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castigat ridendo mores
Donc, ce soir-là, à la vue de cette fille propre sortant d’une voiture du gouvernement, toutes mes anciennes habitudes, mes désirs refoulés, mes passions et mes sensations revinrent en grands conquistadores comme des guerriers revanchards et reprirent possession de ma tête. Je fonçai donc sur elle, essayant de me mettre un peu en valeur, en balançant majestueusement mes cent cinquante-cinq centimètres à la manière des petits fameux chanteurs drogués américains devenus nos références.
– Bonsoir mademoiselle, euh… il me semble vous avoir déjà rencontrée quelque part, aviez-vous participé au Séminaire international des jeunes entrepreneurs à l’hôtel Golden Queens ? (C’était le plus grand hôtel du pays et que je ne connaissais d’ailleurs que de nom, mais que je devais énumérer pour la séduire.)
– Nnnooonnn je me rappelle plus trop, fit-elle en tournant la tête à la manière de Rubi, cette star d’un feuilleton brésilien qui faisait la pluie et le beau temps dans le pays et que toutes les filles essayaient d’imiter (plus du dixième des filles du pays attrapèrent le torticolis en voulant imiter les gestes de cette star hors pair).
– Ou c’était plutôt à l’ambassade d’Amérique (pour lui faire croire que j’avais gagné à la loterie visa) ; parce que votre visage me dit quelque chose.
– Oui, mentit-elle, c’était peut-être à l’ambassade d’Amérique car j’y étais avec mon gars qui devait partir pour New York (c’était la mode, toutes les filles mentaient avoir des gars en Occident).
– Je me trompe donc pas, j’y étais aussi pour les formalités d’obtention de visa (je n’avais même pas un passeport). Dites-moi, quel est votre nom ? Êtes-vous étudiante ici ?
– Oui, répondit-elle en imitant toujours Rubi, je suis étudiante en quatrième année d’anglais, mon nom est Rose. Et vous ?
– Euh je me nomme Gédéon et je suis en sociologie (j’avais honte de mon niveau).
– Quelle année d’études, demanda-t-elle curieuse.
– P… Première année, ai-je bégayé.
– Oh ! fit-elle en riant, je suis donc ton aînée académique. D’ailleurs tu parais très jeune, quel âge as-tu ?
– Vingt-deux, ai-je répondu.
– Ah là ! Je suis carrément ta grande soeur ; je suis beaucoup plus âgée que toi. Moi j’en ai trente.
– Quoi ! m’écriai-je en faisant semblant d’être étonné, mais vous semblez très jeune ! Mais quelle beauté ! Quel charme !
– Arrête, arrête, fit-elle en riant, je suis ta grande soeur hein, tu peux pas me flatter, ça va ?
– Non, je ne vous flatte pas Rose, vous êtes très belle sincèrement.
– Tu peux me tutoyer hein, comme moi j’ai déjà commencé par te le faire.
– Non, euh, vous êtes ma grande soeur et je dois pas vous tutoyer, fis-je en jouant au poli.
– Vraiment, fit-elle en riant.
Le Gigolo de la réforme, page 183
Edilivre Aparis, Paris, 2009
ISBN : 978-2-8121-0359
18.5 €
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