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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 12:40

http://www.togoactualite.com/wp-content/uploads/2012/08/pascal-bodjona_500.jpg

 

Je n’ai jusqu’ici écrit aucun billet sur l’arrestation de Pascal Bodjona, ex-ministre et conseiller de Faure Gnassingbé, ex-ambassadeur du Togo aux Etats-Unis –  renvoyé pour incompétence pour certaines langues indiscrètes, maillon incontestable dans la machine à tuer de la dictature togolaise depuis des décennies. Bodjona, l’homme-dictature, trimbalé devant la justice pour une affaire d’escroquerie. Bah !

Bah ! L’affaire me laisse de marbre parce que je ne vois sincèrement pas en quoi elle me concerne, si ce n’est un bourreau de plus que nous avons le plaisir de voir s’effondrer. Sur ce plan, je me réjouis. Car Bodjona aura été l’un des plus grands cauchemars du peuple togolais, ayant servi les Gnassingbé de père en fils. Tous les Togolais se rappellent toujours son zèle dans la sanglante intronisation de Faure Gnassingbé en 2005, à la mort d’Eyadema. Et ce Pascal Bodjona arrêté pour quelque affaire que ce soit, trimbalé par qui que ce soit devant n’importe quelle juridiction, condamné à n’importe quelle peine, exposé à n’importe quel traitement… bah, du soulagement, la seule impression que cette affaire peut me faire.

Mais ce que je ne comprends pas, c’est ce ramdam que font certains opposants de la dictature, certains avocats se disant proches de l’opposition togolaise, certains hommes de Dieu prétendant lutter aux côtés du peuple togolais… s’alignant derrière l’accusé qu’ils considèrent comme une victime de Faure Gnassingbé, invoquant les droits de l’homme. Pascal Bodjona devient donc du coup un pauvre petit agneau que dévore le gros méchant loup Faure Gnassingbé, qu’on tente de nous dire. Et au lieu de se concentrer sur la lutte juste qui nous a jetés sur les routes depuis des décennies, il va encore falloir faire une pause, pour défendre Pascal Bodjona contre Faure Gnassingbé. Je n’ai jamais compris cette bizarre attitude de certains opposants togolais à considérer tout ce que broie ou semble broyer la dictature comme une victime. Je pense à cette ridicule anecdote de certains militants de l’opposition s’étant, en 2005, rués vers l’aéroport de Lomé-Tokoin pour accueillir Natchaba qu’ils considéraient comme une victime, parce que le pouvoir lui aurait bloqué la voie vers la Présidence à la mort d’Eyadema. Ils furent, bien sûr, refoulés par l’éternel valet de la dictature.

Des fois, je comprends certains de nos détracteurs nous raillant que nous ne savons vraiment pas ce que nous cherchons.

Quelle que soit la raison pour laquelle Pascal Bodjona a été arrêté, quelle que soit le degré d’implication de Faure Gnassingbé dans cette affaire, je ne le défendrai pas, au nom de je ne sais quel droit de l’homme. Justement parce que personne, alors aucun Togolais, n’a jamais pu empêcher Pascal Bodjona de brimer les droits les plus élémentaires de milliers et de milliers de Togolais, ceux qu’il a tués ou fait tuer, mutilés ou fait mutiler, enlevés ou fait enlever, envoyés en exil…

L’Etat de droit que les Togolais ont toujours réclamé depuis des dizaines et des dizaines d’années n’est pas seulement une garantie de protection des opposants togolais, mais de toute Togolaise et tout Togolais. Il s’agit de créer un Etat où tout Togolais, quelle que soit sa classe sociale, sa profession, son ethnie, sa religion, ses aspirations… soit traité avec respect, justice et dignité, se sente chez lui, vraiment chez lui. Mais Pascal Bodjona a toujours été de ces sinistres Togolais-là qui ont tout fait pour que cet Etat de droit ne naisse jamais au Togo. Et je ne sais pas pourquoi il faut aujourd’hui le défendre contre une machine à humilier et torturer qu’il a lui-même inventée.

Faure Gnassingbé qui monte un coup tordu pour faire emprisonner Pascal Bodjona, c’est l’image biblique de ce royaume-là dont on sent la fin, car ses propres membres s’affrontent entre eux, c’est l’intrigue des films et contes classiques où le bourreau périt dans son propre piège… c’est un nouveau front qu’ouvre le fils d’Eyadema contre lui-même, après celui des sympathisants de son frère Kpatcha Gnassingbé qu’il a fait emprisonner il y a quelques années, et surtout celui du peuple togolais.

Supporter Pascal Bodjona n’est pas de la justice, c’est de l’injure, la profanation de la mémoire de toutes ses victimes. « Je ne me reproche rien », hurle-t-il à son arrestation. Ah oui, mon gros, aucune de tes victimes ne s’est jamais rien reproché, rien à part vivre dignes dans leur pays. Je ne sais pas si tu connais cette chanson de notre jeune chanteur de RnB Omar B, Wo mou gba lé méo méo méo, poté agban nadzo aményé wo gba… mais t’es au carreau, mon vieux.

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 15/09/2012 13:20

Tout un plaisir, mon cher, et que vive le Togo.
Amitiés

Emmano 14/09/2012 23:54

J'adhere totalement a cet article. J'attendais quelque chose ceci depuis. Que ce monsieur ailleurs se faire foutre on n'a a cure. Merci Dave et du courage.

David Kpelly 13/09/2012 19:37

Chère Rita, je n'ai vraiment pas cette force et ce temps, et cette hypocrisie de pleurer le bourreau Bodjona. Sincèrement. J'ai trop de gens à défendre et pleurer. Mais pas Bodjona.
Amitiés

RitaFlower 13/09/2012 13:35

Beh dis donc toi alors.Avec ta prise de position radicale dans l'affaire du siècle Bodjona,tu vas ainsi à contre-courant de l'opinion publique togolaise.Si je comprends bien tout se paye un jour ou
l'autre dans ce bas-monde.Il est vrai que le mot"victime"doit exclusivement etre réservé aux togolais qui aspirent tous au changement aujourd'ui. L'adage dit"qui sème le vent récolte la
tempete"n'est ce pas Bodjona...

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