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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 11:16

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                                                         Addou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie

 

Je suivais ce 03 octobre 2012, sur la Radio France internationale, une interview de l’écrivain et

homme politique congolais, ambassadeur du Congo en France, Henri Lopes, se prononçant sur l’Organisation internationale de la Francophonie, et la décision du président gabonais Ali Bongo de faire enseigner l’anglais dès le cours primaire au Gabon, un moyen de vulgariser cette langue étrangère dans son pays, à l’instar du Rwanda de Paul Kagamé qui a réussi à faire de l’anglais la langue étrangère la plus parlée dans son pays, et bientôt le Burundi. Selon le diplomate et écrivain congolais, on remarque un certain laxisme de la francophonie à défendre le français, l’organisation ayant de plus en plus tendance à devenir politique.

Belle analyse, dans la mesure où il faut vraiment remarquer que l’Organisation internationale de la Francophonie ne joue pas pleinement le plus grand rôle qui est le sien, la défense et la vulgarisation de la langue française. En Afrique, l’un des plus grands bastions de la langue française aujourd’hui, le français souffre de ce que l’on peut appeler un vice, un vice qui s’accentue de plus en plus avec la prise de conscience d’une certaine élite africaine déterminée à éradiquer le fléau de la françafrique, et qui soutient que la langue française, qu’elle voit avant tout comme une langue coloniale, est la première et la plus grande arme de cette maffia à travers laquelle la France continue de ruiner ses anciennes colonies après les indépendances de ces dernières.

Le désintérêt grandissant des peuples africains envers le français et qui les pousse de plus en plus vers l’anglais n’est pas seulement dû à la sphère plus élargie de l’anglais, mais aussi à une comparaison entre les anciennes colonies anglaises et françaises du continent. Le contraste saute aux yeux, les anciennes colonies anglaises sont économiquement, politiquement et socialement plus à l’aise que les françaises qui sont presque toutes des dictatures écartelées entre des guerres civiles et confits politiques dans la plupart des cas allumés depuis la France. Et la francophonie rappelle plus aux Africains cette France qui cherche par tous les moyens à les maintenir dans un état de colonisés et les piller à loisir, qu’une organisation dans laquelle doivent se fondre tous les peuples parlant la langue française, surtout qu’on remarque que la plupart de ses acteurs sont des alliés plus ou moins directs des dictatures qui détruisent les pays francophones africains. Plus la France pourrit sa politique vis-à-vis de l’Afrique, moins sa langue intéresse les Africains.

Les peuples africains ne veulent pas de cette francophonie politisée qui s’illustre aujourd’hui comme une ramification de cette grande secte qu’on appelle par convention la communauté internationale, constituée en grande partie d’anciennes puissances colonisatrices, qui perpétuent, par des moyens directs ou indirects, les affres de l’impérialisme sur le continent noir, imposant et maintenant au pouvoir des régimes détestés par les peuples, cette francophonie qui n’est qu’un bras long de la France sur ses anciennes colonies. On ne peut pas comprendre que dans des pays francophones africains, des collèges, lycées et universités n’aient pas accès à des livres, même les plus importants pour l’apprentissage de la langue française, que des élèves et étudiants francophones parmi lesquels se trouvent de futurs orfèvres de la langue française, puissent passer tout leur cursus sans avoir assisté à une vraie rencontre ou festival littéraire, que de jeunes créateurs manquent de structures pour faire découvrir leurs créations… on ne peut pas comprendre qu’il n’y ait, dans nos pays, aucune activité qui donne envie d’apprendre et aimer le français, alors que la francophonie, à chaque crise politique, sociale ou militaire, bondit pour sanctionner ces pays.

Le défi, le plus grand, de la francophonie aujourd’hui, est de faire naître, en tout francophone d’Afrique et d’ailleurs, un amour pour la langue française. Que cette langue cesse d’être perçue par les peuples africains comme l’arme qui les met à genoux et les ruine, mais comme un pont qui les relie aux autres peuples de la Terre, un outil par lequel ils peuvent s’intégrer dans le vaste monde qui les entoure. Et pour cela, si elle veut être sincère, la francophonie, il faut que ses responsables descendent de leur piédestal, quittent leurs soirées de barbecue avec les politiques, et aillent au contact des peuples francophones africains. Car la francophonie, la vraie, c’est d’abord les peuples francophones. Nous.

 

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David Kpelly David Kpelly
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Ulrich Tadajeu 08/10/2012 10:17

J’ai lu ce billet très intéressant au sujet de la Francophonie. Je vais prendre un aspect pour illustrer l’échec de la Francophonie en terre africaine. La conception que les Français ont de la
Francophonie est le problème. C’est quoi la Francophonie ? Une mise en commun des peuples ayant le français en partage et voulant partager des valeurs sans qu’un partie n’impose ses vues au autres
ou alors un moyen de domination ? Voila toute la question, David. Pn voit clairement que les Africains n’arrivent pas à se défaire du moment colonial marqué par une langue française superbe et
clean qui avait un seul objectif : transmettre les valeurs de la « race supérieure » aux « races inférieure ». Une langue française qui ne peut pas être modifiée et adaptée au contexte parce
qu’elle la plus belle. Alors, il fallait l’imposée aux peuples africains. Cela s’observe très bien aujourd’hui et est d’ailleurs remise en cause par les théoriciens de la critique postcoloniale,
pour qui, la France prend la Francophonie comme un moyen de domination et il faudrait provincialisme cette France la afin que chacun puisse apporter réciproquement à la Francophonie. Un exemple
patent, malgré le fait que les postcolonial studies s’appuient sur les textes d’écrivains francophones (Fanon, Foucault, Césaire…), ils ont eu du mal à prendre corps dans les universités
françaises. En plus, e c’est le constat que j’ai fait, il n’ya pas longtemps, trois auteurs de la pensée postcoloniale : un philosophe (Mudimbe Valentin Yves) et deux Historiens (Mbembe Achille et
Diouf Mamadou) sont tous, issus des Etats ayant comme langue le Français mais leur situation actuelle s’est au fil du temps éloignée de ce Français impérial qu’il faudrait décentrer. Voila le
problème de la Francophonie à mon avis, David. Un langue française qui peine à se décoloniser tant du point de vue de ses concepteurs que de celui de ceux qui l’utilisent.

RitaFlower 06/10/2012 14:50

Mon cher David,perso je n'en attends strictement rien de l'OIF et de ses dirigeants.Ce n'est un secret de polichinelle pour personne,les jeux sont pipés d'avance.Calisthe Beyela n'avait donc aucune
chance.Ce sont toujours les memes à la tete de ses grandes institutions internationales au service de la France.Je pense que c'est aux africains eux-meme de prendre des intiatives pour promouvoir
la langue française dans leurs pays respectifs sans compter sur les politiques. Dans un pays comme le TOGO qui compte une quarantaine d'ethnies différentes comment les individus peuvent-ils
communiquer entre eux sans le Français,la langue officielle parlé,lu et écrit.C'est une belle langue,quoi qu'on en dise.Nos pays africains préfèrent l'ignorance de leurs peuples.Parler le français
n'est pas incompatible avec sa langue maternelle.Je communique avec toi en français,pour mon plaisir personnel.

Deo 06/10/2012 09:57

Salut David
Merci de ton texte. En tout cas, tu fais partie aujourd'hui des plus illustres maestros de la langue française de notre pays, malgré ton si jeune âge, et félicitations pour cette très brillante
analyse.
Merci

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