Lundi 1 décembre 2014 1 01 /12 /Déc /2014 11:22

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Un chien devant un fantôme n’a plus la force d’aboyer, il se contente de soupirer, que dit le dicton. La chose a un nom, mais nous ne voulons, ne pouvons, peut-être ne devons pas le prononcer. Dix ans maintenant qu’elle est là, grandissant, se rendant plus visible, devenant un peu plus hideux jour après jour, mais aussi innommable que toujours.

 

Innommable, la chose ! Mais elle se trahit dans les rides de ce fonctionnaire à la veille de la retraite, et qui découvre, désemparé, qu’il doit retourner vivre dans la hutte familiale qu’ont construite ses arrière-grands-parents au village, ses moyens de retraité accumulés depuis trois fois dix ans de service ne pouvant lui permettre de supporter ses loyers en ville. 

 

Il se lit, l’innommable se lit, sans peine, sur le visage de ce chômeur trentenaire partant déposer une dix-fois-énième demande d’emploi à l’accueil d’une inaccessible entreprise,  avec la même froideur qu’un balayeur de rue jetant à la poubelle un tas d’encombrantes ordures ; dans les ronflements de ce jeune diplômé reconverti en taxi-moto d’abord « pour le moment », ensuite « en attendant de trouver mieux » et qui a, enfin, fini par comprendre que le mieux qu’il espérait trouver, il l’avait trouvé depuis longtemps, c’était en fait ce qu’il faisait « pour le moment », le taxi-moto.

 

 Il se sent, l’innommable, dans la démarche de ce « marcheur » de l’opposition, marchant depuis d’incomptables mois vers il ne sait où, réclamant ne sachant plus finalement quoi à qui ; dans les jurons que pousse ce corps habillé déshumanisé par ce qu’il appelle son travail, et qui, à force d’avoir trop frappé, trop martyrisé, trop tué des innocents, à force d’avoir commis trop d’atrocités contre des innocents et donc contre sa propre conscience, n’a même plus la force de se regarder dans une glace.

 

Il s’entend, oui, l’innommable, il s’entend dans la mélopée que chante cette religieuse sous un hangar construit à la hâte pour abriter Dieu et les lamentations de tous ceux, toutes celles surtout qui ont encore la force de croire en lui, l’innommable s’entend, alors, dans la mélopée qu’elle chante pour la centième fois cette même nuit au Seigneur, du moins celui qu’elle appelle son seigneur : « Gaméa sou lo mé lé no té kpo wo, Yésu gaméa sou lo, gaméa sou loooo… ». « Il est temps, Seigneur Jésus, je t’attends, il est temps… » Temps pour quoi ? Elle ne saurait le dire, puisque tous les temps, tous les délais ont depuis longtemps été dépassés pour elle.

 

Il se voit, l’innommable, dans la réponse de ce jeune Togolais exilé qui soupire : « Bah, je ne sais pas trop ce que je pourrai y retourner faire » quand on lui parle d’un retour au pays natal ; dans les confidences de cet autre jeune resté au pays et qui murmure à son compatriote exilé « De toute façon, nous on cherche à sortir de ce pays, rien n’y marche. »

Togolais, regardons-nous et disons-le-nous, l’innommable est là avec nous, comme notre ombre. L’innommable est nous. Il est là, nous le sommes devenus, nous sommes devenus l’innommable depuis 2005, quand, à la mort du loufoque tyran Eyadema, nous avions cru que nos espoirs perdus renaîtraient enfin, mais qu’une bande de brutes en rut nous imposa un de ses incomptables rejetons, qui, à voir comment, à l’époque il roulait les yeux comme un caméléon, penaud, ne semblait lui-même pas comprendre ce qu’il cherchait là où on l’avait placé.

 

Et ce n’est pas tout ce tintamarre préélectoral qui nous l’enlèvera, l’innommable. On parle de CAP 2015, de marches stratégiques, de concertations, de candidat unique de l’opposition, de dialogues, de réformes, de la France qui dit… de François Hollande qui n’a pas dit… de l’Onu qui va… de l’Union européenne qui compte… des institutions internationales qui doivent… de… de…

 

Non, Togolais ! Nous le savons tous, avec ou sans réformes, l’élection présidentielle de 2015 ne déracinera pas la dictature cinquantenaire des Gnassingbé. Faure Gnassingbé ne quittera pas le pouvoir en 2015, comme aucune réforme, profonde ou pas, sérieuse ou pas, aucune réforme, donc,  ne peut faire bouger le clan qu’il sert. Nous le savons tous. Nous irons, une fois de plus, voter en 2015, avec la certitude, en déposant nos bulletins dans les urnes, que nos aspirations ne seront respectées que dans nos rêves les plus fous, les plus irréalistes.

Et voilà justement pourquoi, dans nos cœurs, dans nos écrits, dans nos discours, dans nos stratégies, dans nos marches, dans nos dialogues, dans nos réformes, dans nos vies, Togolais, voilà pourquoi  nous sommes devenus l’innommable - nommons-le enfin, l’innommable : le désespoir.

 

Note : Le titre du billet est inspiré du titre de l’essai « L’Audace d’espérer » de Barack Obama.

Par David Kpelly
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Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 11:24

 

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Hommage à Bakary Diallo, regretté réalisateur malien

 

 

Ce jeudi 31 Juillet, en en lisant le quotidien malien l’Essor, je suis tombé sur la nouvelle de la mort d’un jeune artiste, plasticien et réalisateur malien : Bakary Diallo. Il faisait partie des 118 passagers de l’appareil d’Air Algérie qui s’est écrasé le jeudi 24 juillet 2014 au Mali. Diplômé de l’Institut universitaire de Gestion de Bamako, il a, affirme le quotidien, laissé sa formation en administration pour entrer au conservatoire des Arts du Mali, puis au Fresnoy Studio national des arts contemporains de France. Il laisse derrière lui une demi-douzaine de films présentés dans quelques festivals internationaux et distingués par plusieurs prix… Un artiste trentenaire talentueux, qui n’aura pas eu le temps de devenir grand.

 

Peu, très peu de personnes peuvent savoir, sentir, imaginer ce qu’est la vie d’un jeune artiste en quête de reconnaissance et de succès. Un engrenage de frustrations, de désillusions, de doutes, d’humiliations. Chaque matin, il ouvre les yeux, après avoir passé une nuit de soupirs et de rêves, il ouvre, alors, les yeux, chaque matin, implorant la providence de placer sur son chemin cette main salvatrice qui a illuminé les ténèbres des grands artistes qui le font rêver. Il passe les journées à supporter mépris et railleries autour de lui, à chercher à fuir la banale mais méprisante question : « Pourquoi as-tu choisi de faire ça ? »

 

Personne, même ses propres parents, alors personne ne le comprend, le jeune artiste. Pourquoi, mais pourquoi donc avoir choisi d’être artiste, de ne rien être donc, alors que d’autres ont choisi d’être avocats, médecins, enseignants, ingénieurs, banquiers ? Et il cherche, il s’épuise, tous les jours, à s’expliquer à son entourage, à vouloir faire accepter ce qu’il a décidé d’être, et qui aux yeux des autres n’est rien, ne peut rien être : un artiste. Et les nuits, après maintes prières, il ferme les yeux, rêvant de ce jour où il sera reconnu, célébré, ce grand jour, son jour où, aux yeux du monde entier, aux yeux de ses détracteurs, il sera, enfin, quelque chose.

 

Sa vie n’est soutenue que par le rêve. Ses rêves. Ses improbables rêves. Et des fois, devant la précarité du quotidien, devant les privations, les incompréhensions, les railleries, devant ce qui est devenu sa condition, il a envie de pleurer comme pour implorer ce succès qu’il attend tant, et qui ne vient pas. Mais, résigné pour l’art, il replonge dans ses rêves, et, en souriant, il reprend ou la plume, ou le pinceau, ou le micro, ou la caméra, convaincu, à chaque tentative, qu’il est en train de commettre son chef-d’œuvre, l’œuvre qui le révèlera, enfin, au monde.

 

Il ne pense presque jamais à la mort, le jeune artiste. Il ne peut se permettre ce privilège de penser à la mort, puisqu’il est convaincu qu’il est encore loin de cette catégorie d’artistes qui attendent, sereins, la mort, l’implorent même comme une alliée, pour leur faire goûter à l’immortalité. 


Cher Bakary, je ne te connaissais pas, mais je sais ce que tu as vécu durant ton éphémère existence de jeune artiste attendant le succès. Je peux te décrire tes frustrations de tous les jours, tes soupirs de toutes les nuits. Je peux te décrire ces moments où, seul, tu te laissais gagner par le doute et te demandais si tu n’avais pas fait un mauvais choix, s’il n’était pas encore temps que tu fasses autre chose. Je peux te dire ces moments de la journée et de la nuit où, face à toi-même, tu sentais que tu avais mal, et te rendais compte que ce à quoi tu avais mal c’était ta passion : l’art.

 

Mais dis-moi, mon frère Bakary, dis-moi depuis les  silences de l’éternité que tu as rejoints depuis une semaine maintenant, alors dis-moi, Bakary, qu’as-tu ressenti durant cette seconde où tu t’étais rendu compte que tu étais en train de mourir… avec tous tes rêves ? Dis-moi. Tu as, sûrement, revu toute ta vie, toutes tes frustrations, tout ton travail, tous tes rêves, tu as compris que jamais, tu ne deviendras le grand réalisateur aux grands films reconnus et célébrés par le monde entier que tu as toujours rêvé de devenir, tu as compris que ta passion, l’art, t’as trop fait rêver, t’as trop trompé. Et tu as, peut-être, souri.

Dors, Bakary. Dors pour l’éternité, mais en continuant de rêver que ta petite œuvre que tu laisses, la demi-douzaine de vidéos que tu as réalisées, te survive, t’immortalise. Dors en paix, Bakary, avec tes rêves. Dors de tes rêves, Bakary.

 

 

 

 

Par David Kpelly
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Lundi 14 juillet 2014 1 14 /07 /Juil /2014 13:18

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Note de lecture de « Rivales » de Noun Fare



Ceux qui ont lu la nouvelle, La Sirène des bas-fonds, le premier texte publié par Noun Fare en 2011, peuvent reconnaître que la jeune auteure a évolué dans son deuxième livre, Rivales, un roman qui vient de paraître aux Editions Awoudy à Lomé. Elle a évolué sur la forme, mais surtout sur le fond. Dans La Sirène des bas-fonds, Noun nous avait servi une histoire d’amour compliquée entre une jeune amante naïve qui ne cherchait qu’à être aimée par un partenaire louche qui avait ses intérêts ailleurs. Au bout d’une relation difficile linéaire, Noun avait forcé un happy-end qui donnait au texte un aspect presque banal, une impression de lassitude de l’auteure qui voulait se débarrasser de son texte, même si le style d’écriture révélait déjà une plume qui mérite d’être appréciée.

 

Dans Rivales, Noun, réaliste comme dans son premier texte, nous offre une intrigue plus complexe, plus puissante, une trame plus dense... plus originale. Il est question, à Lomé, d’une jeune femme, Lekta, et de sa mère qui ne s’aiment pas, ou, disons-le de manière plus juste, une femme au bord de la quarantaine, qui déteste à mort sa fille de la vingtaine. Les raisons de cette haine sont aussi profondes, aussi solides que ses manifestations. A voir les deux protagonistes à l’œuvre, on déduit, à première vue, que la mère déteste sa fille parce que cette dernière – conçue à douze ans, lui a volé sa jeunesse, et que le dégoût que ressent la fille vis-à-vis de sa mère n’est que le résultat des humiliations et affronts quotidiens qu’elle subit. Mais au fil des pages, on découvre un passé lugubre, des évènements ignobles qui donnent à la haine maternelle une justification, ou presque.

 

La haine de la mère et le dégoût de la fille vont évoluer avec les pages, jusqu’à engendrer un combat ouvert, une guerre frontale entre les deux femmes, chacune usant des moyens à sa disposition pour anéantir l’autre. Elles deviendront, à la fin de l’histoire, des rivales, oui, de vraies rivales, avec finalement pour objet de rivalité un butin pour lequel les femmes peuvent tout donner, tout combattre : un homme. Et lequel !

 

Le verbe de Noun Fare est direct, les mots sont crus, le ton est donné dès le premier paragraphe du livre : « Tu ne sers à rien qu’à divertir des hommes libidineux et frustrés, incapables de répondre aux envies de leurs femmes fanées par des parturitions. Ils te marqueront de leur sperme et t’abandonneront, las. Cette attirance que tu exhibes, tu verras qu’elle n’est que l’odeur, trop forte, d’urine et d’éjaculat que tu gardes dans tes caleçons. »

 

 Le style affirme une plume acérée qui pique, avec insolence, dans ces réalités sociales que nous côtoyons tous les jours, toujours, mais que nous cherchons tant à masquer : infidélité, inceste, homosexualité… Le sexe est très présent, partout, avec les travers qu’il peut engendrer. On sourit devant la scène de ces jeunes séminaristes qui, entre deux gorgées de bière, délirent sur les rondeurs d’une jeune fille en robe moulante.  Des séminaristes loin du séminaire, certes, mais des séminaristes quand même !

 

Après ma deuxième lecture de ce livre – je l’avais déjà lu à l’état de manuscrit, je ne peux qu’espérer la même chose que le préfacier Josué Guébo : « Puisse cette oeuvre jouir de l’accueil le plus fervent ! »

 

Rivales, Noun Fare, Editions Awoudy, Lomé 2014

 

David Kpelly

 

 

Par David Kpelly
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Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 12:58

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J’avais presque oublié l’affaire de ce monsieur, du moins pour le moment. Comme plusieurs Togolais ayant plus ou moins refusé de croire la version ayant circulé sur sa mort, j’attendais les résultats des enquêtes promises par les autorités togolaises. Il a fallu qu’hier un compatriote me le rappelle, dans une question sur Facebook : «  Finalement en sait-on plus sur les circonstances de la mort de l’ambassadeur du Togo au Gabon ? »

 

Ah, Monsieur Essohanam Adewui, ambassadeur du Togo au Gabon, retrouvé mort dans sa voiture sur une plage du Gabon le 10 mai 2014. Cette affaire donc.

 

J’avais personnellement trouvé disproportionnée, exagérée, la réaction de la majorité des internautes togolais s’étant fiés à des sites web gabonais, qui, sans avoir au préalable effectué des enquêtes sérieuses sur la situation, avaient publié la version selon laquelle l’ambassadeur, dans un état d’ébriété, ayant passé toute sa nuit dans une boîte de nuit, avait conduit sa voiture dans l’océan. Le Gabon, qu’on se le dise, on le sait bien, est un pays entaché par des crimes de tous genres, rituels, crapuleux, passionnels… D’ailleurs, juste quelques jours après la mort de notre compatriote, un autre fonctionnaire de l’ambassade d’Angola au Gabon a été retrouvé mort à Libreville, près de sa voiture, dans des circonstances inexplicables. Ce pays craint, et la scène de la mort de notre ambassadeur qui, en apparence, paraissait si claire, pourrait bien cacher un crime.

 

J’avais aussi, et surtout, trouvé malsaine, de mauvaise foi, l’attitude du gouvernement togolais qui a tout fait pour ne pas reconnaître que l’ambassadeur a trouvé la mort dans sa voiture noyée aux côtés d’une jeune fille gabonaise, les photos des deux corps circulant partout sur Internet. Le site web censé être celui officiel de la République togolaise, et qui n’est en fait que l’objet de propagande du régime togolais sur Internet, www.republicoftogo.com, s’est juste contenté d’affirmer : « Essohanam Adewui, l’ambassadeur du Togo au Gabon, est mort noyé samedi à Libreville. Son véhicule a apparemment chuté accidentellement dans l’océan… En attendant les résultats de l’enquête, le ministère des Affaires  étrangères et de la Coopération, au nom du Chef de l’Etat et du gouvernement, présente ses sincères condoléances à la famille éplorée et la rassure que toutes les dispositions seront prises pour connaître les circonstances exactes de la mort du diplomate et pour rapatrier la dépouille mortelle à Lomé.»

 

Aujourd’hui, plus d’un mois après cet accident, les autorités togolaises sont restées terrées dans un lourd silence, ne donnant même pas un seul mot sur l’évolution des enquêtes – s’il y a vraiment des enquêtes en cours. Cependant, on n’a point besoin de rappeler à nos autorités que si aucune enquête sérieuse n’est réalisée sur cette mort, avec des résultats rendus publics et pour les Togolais, et pour les Gabonais, et pour le reste du monde, il n’y aura que deux conclusions possibles : Soit l’Etat togolais est un Etat incapable d’élucider la mort de ses citoyens décédés à l’étranger – un Etat incapable tout court, soit la version avancée par les médias gabonais est la bonne, notre ambassadeur a perdu la vie dans de honteuses conditions indignes de son rang.

 

La deuxième conclusion paraît de plus en plus plausible à l’allure où va cette affaire, parce que, même s’il est vrai que le Togo ne se manifeste jamais quand un de ses fils quelconque meurt à l’étranger – on peut trouver de très récents exemples dans beaucoup de pays africains et occidentaux où des Togolais décédés ont été enterrés comme des chiens, sans que l’Etat et ses représentations ne lèvent le petit doigt - s’il est, donc, vrai que le Togo ne fournit aucun effort pour s’impliquer dans la mort des Togolais décédés dans des pays étrangers, on imagine mal, alors très mal, ces mêmes autorités laisser un de leurs alliés, un fervent valet de la cour de Lomé 2, se faire salir gratuitement à sa mort par l’opinion nationale et internationale, à moins qu’on ne soit dans une logique où le pouvoir masochiste cherche à punir un de ses propres collaborateurs.

 

Une chose est sûre, le seul moyen aujourd’hui pour les autorités togolaises de réhabiliter l’image de leur feu collaborateur qui, selon elles, a été injustement sali à sa mort, le seul moyen pour le régime togolais de ne plus ajouter une tache noire à son image déjà trop noircie par ses déboires et l’indécence de ses acolytes, est de faire de sérieuses enquêtes sur cette mort, situer les rôles et mettre tous les protagonistes devant leurs responsabilités… Elles y ont intérêt, les autorités togolaises, au lieu de se muer dans ce silence honteux, révélateur.

 

C’est l’image du Togo et surtout des Togolais qui se joue dans cette affaire. Parce qu’un sexagénaire nommé ambassadeur de son pays – ce qui signifie, normalement, qu’il a été jugé apte par ses aptitudes physiques, intellectuelles et morales pour représenter son pays, un sexagénaire ambassadeur donc, qui, profitant d’un voyage de sa femme, s’en va en boîte nuit, se bourre la gueule toute la nuit, prend le volant, saoul, irresponsable, suspend la vie d’une jeune fille avec laquelle il se fait tuer en conduisant droit dans la mer, un diplomate qui meurt ainsi, eh bien, ce n’est pas seulement sa propre honte, ni celle de sa famille, ni même celle des autorités qui l’ont mandaté, c’est la honte de tous les citoyens du pays qu’il est censé représenter. L’adage éwé le dit si bien : « c’est seul un peuple de souillons qui choisit le cochon comme roi. »

 

 

Par David Kpelly
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