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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:14

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                                                                   Samia, Pékin 2008

 

Je pense, toujours, quand je commence un texte - fictif ou pas, à cette phrase de Montaigne dans les Essais, « Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre. » Voilà l’intimité de ma relation avec l’écriture. Parce que je suis convaincu que même si toutes les facettes de mon combat de vie n’intéressent pas tous ceux qui me lisent, certains, la plupart, y trouvent toujours un mot, une phrase, une histoire, qui leur parle. Lorsque je rédigeais le texte, Les larmes d’un mort naufragé, je ne pensais pas seulement à cet ami de lycée Apenyo A… mort empoisonné par le malaise et le désespoir, mort jeune, en cherchant à donner un sens à son cafouillage de vie, mais à tout un groupe, toute une génération de jeunes Africains, broyés par l’insupportable condition sociopolitique de leurs pays, tous ces jeunes Africains meurtris, martyrisés par une réalité qui n’aurait pas dû être la leur, mais qu’ils sont obligés d’affronter, des fois au prix de leur vie. Et j’étais persuadé qu’à travers ce tragique destin de mon ami de lycée, je m’adressais à ces centaines de milliers de jeunes naufragés.

Je suivais hier, sur la chaîne de télévision TV5 Afrique, la tragique histoire d’une jeune Somalienne, Samia Yusuf Omar, athlète de 21 ans, morte en mer, au cours d’une traversée vers l’Italie. Elle avait participé aux Jeux olympiques de 2008, avait été la dernière, était retournée au pays où elle s’était heurtée à un manque d’entraîneur, de structure d’entraînement, confrontée aux menaces des islamistes qui ne supportent pas des femmes athlètes, et à la cruauté du quotidien de son pays en guerre. Pour sauver son talent, et réaliser son rêve, devenir la grande athlète qui sommeille en elle, elle avait entamé un long périple qui la conduisit en Ethiopie, en Libye, avant de la jeter sur la route de l’Europe, l’Eldorado. Son cœur ne battait que pour un but, trouver un environnement propice pour s’entraîner pour les Jeux olympiques de 2012. Mais le drame, la fatalité la rencontra en chemin, le bateau de fortune qu’elle prit fit naufrage, et elle perdit la vie, noyée. Sa mort, depuis avril 2012, passa inaperçue, avant d’être révélée par un autre athlète de son pays.

Celui qui n’a jamais eu un rêve, une passion, ne pourra jamais comprendre ce qui a poussé cette si jeune fille à prendre ce risque, et ainsi suspendre sa vie. Mais elle seule, et tous ceux dont le cœur a déjà battu pour quelque chose, peuvent comprendre sa décision. Mourir pour une passion est plus supportable, plus vivable, que vivre dans un environnement où tout concourt à étouffer cette passion. Cette jeune fille, qui était rentrée des Jeux olympiques de 2008 pour se heurter à un mépris total des autorités sportives de son pays, terrorisée par ces assassins drogués d’islamistes aussi imbéciles que ces dogmes, ce prophète, et ce dieu pour lequel ils prétendent tuer et massacrer tout ce qui les entoure, cette pauvre fille ne pouvait pas vivre dans son pays, et voir la routine et la misère de chaque jour l’éloigner de ses rêves, tuer en elle cette grande athlète qu’elle a toujours rêvé d’être.

Je me rappelle les larmes de ma mère en 2007, quand je quittais, à 24 ans, le Togo pour le Mali, un pays où je ne connaissais personne et où personne ne me connaissait. On avait tout dit autour de moi pour me dissuader, je ne peux pas vivre au Sahel, je suis trop turbulent, trop critique et trop rebelle pour pouvoir vivre dans un environnement à dominance musulmane, je ne peux jamais m’habituer à la solitude qui m’y attend… tout ce qui pouvait me décourager et me faire changer d’avis. Mais moi je ne voyais pas les dangers de mon choix, tout ce qui comptait pour moi, c’était un environnement où je pouvais travailler, et surtout être libre d’écrire ce que je veux, comme je veux, et trouver cet éditeur que je cherchais depuis des années, mais qui n’existait pas dans mon pays. J’étais parti, contre tous les dangers, contre la mort, s’il le fallait. Tout comme moi, Samia Yusuf Omar ne voyait, ne pouvait pas voir les dangers de son choix d’aller en Italie via la mer, s’entraîner, participer aux Jeux olympiques, et peut-être remporter cette médaille qu’elle n’avait pas pu remporter en 2008.

Samia a offert sa vie aux vagues, pour montrer à la Terre qu’elle ne pouvait pas vivre et ne pas être l’athlète, la grande athlète qu’elle est née pour être. Mourir en mer, plutôt que vivre dans cette Somalie embrasée par les politiques et les islamistes, et voir, au jour le jour, ses jambes s’engourdir, et finir, résignée, au foyer d’un vieux vulgaire polygame macho bourré de dogmes religieux.  C’est ainsi, le sacrifice à offrir à la passion. Et il le faut.

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 24/08/2012 20:33

Que son âme repose vraiment en paix, chère Rita.

RitaFlower 24/08/2012 15:15

Cher David,j'ai aussi vu le meme reportage que toi sur Samia sur la chaine française FRANCE 2 dans le journal télévisée hier de 20 H en début de l'information du soir.Quelques minutes accordées à
une athlète noire hors du contexte des Jeux Olympiques.Chose tellement rare pour une chaine non africaine.Je ne pense pas qu'elle ait pu bénéficier de la meme attention dans son pays d'origine la
Somalie.Moi,je comprends cette jeune femme.Elle a fait le choix de poursuivre sa passion librement.Tout comme toi.Quitter son pays pour aller à l'aventure n'est pas un acte anodin.Je suppose que
c'est le prix à payer pour vivre de sa passion.Samia ou le courage faite femme.Que le seigneur l'accompagne dans sa dernière course au Paradis.

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