre aussi magistrale qu’engagée, celui-là même qui fut l’un des premiers auteurs africains à attaquer les régimes loufoques ayant succédé aux colons blancs dans nos pays, Henri Lopes l’adroit peintre du Congo postindépendance dans son très célèbre Tribaliques, déclarer à l’occasion du cinquante-deuxième anniversaire de l’indépendance du Congo que le régime de Sassou Nguesso a eu un bilan positif à la tête du Congo relève d’une incongruité indigeste. « … Nous n’avons pas à l’heure actuelle de prisonnier politique dans notre pays, il y a une opposition qui peut s’exprimer, la presse est libre, et surtout il y a eu un grand travail qui a été fait en matière de développement des infrastructures, et je crois que cela est le plus important, ceux qui n’ont pas été au Congo depuis dix ans peuvent remarquer que c’est un pays qui ne vieillit pas mais qui se rajeunit… », déclarait-il ce 16 août 2012 sur la chaîne de télévision Africa 24. 

Il est vrai que dans cette interview c’est n’était pas l’écrivain engagé qui parlait, mais l’ambassadeur du Congo en France, celui qui doit défendre le régime qui l’a accrédité à son poste, fût-il un régime pourri. Mais demain, si Henri Lopes, l’écrivain engagé, devra écrire un livre sur le Congo, lui qui est si enraciné dans son pays dans toute son œuvre, il va falloir faire attention et renvoyer l’image de ce Congo où tout va bien qu’il décrit sur les médias, tressant des couronnes de lauriers à Dénis Sassou Nguesso, sabotant l’écrivain charismatique qu’il a toujours été, ou retracer un portrait fidèle du Congo que connaît tout le monde aujourd’hui, celui-là où de paisibles populations peuvent se retrouver calcinées en un clin d’œil juste parce que le président a eu le loisir d’installer des dépôts d’armes dans leurs concessions, écrire donc que le Congo ne va pas bien, comme le sait tout le monde, et tomber en disgrâce aux yeux de son patron. Décidément, sous nos cieux, le ménage de la plume et du pouvoir, ça ne donne pas. Que non.

 

Titre inspiré du titre La nouvelle romance d’Henri Lopes

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David Kpelly David Kpelly
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Elias Adje 18/08/2012 19:39

Oui, Rita Flower, ce si jeune David est en train d'écrire une belle page de la littérature togolaise avec son courage et engagement. Un vrai modèle. Sa plume est toujours un grand honneur à la
terre togolaise bafouée par la dictature des Gnassingbé.

RitaFlower 18/08/2012 09:30

Mon cher David,pour une fois j'utilise le meme langage que toi en parlant d'une manière un peu crue,tu vois tu m'influence trop...a la lecture de ce texte,je me demande encore s'il y a des
hommes"avec des couilles"dans ce continent africain.Chacun défend ses intérets personnels et non l'intéret du peuple.Qu'on ait plusieurs casquettes:ambassadeur et écrivain.Nul n'a le droit de
défendre un régime dictatorial et totalitaire de son pays respectif.Il se discrédite d'emblé en tant qu'écrivain.Lorsqu'on fait le choix d'etre un écrivain engagé,on ne carresse pas le régime dans
le sens du poil,on ne courbe pas l'échine devant le pouvoir en place dans le but de conserver son poste.Un écrivain doit mettre son talent,sa notoriété,son influence et sa plume au service de la
démocratie en Afrique.chaque citoyen a ce devoir là.Meme si je sais que dans nos pays,pratiquer la politique du ventre est un sport national,certains choisissent de soutenir tous les régimes pourvu
que ça leur donne à manger.David,toi tu as fait le choix d'etre un écrivain digne de ce nom.Surtout tu es aux cotés du peuple togolais.Mieux vaut etre libre en exil qu'emprisonner dans son propre
pays.Préférer la dignité à l'argent.Un choix,oui.

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