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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 11:56

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En remettant, la semaine passée, de l’ordre dans ma bibliothèque, j’ai repêché un classique qui m’avait beaucoup marqué durant mon enfance, l’un des livres qui m’ont vraiment donné l’amour des mots. Lettres de mon moulin, d’Alphonse Daudet. Une relecture, durant cette semaine, de ce petit recueil de courtes nouvelles m’a révélé un style et un fond que je n’avais pas pu totalement apprécier quand je lisais le livre vers la fin des années quatre-vingt-dix, au collège.

Au-delà des incontournables nouvelles du recueil, La chèvre de Monsieur Séguin, Le Secret de Maître Cornille, Les Trois Messes basses, La Mule du pape… je me suis attardé sur une nouvelle que je n’avais pas lue - ou pas bien lue, au collège, parce que le titre ne m’avait pas sûrement accroché, Les Vieux.

Dans cette nouvelle, un fils, Maurice, travaillant à Paris, charge un de ses amis, meunier vivant en Provence, d’aller voir ses vieux parents logés dans un couvent d’orphelins près de Provence, des parents qu’il n’avait plus revus depuis dix ans. Oui, dix ans que le fils Maurice, empêché par ses occupations parisiennes, n’avait plus revu ses parents, ou grands-parents ! La présence de son ami meunier devait donc signifier à ses parents qu’il vivait, qu’il pensait à eux… « En t’embrassant, les pauvres gens croiront m’embrasser un peu, moi-même ». Le meunier accepta la commission de son ami et se rendit chez les vieux parents de Maurice, presque délaissés dans leur petit coin, sous la protection d’une petite fille. Il fut reçu fort civilement par ces personnes âgées, voyant effectivement dans l’ami leur fils Maurice « ce brave enfant. »

Par des mots très simples, très légers, des tournures et des images parfois teintées d’un humour leste, Daudet a réussi à aborder ce sujet qui a toujours caractérisé la société occidentale, l’abandon des vieux parents par leurs enfants, et que nous autres, Africains, percevons, disons plutôt percevions, comme une pratique hideuse, un attentat au devoir moral d’un enfant envers ses parents… Percevions, devons-nous dire parce qu’aujourd’hui, dans nos sociétés aussi, nos vieux commencent à être délaissés. Et si cette nouvelle du recueil a particulièrement retenu mon attention, c’est qu’en mai passé, lors d’un passage à Lomé, j’appris par un cousin la mort d’une octogénaire de mon village, retrouvée dans sa case trois jours après sa mort, elle qui vivait dans la même maison que ses deux fils mariés et père de plusieurs enfants.

En écrivant la France de son époque, Daudet nous écrivait aussi. Le miracle de la littérature, l’écrivain qui croit écrire son monde, et qui se retrouve avoir écrit le Monde. Tout comme la vieille femme de la nouvelle qui s’étonne en voyant son vieux mari marcher, accompagnant le visiteur « Tout de même, mon pauvre homme… il marche encore », je me suis étonné devant ce petit trésor de livre que beaucoup d’élèves francophones n’auront malheureusement pas la chance de lire – honte sur la Francophonie, Tout de même mes pauvres classiques… ils marchent toujours.

 

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 23/10/2012 19:32

Hum, hum, la Rita, la vieille mère! Balle à terre, on s'écrit inbox.
Tout un plaisir
Amitiés

RitaFlower 22/10/2012 16:10

Je constate que tu possèdes dans ta bibliothèque les GRANDS CLASSIQUES de la littérature française.Je me dis toujours qu'il ne peut y avoir de beaux textes ou de beaux romans sans de bons
auteurs.L'un ne va pas sans l'autre à mon avis.Lorsqu'on lit un livre quelque soit le style et le contenu de celui-ci,on n'en sort jamais totalement indemme. Lorsque je te lis,et que tu parles de
la femme africaine.Je te mentirais en te disant que je ne ressens rien du tout. Quelquefois j'ai tendance à transposer la fiction à la réalité.Je me dis j'aimerais bien etre comme tu me décris dans
tes textes dédicacées.Je me rends compte que je suis bien loin du compte.En ce qui concerne le sujet de la vieillesse,je pense que personne n'aimerait vieillir et mourrir loin de la terre de ces
ancetres mais entourés des siens.Rendre l'ame en Occident,quelle épreuve!mon seul petit repproche à toi David,écrire n'est pas forcément jouer...quant les sentiments s'en melent ça devient
chaud...j'aime définitivement l'auteur,je découvre l'homme.

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