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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 01:42

 

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Spéciale promo Mali 50 ans !

Les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance des anciennes colonies françaises se suivent mais ne se ressemblent pas.

Comme pour sauver l’honneur à ses prédécesseurs, surtout le Sénégal, le Togo, le Cameroun, où les commémorations ont plus divisé que réconcilié les populations, le Mali a essayé de monter sur ses grands chevaux. Amadou Toumani Touré, alias ATT, le président de la République malienne en a spécialement profité pour corriger un peu son image trimbalée ces temps-ci de dépotoir en  dépotoir, à deux ans à peine de la fin de son mandat. Les indiscrets qui ne savent jamais laisser les informations incomplètes estiment un budget de 70 milliards de francs Cfa rien que pour le relooking de Bamako la capitale. Ce chiffre, qui peut paraître un peu exagéré, est plus ou moins justifié d’autant plus que le 20 septembre dernier, à deux jours de la commémoration, le Président lui-même, en chair et en os, a procédé à l’inauguration d’un échangeur multiple d’un coût total de 22 milliards de francs Cfa construit en plein centre-ville, vis-à-vis devant les clients, vis-à-vis devant les jaloux qui vont maigrir, qui vont mourir s’ils sont déjà maigres, qui vont pourrir s’ils sont déjà morts, qui vont se décomposer s’ils sont déjà pourris. Les boulevards, avenues, ponts, monuments... inaugurés pour la circonstance ne peuvent être énumérés.

Si ce new look de Bamako doit normalement rendre fiers les Maliens, ceci n’a pas été le cas, la quasi-totalité de la population bamakoise, les jeunes surtout, dénonçant ce gaspillage pour embellir leur capitale pour impressionner les invités, alors que la population ne mange pas à sa faim. Que fera-t-on de ces petits mendiants sales comme les sandalettes d’un commerçant ambulant qui encombrent ces boulevards bien retapés, se demandent certains. Et voilà justement le drame de l’Afrique d’aujourd’hui. Quelles que soient les réalisations que feront les chefs d’Etat dans leurs pays, ils ne seront jamais appréciés tant que les populations ne mangeront pas à leur faim. Les Africains ne blaguent pas avec leur ventre, dit la formule populaire.

De toutes les façons, les Maliens auraient dû apprécier ces infrastructures sorties du sol pour des décennies pour faire honneur au cinquantenaire, surtout s’ils doivent se comparer à leurs voisins dont le Togo où Faure Gnassingbé, vautré dans son incompétence et lâcheté, au lieu de faire le moindre effort pour rendre Lomé un peu plus attrayant, s’acharne sur de pauvres journalistes – trop étourdis et zélés des fois, renaissons-le – qui font sortir au grand jour ses sombres affaires de dessous de femmes.

C’est justement pour apprécier ce nouveau design de Bamako que le soir du 21 septembre, la veille de la fête, j’ai décidé de faire un petit tour dans les grands quartiers de la capitale. Tout est nickel ! Bravo ATT ! Même si tu l’as fait pour te faire voir, tu l’as quand même fait, et c’est tout le Mali qui y gagne. Bravissimo donc, grand !

Sur le chemin de la maison, je fais escale dans un bar situé dans un coin reculé comme tous les bars à Bamako – ah, l’hypocrisie de ces gens - pour prendre une petite bière, histoire de souhaiter, à ma manière, la bienvenue à nos importantissimes chefs d’Etat invités dont le Guide libyen. La serveuse, souriante comme un militaire retraité ayant gagné au loto, me présente ma bouteille en me disant « bonne fête du cinquantenaire ». Je ne lui réponds pas, la fixant ironiquement, désemparée qu’elle est à l’instar de tout son continent, de toute sa race, la noire. J’entame ma bouteille, en fredonnant, les yeux fermés, Indépendance tcha tcha que crachent les haut-parleurs.

- Bonsoir Monsieur, bonne fête du cinquantenaire, je peux m’asseoir ?  

Je ne souffre pas le calvaire d’ouvrir les yeux, le parfum qui m’inonde m’ayant révélé à qui j’ai affaire. Dieu seul sait là où ces petites prostituées, d’origine nigériane surtout, s’en vont chercher ces parfums qu’on dirait piochés dans l’anus d’un cadavre.

- Monsieur, nous sommes en promotion à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, donc le toucher est gratuit et l’entrée à demi tarif.

Ça devient intéressant. J’ouvre les yeux en souriant. Elle est vêtue, comme elles l’ont toujours été, d’une robe qui cache à peine sa petite culotte. Une perruque de couleur bleue ou verte, ou grise, ou violette, je ne sais pas avec la pénombre, qui lui arrive jusqu’aux épaules. Des bijoux de pacotille au cou et aux poignets. Je fais un rapprochement impossible entre elle et Rama Yade. Deux univers diamétralement opposés. L’indignité et l’humiliation d’un côté, toute la dignité de la femme et la classe de l’autre. Le monde est injuste !

- Oui, madame, vous dites quoi ?

Elle s’assoit, sans fermer ses deux battants, m’offrant, dans la pénombre, une vue directe, et en plongée, sur son monde intérieur.

- Comme aujourd’hui c’est la veille du cinquantenaire, j’offre gratuitement le toucher à tous mes clients de cette nuit, et l’entrée à la moitié du prix normal plus les frais de chambre.

Un chien qui voit un fantôme n’a plus la force d’aboyer, il s’efforce de pousser un sourd soupir, proverbe de chez moi. Je soupire en la fixant, ébahi. Le sexe et la chair gratuitement offerts pour cette histoire de cinquantenaire !

- Tu veux une bière ?

- Non, mais si vous voulez vous pouvez me donner l’argent de la bière, je ne bois pas.

Je lui tends un billet de mille francs.

- Un conseil ?

Elle accepte par un hochement de la tête.

- Ecoute, ma sœur, je te prie d’oublier cette histoire de promotion parce que les Africains c’est de gros profiteurs. Tu risques, cette nuit, avec ta promotion, de te faire toucher, fouiller, sauter, dévorer, déchirer par tous les ivrognes idiots qui vont visiter ce bar. Et tu vas te retrouver demain chez un gynécologue. Et puis cette histoire du cinquantenaire ne te regarde pas. Ce qui te regarde toi, c’est de te faire bouffer le dessous pour de l’argent. Le cinquantenaire, c’est pour les chefs d’Etat qui doivent se rencontrer pour discuter de nouvelles pistes d’acheminement de drogue et d’armes en Afrique.

 

 

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David Kpelly David Kpelly
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