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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 11:53

http://philippe-voissiere.com/IMG/jpg/ivoire_femme_sculpte_detail2.jpg

 

                                                       Tiers manche ivoire sculpté

                                                 Crédit image: philippe-voissiere.com

 

Fatou BHM, trois jours nous suffirent pour nous coller. Sous le regard étonné de toute la banque, nous passions tous nos temps morts à discuter et rire, presque enlacés. A la cantine, nous partions main de la main, de quoi donner la nausée à tes frères et sœurs. On manquait des fois de s’embrasser en public, dans un pays où même les mariés ne s’affichent pas main dans la main pendant le jour ! Tes frères et sœurs te rappelèrent que tu avais tort en te comportant ainsi, que tu étais du Mali, au Mali, et moi j’étais étranger, tu ne devais pas suivre mes manières débraillées. Trêve de jalousies mal cuites et épicées ! leur fis-tu. Même les responsables de la banque avaient commencé par bouder contre moi qui essayais de détourner leur sœur des bonnes manières, car nous étions devenus chiants avec nos manières de Toubabs. La direction des ressources humaines me convoqua, Jeune homme, vous devez savoir que vous êtes dans un pays à dominance musulmane et il y a certaines manières qui sont permises chez vous qui ne passent pas ici, nous vous demandons donc de faire attention ou nous serons obligés de mettre fin à votre stage.

Nous ne changeâmes pas malgré les mises en garde. Tout le monde nous détesta à mort dans la banque. Tu fus rejetée, à cause de moi, par tes frères et sœurs.

Fatou BHM, notre idylle dura quatre mois. Quatre mois de miel ! Jusqu’au jour où tu me surpris en train de téléphoner au pays. A mon ami en ligne, tu m’entendis dire, avec toute la classe de ma nymphomanie idiote, Je suis en train de venger tous mes frères que ces petites putes ont trahis, je vais les prendre sans cœur et les laisser sans pitié, rien de plus, leurs hommes sont là pour les épouser, pas nous. Tu ne laissas, sur-le-champ, rien paraître, mais quelques minutes plus tard, quand, pour l’ultime fois, tu me laissais goûter à ta chair, tu me demandas si je pensais t’épouser. Par l’affirmative je répondis. Tu me redis alors mot par mot ce qu’à mon ami je disais au téléphone. Tu m’as menti, tu vas mentir à toutes mes sœurs. Si tu ne nous aimes pas, pourquoi ne nous laisses-tu pas tranquilles? Que t’avons-nous fait ? Que t’ai-je fait à part t’avoir aimé ? Tu avais les larmes aux yeux. Blessée. J’essayai de te retenir mais tu te dégageas très violemment et sortis de ma chambre. Le lendemain, tu n’étais pas à la banque. Je téléphonai chez toi. Tu avais voyagé, ce matin, à l’improviste, en Côte d’Ivoire, chez ton père. Tu n’avais donné aucune date de retour.

*

*                        *

- Euh, je… vous, euh c’est qui, hein, bredouillai-je en fixant toujours la photo.

- Ma sœur aînée.

- Bon, sincèrement je, je ne sais pas pourquoi vous me montrez sa photo, en fait elle vit ici au Mali ?

- Elle vivait en Côte d’Ivoire.

- Vivait ? Elle n’y vit plus ?

- Elle y a été tuée en mars 2011 durant les violences postélectorales. Elle n’avait jamais voulu vivre en Côte d’Ivoire, elle y était partie en 2009, à l’improviste, pour fuir un jeune Togolais dont elle était follement tombée amoureuse et qui l’a trahie, et elle n’est plus revenue, elle ne reviendra plus.

Des vertiges. Fatou BHM, toi la fille-amour, morte sous les balles ou les coups de machette de la haine, trahie puis assassinée par des hommes méchants, emportant cet amour que je cherche d’aventure en aventure, et que je n’ai pas encore retrouvé ! Morte, arrachée à tous ces hommes à qui tu aurais pu donner de l’amour !

Je tendis ta photo à ta sœur, les mains tremblantes. Et lui tournai rapidement le dos, avant que les petits filets d’eau salée qui s’étaient dans mes yeux formés, ne roulent sur mes joues.

 

Note : Titre inspiré du titre Trop de soleil tue l’amour de l’écrivain camerounais Mongo Beti.

© 2012 – David Kpelly – Tous droits réservés

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RitaFlower 09/08/2012 13:55

Je pense que ce qui compte en amour ce n'est pas forcément la durée de la relation mais l'intensité de l'amour vécu.Tu as aimé Fatou sincèrement meme si après vous n'etes pas réstés ensembles.Aimer
une femme malienne et le lui montrer dans un pays musulman n'est pas une promenade de santé pour un étranger.Vous vous etes aimés envers et contre tout.C'est une belle histoire d'amour qui a eu une
fin tragique.Tu lui a apporté de l'amour pendant ce laps de temps,elle a été heureuse.Le destin en a décider autrement.

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