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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 16:29

 

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                                                        Arthème Ahoomey-Zunu

 

9e lettre ouverte au Premier ministre togolais Arthème Ahoomey-Zunu

 

 

Bamako, le 18 décembre 2013

 

Monsieur le Premier ministre,

Pour la deuxième fois consécutive depuis huit mois maintenant que je vous envoie des lettres, je ne vais pas commencer en vous demandant comment vous allez. Vous vous sentez mal. Ou vous ne vous sentez pas bien. Vous êtes malade, et vous êtes actuellement sur un lit d’hôpital ou en convalescence. Depuis plus d’un mois maintenant, vous êtes malade.

Monsieur le Premier ministre, nous aurions tant aimé savoir ce dont vous souffrez, comment vous vous traitez, et comment vous vous rétablissez. Cela nous aurait permis, à nous vos frères, ou de prier pour vous, ou de vous conseiller des produits pour vos traitements… Ne dit-on pas chez nous qu’on ne cache pas son hernie à son seau d’eau ? Nous sommes vos frères, et nous aurions aimé porter avec vous le mal qui vous ronge depuis plusieurs semaines maintenant. Mais, hélas, nous vivons, depuis des décennies maintenant, dans un pays où le pacte fraternel entre les frères que nous sommes, ce pacte fraternel qui, selon un adage de chez nous, peut se plier mais ne peut jamais se briser, a été brisé entre nous les citoyens et vous qui nous gouvernez. Vous nous considérez et nous traitez comme vos ennemis, nous nous méfions de vous.

Monsieur le Premier ministre, vous aviez vu, je crois, avant votre maladie, la tristesse avec laquelle le peuple sud-africain avait accueilli la maladie et l’hospitalisation de son légendaire leader feu Nelson Mandela. Vous aviez suivi comment ces hommes et femmes, le cœur battant, avaient prié, veillé, pleuré, pour que Dieu accorde encore de longs jours à leur frère bien-aimé qui était pourtant au seuil de la centaine. Mais vous saurez , après votre rétablissement, Monsieur le Premier ministre, comment la majorité des Togolais ont accueilli votre maladie et votre hospitalisation. Au mieux ils s’en foutaient, au pire ils souhaitaient que vous ne vous en remettiez point. Une situation lamentable. Très lamentable. Quelle tristesse que de voir que vos propres frères vous rejettent jusqu’à ce point ! Est-ce leur faute ? Avez-vous été un bon frère pour eux ? Sont-ils en train de vous remercier d’un revers de la main, vous qui leur avez fait tant de bien ? Vous êtes sur un lit de malade, et vous pouvez vous regarder en face, sans orgueil, sans arrogance, vous poser toutes ces questions, et y répondre avec sincérité.

Monsieur le Premier ministre, cher grand frère, vous reviendrez bientôt parmi nous, en très bonne santé. Revenez. Un mauvais frère en vie vaut mieux qu’un bon frère mort, disaient nos ancêtres. Le mauvais frère, il peut toujours se repentir et changer, tant qu’il est en vie. Levez-vous donc et marchez, cher frère. Levez-vous et marchez pour donner à vos frères togolais tout ce qu’ils ont souhaité de vous, et que vous ne leur avez pas donné. Levez-vous et marchez, cher frère, pour panser toutes les plaies béantes que vous avez, dans vos arrogances, dans vos orgueils, dans vos hypocrisies, ouvertes au Togo. Levez-vous et marchez, cher frère, pour dire aux Togolais toutes les vérités que vous avez tues, pour leur avouer tous les mensonges que vous leur avez racontés. Levez-vous et marchez, cher frère, pour tenir toutes les promesses que vous avez faites, du haut de votre piédestal de politicien omnipotent, et que vous avez oubliées une fois qu’elles sont sorties de votre bouche.

Levez-vous et marchez, cher frère, pour, enfin, faire cette enquête que vous avez promise ce 18 avril 2013 sur la Radio France internationale sur la mort de votre frère, notre frère, Anselme Sinandaré assassiné par un de vos corps habillés. Levez-vous et marchez, pour enfin punir l’assassin de cet enfant dont les parents, les amis, les proches pleurent la mort trop gratuite, trop chaude, trop injuste depuis huit mois maintenant. Levez-vous, Monsieur le Premier ministre, levez-vous et marchez, et que le premier dossier que vous traiterez après votre guérison soit le dossier de ce pauvre martyr pour lequel nous ne demandons qu’une chose : justice. Levez-vous, cher frère, levez-vous et marchez, et soyez, enfin, pour nous, vos frères, un bon frère. Soyez pour Anselme ce frère qu’il espère voir en vous après sa mort – a défaut de l’avoir vu de son vivant - et que vous n’avez pas encore réussi à être. A être pour lui, Anselme-le-défunt. Levez-vous, frère Arthème, levez-vous !

 

Très cordialement

Yao David Kpelly

 

 

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