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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 20:44

 

colombe de la paix 

Lamento d’une jeunesse naufragée

La jeunesse est le seul bien qui vaille, Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

 

Je vois tous ces jeunes Togolais, n’ayant pas encore franchi le cap de trois décennies ici-bas, mais qui sont si désespérés ici à Bamako qu’ils n’ont trouvé pour seul compagnon que Bacchus ! On les rencontre tous les soirs dans les restaurants togolais, parlant de tout et de rien à qui veut les entendre. Ils boivent ! Ces jeunes Togolais perdus ici à Bamako boivent, boivent, boivent toujours. Ils boivent parce qu’ils croient qu’ils doivent boire... pour oublier. Tout oublier. Tout, même le pays, la patrie ! Ils s’adonnent à toutes les bassesses, la dignité les ayant depuis longtemps quittés. Ils tentent d’oublier le retour, le pays, parce qu’ils y voient une horreur qu’ils croient plus terrifiante que la leur. Ils aiment, préfèrent l’indignité de l’exil. Et l’indignité, pour la supporter, l’adopter, il faut la noyer dans l’alcool.

Je vois ces jeunes rendus amers par un exil non mérité, qui vivent aujourd’hui loin, très loin de leurs familles, leurs amis, leurs amours, juste parce que le Togo n’a pas pu les retenir, leur donner un brin d’espoir auquel s’accrocher pour vivoter, juste vivoter chez eux. Ils s’usent avec leurs diplômes en terre étrangère, mais vivent et de leur âme et de leur esprit au Togo. Ils se sentent lésés, ils sont lésés, comme c’est des analphabètes notoires qui occupent les places qu’ils croient leurs, et ils ne comptent pardonner à personne. On leur a arraché leur patrie, croient-ils, et ils sont presque révoltés. Ils ont une voix qui porte, qui peut être écoutée, et ils parlent, dénoncent, menacent, injurient chaque fois qu’ils ont l’occasion de s’exprimer. Certains gérontes cupides, vils, indignes, irresponsables, lâches, louches, bornés, instrumentalisés... les surnomment des apprentis politiciens ou des demi lettrés, tellement aveuglés par leur crétinerie qu’ils voient en tout jeune qui s’exprime sur son pays un futur politicien. On les prend pour des mal éduqués, oubliant que même un demi lettré, une fois qu’il se sent triché, brimé dans ses droits, devient plus virulent et barbare qu’une brute.

Je vois, au Togo, dans les rues de Lomé, ce lugubre tableau d’une jeunesse sans repère qui marche dans la fumée des gaz lacrymogènes et sous les matraques des gendarmes tous les samedis et mercredis, une jeunesse qui a décidé, à force de ne pas être écoutée, de se rebeller définitivement contre l’autorité, se sacrifier pour voir, juste pour voir. Des vieilleries jouant à un cache-cache éphémère avec la mort qui les réclame à cor et à cri, et qui, au bord de leur tombeau, cherchent à se faire encenser dans un pays où personne ne veut plus les écouter, les baptisent les bandits de Bè Kodjindji.

Je vois au Togo, dans les villages et hameaux, des jeunes encore analphabètes en ce siècle où tout est lumière, qui fabriquent, par manque d’instruction, des enfants qu’ils condamnent à être petits tout le long de leur vie dans un pays sans dirigeant, où ceux qui s’appellent gouvernants n’ont jamais rien eu à foutre avec leurs gouvernés.

Je vois dans tous les coupe-gorge du Togo des adolescents ne vivant que par et pour le vol, et dans les hôtels, bars, motels... de petites filles vilipendant leur sexe et leur chair, prêtes à tout pour une obole. 

Et ils ont un seul nom à la bouche, un seul nom qu’ils maudissent à longueur de journée, Faure Gnassingbé. Ah, Faure Gnassingbé, le cauchemar de toute une jeunesse naufragée !

Cette jeunesse togolaise fait pitié, inquiète, fait peur. Que va-t-on faire avec cette tourbe demain ? Qu’est-ce que le Togo compte faire de nous demain ? Ou que comptons-nous faire du Togo demain, comme le Togo de demain c’est nous ? Nous, sans histoire, sans repère, sans fierté, sans dignité, sans espoir ! Que peut-on construire avec une jeunesse qui va au jour le jour s’avilissant ?

Et le vice, n’hésitant pas à s’introduire dans les cœurs exposés au manque, ne fait que mordre à belles dents dans cette plèbe de jeunesse.

Tout ce que nous pouvons vouloir imiter dans ce pays, tout ce qui nous éblouit désormais au Togo, tout ce que nous pouvons hériter, c’est la traîtrise de nos aînés. La traîtrise de nos aînés opposants, de nos aînés journalistes, de nos aînés intellectuels, de nos aînés écrivains. L’amour de la patrie, la probité et la dignité, le jeune Togolais n’en voit nulle part dans les annales de son pays ! Il n’en existe pas ! Les jeunes Togolais cherchent en vain un Mandela, un Lumumba, un Thomas Sankara... dans l’histoire de leur pays sans en trouver. Tout ce qu’il y a c’est Gilchrist Olympio et toute sa bande de traîtres... Le plus grand rêve du jeune Togolais d’aujourd’hui est de passer par tous les moyens pour s’attirer les mansuétudes de ceux qui détiennent le coffre-fort du pays. Aucune idée d’entreprendre, aucun rêve noble, aucun projet digne, rien que de la fourberie. On cite des exemples de gauche à droite pour justifier les futurs forfaits qu’on planifie dans l’ombre. Tel journaliste devenu ministre pour avoir accepté de ne plus critiquer le parti au pouvoir, tel intellectuel nommé ambassadeur pour avoir adulé le Rassemblement du Peuple togolais sur un média, tel écrivain devenu diplomate pour avoir renoncé à ses idéaux, tel opposant s’étant enrichi juste pour avoir entaché un autre opposant... Du louche partout, partout dans l’esprit de cette jeunesse !

Le gain facile s’invite à la mode, avec la bénédiction des autorités, Faure Gnassingbé en tête. Pour la dernière visite du président togolais à Bamako le 22 septembre dernier pour la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Mali, de jeunes Togolais se sont injuriés, battus, détestés... pour cinq mille francs de Faure Gnassingbé, euh du Togo ! Ce rituel qui consiste à distribuer de l’argent à ses administrés dans le pays qu’on visite, alors qu’on est contesté, détesté, vomi chez soi, Dieu seul sait où les potentats africains l’ont pioché. D’autres jeunes poussent plus loin la bêtise, laissant même leurs pénibles occupations journalières, pour créer des associations ayant pour but de soumettre des projets de sensibilisation de la population à accepter le Rassemblement du Peuple togolais à Faure Gnassingbé. Il va aimer, il va nous financer... disent-ils.

Et pourtant, c’est quand on est jeune qu’on est brave, qu’on rêve, qu’on se croit capable de changer les choses. Qu’on agit. Que va devenir le Togo avec cette jeunesse qui ne rêve plus, qui ne peut plus rêver ? Que va devenir le Togo avec cette jeunesse que le Rassemblement du Peuple togolais et son armée cherchent à réduire à un silence éternel ? Cette jeunesse qui veut être écoutée, juste être écoutée, mais que les gendarmes togolais avilissent tous les jours dans les rues de Lomé ? Cette jeunesse contrainte à l’exil et qui s’efforce au jour le jour de détester la patrie ! Que va devenir le Togo si ses jeunes ne se laissent inspirer que par des apostats et des idolâtres !

 

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David Kpelly David Kpelly
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