Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 18:51

 


premieres-dames.jpg

C’est fou, comme les Africains peuvent être des provocateurs ingrats ! Dire que parmi tous ces hommages rendus aux Africaines lors de la célébration du 08 mars, personne, mais alors pas même une seule plume indiscrète, n’a rendu hommage à nos mères de la nation, ces grandes femmes qui se cachent derrière nos pères de la nation !

Nos premières dames ne sont pas des femmes ordinaires, ce sont des femmes-mythes, des merveilles. C’est bien elles qui ont réussi à plaire aux aspirations les plus profondes, à répondre aux goûts combien raffinés de nos séquoias des forêts tropicales. Et nous devons les louer, ces femmes-dieux, qui inspirent les grands projets de développement, les grandes réalisations, les grandes réformes… aux gardiens de nos destins.

Un classement des trois plus belles femmes de président d’Afrique, pour manifester notre amour incommensurable et éternel à celles qui ont dit oui, ah le grand oui, à nos guides suprêmes.

Bien sûr que par premières dames, il ne faut pas voir ces petites nymphos provocatrices rabat-joies qui conduisent de temps en temps nos pauvres papas présidents dans la tentation, qui se font planquer des moutards qu’elles exhibent sous tous les cieux comme étant des gosses présidentiels. Non, celles-là sont juste des crachoirs qui aident nos bien-aimés chefs suprêmes des armées à éliminer ces crachats impolis qui passent des fois au travers de la gorge, et qu’on dépose n’importe où, juste pour se soulager. Et ils sont partout, ces petits crachoirs, partout où passent nos guides.

Les premières dames sont ces femmes légalement reconnues par nos pères de la nation, celles-là qu’ils ont épousées devant Dieu et devant leurs peuples, qu’ils traînassent et affichent volontiers devant les médias pendant leurs voyages, celles-là dont peuvent librement, mais positivement, parler les journalistes sans craindre des descentes de la police, de la gendarmerie, de l’armée, des agents de renseignements… chez eux à deux heures du matin. Nos chefs d’Etat ont donc de nombreux, de très nombreux crachoirs, mais une seule première dame. Certains, trop jeunes pour avoir une femme, une première dame, sont encore célibataires avec plusieurs crachoirs, Faure Gnassingbé du Togo par exemple.   

Soulignons, pour déjà éviter des contestions intempestives dans ce continent aussi riche en contestataires d’élections qu’en enfants de rues, que les dossiers de certaines premières dames n’ont pas été étudiés. Ils n’en valaient pas la peine.

Simone Gbagbo, l’épouse de l’ex-Laurent Gbagbo, n’a pas été retenue parmi les finalistes. Retenir Simone Gbagbo parmi la liste des premières dames les plus belles d’Afrique serait comme retrouver un paralytique sur une feuille de match de football, c’est incongru.

Viviane Vert Wade, la femme d’Abdoulaye Wade, a été aussi écartée de la course. Trop vieille. La jeunesse est l’une des rares richesses qu’il nous reste désormais ici, et si l’on doit classer une femme de quatre-vingts ans – bon Dieu, ce couple est trop vieux ! parmi les femmes les plus belles de nos prégos, grrrrr ! On la classera, prochainement, dans le Top 5 des bibelots africains à ranger au musée. Une Française amoureuse d’un Africain et de l’Afrique pendant six décennies, un trésor de musée.

Grace Mugabe, la femme du président zimbabwéen Robert Mugabe, surnommée par les très mauvaises langues Lady Dis-Grace, a été aussi disqualifiée pour faute lourde. Pas pour son goût immodéré pour l’argent et le luxe, ses prouesses en shoppings en Occident, son faible pour les gros palais, ses compétences et son habileté en détournements de l’argent du diamant zimbabwéen, mais pour ces innombrables et incessantes histoires de cocufiage de son mari qui fleurissent sur elle tous les jours. Ne nous méprenons point, on peut bel et bien cocufier son mari, d’ailleurs plusieurs premières dames le font à nos bien-aimés pères de la nation, même si on emprisonne les journalistes qui osent le dire. Mais cocufier Mugabe, c’est comme donner des coups de matraque à un cadavre, tirer sur une ambulance en Syrie, c’est cruel. Mugabe est très vieux, trop vieux pour encore avoir à supporter les humiliations et meurtrissures d’un cocu. Etre cocu à plus de quatre-vingts ans, c’est la plus grande disgrâce d’un homme. « Est-ce un crime de faire du shopping, hein », s’exclamait-elle à des journalistes ébahis par ses innombrables aller et retour chez les plus grandes marques de la couture française. Non, Belle Grace, ce n’est pas un crime que de faire du shopping, même avec de l’argent du diamant zimbabwéen volé, mais c’est un crime que de tromper le pauvre vieux Mugabe.

Ces pestiférées extirpées de la liste des candidates, le jury, réuni autour d’une théière le 08 mars 2012 à Bamako, a décidé de statuer sur la candidature de trois finalistes, pour le choix de la plus belle première dame d’Afrique : Chantal Biya du Cameroun, Chantal Compaoré du Burkina Faso, Lobo Touré du Mali. Après plus de deux heures de délibérations, le jury a établi le procès-verbal ci-après.

Deuxième dauphine : Chantal Biya, Cameroun, Mention Bien, avec blâme à la perruque

Chantal-Biya.jpg

Louée par le journal américain Le Daily Mail comme la première dame africaine la plus glamour, celle qui est surnommée La Lionne du Cameroun pour sa crinière, euh ses cheveux extravagants qu’on remarque toujours avant de la remarquer, est incontestablement l’une des premières dames les plus vues d’Afrique. Tant par son style, que par son engagement dans l’humanitaire. Avec sa Fondation Chantal Biya, reconnue d'utilité publique au Cameroun en 1999, elle est ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO depuis 2008. Dommage, il y a eu ce bouquin provocateur de Bertrand Teyou, La Belle de la république bananière : Chantal Biya, de la rue au palais, qui avait rappelé de très mauvais souvenirs à Chantou Star. L’auteur a été emprisonné pendant un bon bout de temps. On ne rappelle pas à une star de Kamerwood qu’elle vient de la rue, même si des fois, avec sa crinière, elle ressemble effectivement à ces putes d’origine nigériane puant l’eau de Cologne de basse qualité qui animent les boîtes à strip-tease de Yaoundé.

Première dauphine : Lobo Touré, Mali, Mention Très Bien avec blâme au français

Lobo-Toure.jpg

Loin des extravagances de Chantal Biya, Lobo Touré est celle-là qu’on peut appeler une femme africaine qui se respecte à travers son habillement. Grands boubous bien brodés avec de très brillants bijoux, calme et posée, de quoi pousser son mari Amadou Toumani Touré à vouloir s’éterniser au pouvoir pour toujours la voir première dame. C’est vrai que des fois son expression française est aussi défectueuse que celle d’une apprentie coiffeuse ayant arrêté les études au cours élémentaire. Mais elle est sage-femme de formation, et une sage-femme, ça n’a normalement pas besoin de savoir parler français comme Rama Yade. Il suffit de dire aux femmes en travail : « Madame, faut pousser, pousser vite vite vite, enfant va sortir et tu vas très content content… »

La Miss, Chantal Compaoré, Burkina Faso, Mention Excellent, avec blâme au mari

Chantal-compaore-copie-1.jpg

Chantal Terrasson de Fougères mariée au président burkinabè Blaise Compaoré depuis 1987 est l’illustration, la vraie, de la beauté de la femme africaine. Balaise, traits arrondis, souriante… Une de ces femmes que le mari africain s’enorgueillit parmi ses amis de bien nourrir, et pour laquelle il est prêt à faire tous les sacrifices, comme assassiner son meilleur ami d’enfance pour devenir président par exemple. Elle évolue aussi, la Chantou, dans l’humanitaire, notamment avec sa fondation Suka créée depuis 1999 spécialisée dans la prise en charge des enfants défavorisés. Elle lutte aussi contre le Sida à travers Synergies africaines. Mais les Burkinabè, casse-couilles, n’ont jamais été convaincus par cette débauche de générosité venant d’une femme dont le mari est très loin d’être une référence. Peut-être qu’elle pourrait bien gagner en estime en créant une commission d’enquête sur la mort de Thomas Sankara et de Norbert Zongo, ou une fondation de prise en charge des victimes du règne sanguinaire de son dictateur de mari.

 

Titre inspiré du titre “Hollywood lave plus blanc” du publicitaire français Jacques Séguéla

 

Par David Kpelly
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 29 février 2012 3 29 /02 /Fév /2012 21:13

Gnass.jpg

Hein ! Le 13 Janvier, date fétiche de feu Général Eyadema, le père de la nation quarantenaire de la République togolaise, est passé sans tambour ni trompette ! Ah, cette fête, dite de la libération nationale, au Togo ! Eyadema ne lésinait pas sur les moyens pour fêter le 13 janvier, le plus grand jour de sa vie, l’assassinat du père de l’indépendance du Togo. Mais voilà cinq ans que l’œil du maître manque dans l’organisation de cette fête. La voix d’Eyadema s’en va au jour le jour s’affaiblissant, avec les 13 janvier. Pour commémorer, à notre manière d’honnête citoyen respectueux de la mémoire nationale, le 13 janvier - passé depuis plus d'un mois, que faire à cet homme, qualifié par son entourage proche comme un gentleman plein d’humour, que de rappeler certaines de ces célèbres anecdotes qui fleurissaient sur lui, de son vivant, dans tous les coins et recoins du Togo ?  

La coupe en or de Chirac

Début des années 2000. La France, en bonne mère soucieuse de l’union de ses petits gosses, les anciennes colonies, convia, comme elle le fait toujours, des chefs d’Etat d’Afrique francophone en France. Dans la délégation, le Général Eyadema du Togo et Matthieu Kérékou de la République voisine du Bénin. Lors du dîner, on servit nos pères de la nation avec des coupes en or. En vrais chefs d’Etat africains qui se respectent, chacun de nos présidents chercha, après le dîner, à chaparder une coupe en or. Tous y arrivèrent, sauf le général nôtre, Eyadema. Heureux en vol d’élections, malheureux en vol  de coupe en or ! Frustré, contrarié, humilié, diminué, Eyadema rentra dans une sourde et silencieuse colère contre tous ses homologues chanceux, surtout son voisin Matthieu Kérékou. Il décida de le punir. L’avion présidentiel béninois était en panne, et Matthieu Kérékou avait voyagé aux côtés d’Eyadema, à bord de l’avion présidentiel togolais. Durant le voyage retour vers l’Afrique, au beau milieu de l’océan Atlantique, Eyadema, revanchard, demanda à son pilote de bien vouloir descendre son voisin ! Dans l’océan donc ! Matthieu Kérékou, pas trop connu pour ses qualités de nageur, fila doux et se mit à genoux devant son voisin.

- Eyadema, grand frère Eyadema, tu sais que tu ne peux pas me faire ça, hein ? Nous sommes des frères, tu sais que je suis vieux, et je ne sais pas nager, j’ai ma femme et mes enfants, et surtout mon fauteuil présidentiel, je suis trop jeune pour mourir, je ferai tout ce que tu voudras, mais s’il te plaît, ne me noie pas.  

C’est quand il se retrouve avec une corde au cou que le singe apprend à ne plus narguer sa belle-mère, sagesse des anciens togolais. Eyadema, vainqueur, traça un léger sourire sur ses lèvres et posa sa condition, l’unique, pour épargner la vie à son collègue et voisin. Ce dernier devait lui rendre la coupe en or volée chez Chirac.

Le paralytique recto-verso

2002. Eyadema égrenait les dernières années de sa dictature. Devenu très impopulaire, il avait, dans son sac à malices de dictateur, décroché une stratégie pour se montrer populaire. Les marches de soutien et les motions. Chaque samedi, une couche de la population togolaise marchait à travers les rues de Lomé pour chuter à la Présidence, réciter une motion de soutien au président, lui chanter des louages, le glorifier, le béatifier, le canoniser… et retourner avec un billet de cinq à dix mille francs chacun. On pouvait donc, certains samedis, écouter des motions comme « Nous, aveugles-nés du Togo, séduits par la beauté et la propreté de la ville de Lomé, réitérons notre engament à suivre notre père de la nation dans sa politique de développement… », « Nous, sourds-muets du Togo, sommes ici présents ce matin pour louer à haute voix par des chants et des mots notre libérateur national… », « Nous, délinquants, voleurs et braqueurs du Togo, satisfaits de la non-électrification des quartiers des villes du pays, demandons à notre bien-aimé papa Eyadema de continuer sa mission salvatrice… », « Nous, syndicat national des putes et voleuses de maris du Togo, remercions le père de la nation d’avoir subventionné les produits de première nécessité dont le préservatif, le Viagra et les lubrifiants.» Qu’on ne se méprenne point, ce n’était pas une sinécure ! Le dictateur savait se faire attendre en faisant attendre la foule du matin au soir sous le soleil, et des fois sous la pluie. Avec en pièces jointes les coups et gifles des militaires qui assuraient l’ordre.

Ce samedi matin, le président-dictateur recevait les paralytiques d’une jambe, les mataclis qu’on les appelle en mina, la langue parlée à Lomé. Les paralytiques d’une jambe, l’association des mataclis donc, était à la Présidence, ce matin, pour témoigner du bon état des stades de foot et des pistes d’athlétisme du pays. Dans le groupe, il y avait un fraudeur, un valide des deux pieds, cupide, qui avait réussi à s’infiltrer dans la masse des boiteux, en boitant. Il eut le malheur d’être désigné comme lecteur de la motion. Durant la lecture de la motion d’une vingtaine de pages, le faux matacli lecteur, dont le pied n’était pas habitué à la position tordue dans laquelle il l’avait maintenu, avait dû, furtivement, changer de pied, sous la douleur. Le dictateur, perché sur l’estrade de sa maison, néologiste juré devant l’éternel, le remarqua et l’interpella :

- Eh, toi, mon frère, ta mataclicité-là c’est recto-verso ou quoi, hein ? Je t’ai vu tout de suite avec le pied gauche tordu et maintenant c’est ton pied droit que je vois tordu. Je vais demander à mes militaires de te mataclitiser totalement en te cassant les deux pieds !

Eyadema et le Lacoste

1975. Faure Gnassingbé et un de ses grand-frères, les fils de la nation, suivaient une série animalière. On montra un crocodile nageant dans un lac.

- Tiens, c’est un boa, fit le grand-frère.

- Ben, non, c’est pas un boa, c’est un caïman, rectifia Faure Gnassingbé à peu près plus brillant que la moyenne des enfants des chefs d’Etat africains.

- Je te dis bien que c’est un boa, insista le grand-frère en dégainant son revolver, tu me contredis encore et je te brûle la cervelle !

Eyadema, alerté depuis sa chambre, accourut et demanda l’objet du litige. Les enfants lui demandèrent le nom de l’animal qui baignait dans le lac.

- Ben, c’est simple, fit le président plus tranquille que le cache-sexe d’une nouvelle veuve, ce n’est ni un caïman ni un boa, mes enfants, c’est plutôt un Lacoste, je vous ai toujours demandé d’observer tout autour de vous parce que vous devez être très instruits pour me remplacer sur le fauteuil présidentiel après ma mort, ne voyez-vous pas le nom de cet animal écrit sur beaucoup de tee-shirts, hein ?

Vive la célèbre marque Lacoste qui a aidé notre bien-aimé père de la nation à départager ses gosses. Qui sait s’il n’aurait pas fait la même chose pour empêcher Faure Gnassingbé d’envoyer son petit frère obèse en prison ?

Par David Kpelly
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 20:25

 

enterrement.jpg

(…) C’est connu ici, tu le sais bien, cousin, les enterrements des chrétiens ont toujours été une très grande fête, rassemblant dix fois plus de foule que les cérémonies de sortie de bébés, les mariages et les cérémonies de libération. L’évènement attire beaucoup de foule, parce que, que veux-tu, hein, cousin, faut pas faire, c’est pas parce qu’on porte un sac de poudre à canon qu’on ne peut pas allumer sa pipe.

Donc, pour se distraire, tout le monde a jugé bon de repérer, chaque samedi, les coins où il y a un défunt chrétien à enterrer, où entre deux morceaux gospels, on voit de belles filles et de beaux et élégants gars, membres ou non de la famille éplorée, s’embrasser et s’enlacer sous les yeux fermés du défunt couché dans son cercueil les deux mains sur la poitrine, habillé tout en blanc, et sous les yeux ouverts du pasteur lisant quelques versets de l’Apocalypse, des pleureuses, formées pour la circonstance, et payées avec quelques billets de banque, verser des centaines de centimètres cubes de larmes, en tournant comme des boules leurs paires de fesses, tombant dans la poussière et se relevant, alors qu’elles ne connaissent même pas le défunt. Et des fois, faute professionnelle, il leur arrive, à ces spécialistes en pleurs aux funérailles, de crier, Oh mon frère, tu as donc décidé de me laisser seule dans la vie, Eh grand-père, donc je ne viendrai plus chez toi recevoir des conseils et poser ma tête sur tes cuisses, hein, Oh oncle, tu m’abandonnes vraiment, hein, repose quand même en paix… alors que le cadavre est une femme. On raconte même que l’une de ces pleureuses, brandissant un certificat de mariage, et une bague d’alliance, prétendait, pendant un enterrement, que le défunt était son ex-mari alors que dans le cercueil dormait, éternellement, un petit garçon de huit ans. Cousin, faut pas faire, faut les voir pleurer et se laisser tomber sur les invités ! Et les célibataires ont trouvé un bon moyen pour de temps en temps libérer leurs gourdes, parce qu’ils se chargent, pendant toute la cérémonie, de consoler ces inconsolables pleureuses professionnelles, et après, avec l’aide de quelques billets de banque…

(…) Donc, cousin, comme la cérémonie a commencé par rassembler des foules très importantes, les spécialistes du marketing en ont fait un business, très rentable. La famille éplorée clôture la maison mortuaire et l’entrée est subordonnée au payement de cinq cents francs, ou mille francs, c’est selon la demande. Et il ne reste aux membres de la famille du défunt, les heureux éplorés, que d’aller négocier avec un pasteur presbytérien ou de ces églises de rue aussi viles que le string d’une petite pute, ashao, de Décon, le quartier des mille délices de Lomé, au Togo. Les recettes se partagent entre les deux parties, selon un contrat prédéfini. Et le jour de l’enterrement, devant un public inestimable et en ébullition, que le défunt soit chrétien, musulman, animiste, bouddhiste, shintoïste, juif, païen… tout, cousin, on peut entendre le pasteur maffieux, sa bible en main, réciter, Et je vis une nouvelle terre et un nouveau ciel, et celui qui est assis sur le trône de gloire dit, Car toute chose a été faite nouvelle… !

Les autorités de Soutacountry ne tardèrent pas à être mises au parfum du succès de la nouvelle entreprise qui s’était installée dans le pays. (…) On demanda au parlement de voter sur-le-champ une loi, non pas pour abolir la pratique, mais la réglementer, la rendre légale. Les pasteurs qui avaient le monopole de ce marché – parce que certains pasteurs se sont vite illustrés comme de vrais rassembleurs de foules avec leurs animations et commentaires qui rendaient la fête de l’enterrement plus importante, devaient former un syndicat, donner une personnalité juridique à leur affaire, l’intégrer dans la zone franche, et payer des redevances fiscales à l’État. Une telle entreprise ne pouvait être gardée dans l’informel, c’était dangereux pour l’économie. Les pasteurs et les familles des défunts boudèrent cette loi, On ne peut plus rien entreprendre dans ce pays sans se heurter à vous, crapules, vous n’avez même plus honte de vous ingérer dans des affaires purement religieuses, hein, qu’est-ce que la fiscalité a à voir avec un enterrement effectué selon les lois de l’Église, Bon Dieu, allez, que ça saute, nous ne paierons rien, si vous n’êtes pas d’accord, allez enlever vos testicules pour les cuire sur de la braise, tas d’andouilles…

Pour lutter contre cette loi ruineuse, les entrepreneurs de cadavres trouvèrent un moyen efficace. Les cérémonies d’enterrement n’allaient plus avoir lieu dans la capitale, et dans les villes environnantes, mais dans un petit village reculé et isolé où l’État n’avait aucun représentant, un village situé à plus de cinq cents kilomètres au nord de la capitale, donc très loin d’elle dans ce pays qui fait à peine six cents kilomètres du Nord au Sud. On allait désormais enterrer tous les cadavres qui passaient par le nouveau business dans ce village, quel que soit leur lieu de provenance. Le chef du village ne réclamait que dix mille francs par cadavre contrairement à l’État qui réclamait une taxe qui dépassait trente pour cent des recettes. Il offrait même son palais pour servir de maison mortuaire.

Ce fut la semaine passée que les autorités fiscales s’étaient aperçu de la supercherie, et elles frappèrent fort.

En effet, un commerçant sénégalais du nom de Soumaïla perdit son fils aîné qui mourut de plaisir à la suite d’un arrêt cardiaque entre les cuisses d’une péripatéticienne de la capitale. Le commerce du Sénégalais allait très mal, et quand on lui annonça la mort de son fils, il murmura entre les dents, Allah m’a écouté. Ses frères qui lui apportèrent la nouvelle ne comprirent rien de cette phrase. Et, comme le veut leur religion, ils demandèrent à leur frère de se préparer pour aller fourrer son enfant dans le sable sur-le-champ, sans tambour ni trompette. Je ne vais pas enterrer mon fils aujourd’hui, je ne vais pas l’enterrer selon les lois de l’islam, mais je le ferai comme le font les chrétiens parce que… Ses frères qui avaient déjà trop souffert de l’avoir entendu prononcer le mot chrétien l’arrêtèrent net, Wallahi, si tu ne veux pas enterrer ton enfant comme le recommande notre religion, c’est ton problème, mais si tu veux raconter des blasphèmes, ta tête va tomber tout de suite. Ils le quittèrent en jurant contre lui. Imperturbable, Soumaïla partit voir un pasteur. Monsieur le Pasteur, mon fils vient de mourir mais je ne veux pas le faire enterrer comme un musulman parce que je viens de me rendre compte que notre religion est une mauvaise religion et le christianisme est la meilleure. Je veux donc vous faire enterrer mon fils pour qu’il aille au ciel. Le pasteur redressa sa soutane et fit le signe de croix, Pas de problème, la porte du Christ est grandement ouverte à tout le monde sans distinction. J’enterrerai donc votre fils sans problème, mais vous devez remplir certaines conditions. Vous savez qu’il faudra christianiser l’âme de votre fils pour qu’il puisse aller au paradis. Et cela demande beaucoup d’argent parce que je dois acheter plein de choses pour la cérémonie. Vous devez donc me donner deux cent mille francs. Soumaïla stupéfait se mit à genoux devant le pasteur, Wallahi, je n’ai pas tout cet argent. Diminuez et je vais payer, j’ai beaucoup d’enfants et si vous faites bien le prix, vous allez me les enterrer tous quand ils vont mourir. Le pasteur rit pendant quelques minutes en passant la main sur son ventre rempli de gris-gris achetés au marché de Ouidah au Bénin, Monsieur Musulman, je ne suis pas au marché ici pour diminuer des prix. Vous me donnez ce que je vous demande et je vous enterre votre fils. N’oubliez pas que vous gagnerez beaucoup d’argent parce qu’il y aura beaucoup d’invités qui viendront de tous les coins du pays, tout le monde apprécie mon animation, si tu ne le sais pas. Le marché fut conclu et le Sénégalais paya les deux cent mille balles rubis sur l’ongle au pasteur. Des faire-part furent envoyés partout dans le pays, invitant les chrétiens à venir assister à l’enterrement d’un jeune garçon qui avait vécu comme musulman mais qui, deux jours avant sa mort, se convertit en chrétien.

Deux semaines après, un grand cortège suivait le cercueil de ce jeune homme musulman, nommé Rachid, mort entre les cuisses d’une pute, mais qui était subitement, après sa mort et selon les manigances du pasteur, devenu un converti au christianisme, nommé Joseph. On arriva dans le village-aux-cadavres autour de vingt heures. On passa la nuit à chanter et danser gaiement autour du cercueil, attendant le jour pour attirer encore plus de foule. Appréciez la foi de ce garçon, ce jeune garçon né musulman, ce jeune garçon ayant grandi musulman, mais qui a rendu l’âme en tant qu’un fervent disciple du Christ, Alléluia ! Qu’il rentre, à tout jamais, dans la paix éternelle du Seigneur, hurlait le pasteur entre deux gorgées du café chaud qu’on lui offrait de temps en temps pour maintenir éveillés ses sens, pour bien continuer et terminer son action publicitaire. Le jour se leva sur une foule de plus de deux mille personnes ayant acheté le ticket de cinq cents francs pour rentrer dans la maison mortuaire et assister à la fête…

Cousin, ce fut au cimetière que les éléphants rentrèrent dans le magasin de porcelaine. Les frères de Soumaïla, ayant deviné les intentions de leur frère, suivis de deux représentants de la Directionnationale des Impôts, avaient suivi le cortège et assisté à toute la scène. Ce fut quand on descendait le cercueil dans le tombeau que les deux représentants de l’État s’approchèrent, montrèrent leurs cartes, et affichèrent sur le cercueil, Cadavre confisqué pour non-paiement de taxes. Cousin, des policiers, personne ne sut d’où ils sortirent, dispersèrent la foule et amenèrent le cercueil dans la capitale. Le jour suivant, tous les cadavres enterrés – même ceux qui s’étaient décomposés – dans ce village furent déterrés et amenés à la place des expositions de la capitale. Tous les cercueils portaient l’inscription, Cadavre confisqué pour non-paiement de taxes. Les propriétaires devaient payer cinq cent mille francs par cadavre pour les récupérer.

Et, cousin, nous autres qui n’avons pu rien trouver avec nos diplômes depuis plus de dix ans, nous avons trouvé un passe-temps pour un peu résister à cette ténébreuse monotonie que nous fait boire le de-père-en-fils des reptiles amorphes, eh bien, cousin, nous nous chargeons d’ouvrir les cercueils et reconnaître, en nous référant aux photos que nous donnent les familles, leurs cadavres qu’ils viennent chercher tous les jours. Et la nuit, cousin, faut pas faire, c’est des cris d’horreur qui nous arrachent à ces interminables cauchemars où tous ces cadavres-là que nous avions chouchoutés pendant la journée en leur tâtant les pommettes et tout le visage pour redresser leurs traits boursouflés viennent, comme des filles amoureuses, nous donner des baisers brûlants sur le front.

Apocalypse des bouchers, Paris, Edilivre, 2011, 206 pages, 18 euros.

 

Par David Kpelly
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 20:46

coeur.jpg

 

A toi, Ahmed D, victime de l’amour impossible de tes parents. Mais qui y croit. Toujours.

 

Il avait la tête sale. Les cheveux en désordre. Son teint clair avait bronzé sous la poussière et les rayons solaires. Ses pieds enflés. Ses jambes et ses bras tremblants. Un petit colis en main. Epuisé. Il inspirait pitié. Il était pitié.

Bonsoir, monsieur, s’il vous plaît, je suis originaire du Bénin et je… Ton cœur en un bond chuta dans ton ventre. Le simple nom de ce pays pouvait te faire ouvrir les entrailles de tous les humains, rien qu’avec tes mains nues. Tu ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit, et tes mains s’étaient chargées de parler. Il comprit et se mit devant toi à genoux. Epuisé. Complètement épuisé, monsieur. Il ne pouvait plus faire un seul pas. De nouveau, ta main parla. De nouveau il insista. Il avait aussi faim. Soif. Plus de cent vingt kilomètres à pied, depuis la ville du Nord où il avait été dépouillé de tout son argent et frappé. Plus d’une semaine à pied, monsieur, ayez pitié. Il avait à peine quinze ans et…

Tu n’avais pas besoin d’explications et tu donnas l’ordre à tes domestiques de le faire sortir. Sur-le-champ ! Dehors, petit ! Tout ce qui portait une trace de ce pays te répugnait, t’incitait au meurtre. Ce pays, c’était toute la douleur de ta vie. Ce pays, c’était ton échec ! Eternel !

……………………………

La jeune femme avait passé toute la nuit à t’avertir, les yeux en larmes, devant toi à genoux. Tu devais fuir sur-le-champ. Tu ne la perdrais pas. Juste un peu de temps pour tromper la vigilance des prêtres et te rejoindre. Entre le Bénin et le Sahéli, il y avait à peine deux mille cinq cents kilomètres, et elle te rejoindrait facilement. Avec la grossesse. Votre trésor. Comme tu lui avais assuré que tes parents seraient heureux de les accueillir, elle et son enfant. Vous continueriez ensemble vos études et votre amour et vous vous marieriez après. Simple ! Il fallait que tu partes, avait-elle supplié. C’était la meilleure solution. L’unique solution. Elle connaissait très bien ces prêtres. Ils ne te pardonneraient jamais ! Ils n’allaient pas contre ton acte défendre les divinités mais allaient sur toi faire pleuvoir la violente pluie de leur jalousie. Leur vengeance. Ils lui avaient tous à plusieurs reprises fait la cour mais elle les avait tous rejetés. Ils avaient même trois fois osé la violer mais elle s’était défendue en les mordant. Elle avait même commencé à douter de leur sincérité. Si vraiment elle était l’adepte des sirènes et n’avait le droit d’entretenir des relations amoureuses avec aucun humain, pourquoi lui faisaient-ils donc la cour ? Ne serait-ce pas eux-mêmes qui de cette mystérieuse maladie l’avaient frappée, quand elle avait à peine cinq ans, et avaient exigé à ses parents qu’ils l’emmenassent dans le sanctuaire vivre parce qu’elle était destinée aux sirènes ? Mais tout cela elle y verrait plus clair après. Toi tu étais étranger, et il fallait impérativement  que tu partes. Un étranger a toujours tort.  Pars, mon amour, tu ne me perdras jamais, je te rejoindrai avec la grossesse. Je suis une femme et je serai prête à tout pour suivre mon amour.

Mais toi tu étais trop galant et amoureux pour écouter et croire les propos de cette petite fille poltronne. Tu avais posé un acte et tu allais assumer toutes les conséquences. Tu étais prêt à défendre ton amour devant toutes les forces de la Terre. Tu n’avais pas, toutes les nuits, depuis trois mois, escaladé les murs du sanctuaire pour la laisser souffrir seule avec une grossesse…

Le lendemain, tu t’étais au sanctuaire présenté. Tu avais tout révélé aux vieux prêtres. Jeune homme, vous avez été envoyé ici pour étudier, mais vous vous êtes permis de toucher à l’intouchable. Vous avez rendu enceinte une adepte des sirènes des eaux et vous devez payer. Même les hommes de ce pays ne sont pas autorisés à toucher à cette fille, à plus forte raison vous un étranger, venu de très loin. Vous avez commis un grand sacrilège. Vous devez choisir entre l’organe à perdre pour calmer la colère de toutes les eaux contre vous et votre maîtresse levée. Vous avez le choix entre vos membres inférieurs, une paralysie à vie, votre vue, une cécité à vie, ou votre ouïe, une surdité à vie. Ils ne présentaient pas une mine sévère. Tu crus même sur leurs lèvres détecter un petit sourire narquois. Une simple plaisanterie de la part de ces vieux comédiens, avais-tu pensé. Ils voulaient juste tester ton amour pour la jeune fille. Tu l’aimais réellement et tu allais le prouver. Sans réfléchir, tu leur demandas de te faire perdre tes membres inférieurs. C’était trop mal connaître les forces du mal, vieux ! Tu n’avais même pas encore refermé ta bouche que dans la poussière tu t’étais retrouvé. Tu avais effectivement perdu l’usage de tes membres inférieurs. Noir.

Tu te retrouvas le lendemain dans une chambre de l’ambassade de la République du Sahéli au Bénin. Tu étais paralysé et allais être vers ton pays transféré. Tu décidas de ne révéler à personne le mystère, mais insistas qu’on te laissât, avant de te déplacer, rencontrer un être à toi très cher, mais on ne t’accorda pas cette chance. Le Sahéli exigeait que tu sois très rapidement ramené.

Tu perdis ainsi ton amante dont tu étais fol amoureux et ta grossesse de deux mois… On fit tout au Sahéli pour te guérir. Sans succès. Vieux, les divinités du noir n’ont pas d’égal en destruction. Tu terminas tes études et grandis dans un fauteuil roulant.

Voici quinze ans que tu es dans cet état et tu refuses de parler à qui que ce soit de la cause de ta maladie. Tu passes tout ton temps à penser et des fois à pleurer et ne veux ouvrir ton cœur à personne. Tu refuses aussi de prendre une compagne qui pourra te consoler et te faire oublier ce qui depuis quinze ans te fait si mal. Mon fils, pourquoi as-tu décidé de rendre ta vie invivable ? te harcelait chaque jour ta mère à qui tu ne répondais même pas. Non, à personne, tu ne révélerais le secret de ton cœur. Et jamais, plus jamais, ta bouche ne prononcerait le nom de ce pays ! Le Bénin. Jamais ! Tu ferais même tout pour que tes oreilles n’entendent plus jamais ce nom ! Plus jamais !

……………………………

Tes domestiques le jetèrent dans la rue. Et, la tête et les cheveux sales, les pieds enflés, les membres tremblants, son colis en main, il s’éloigna en claudiquant.

Il n’avait pas encore, depuis son arrivée dans la capitale du Sahéli, il y avait trois jours, trouvé un seul toit où poser la tête et son colis qui contenait tout son trésor. Une enveloppe dans laquelle sa mère mourante dans le sanctuaire des sirènes lui avait glissé une note portant le nom, le prénom et une photo de son père, cet étranger du Sahéli venu au Bénin étudier, qui l’avait, il y avait quinze ans, aimée et qu’elle avait aimé.

 

 

Par David Kpelly
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 21:24

elephant4.jpg

« Les Togolais et les Ivoiriens sont dangereux, c’est de gros coureurs de femmes, des menteurs, des tueurs, va falloir que nous y trouvions des solutions, on ne veut plus de vous ici. » Accueil costaud. Silence consterné. Du piment dans mes yeux. Disparaître, disparaître. Cette classe promet du gentil gentil. Terre et Ciel, les humiliations de l’enseignement. J’avais pourtant rêvé autre chose, mon Dieu !

La jeune fille, la vingtaine, grave comme le sourire d’un féticheur cocu, me fixait avec rage, sous les regards étonnés de ses camarades. Tenir, ne jamais craquer, ne pas s’emporter devant les étudiants, première incantation d’un enseignant. Un soupir. Un sourire. « Mademoiselle, je ne sais pas ce que vous avez déjà vécu avec un Togolais ou un Ivoirien mais je crois que vous êtes un peu trop dure avec nous et… » «  Excusez-moi monsieur, c’est venu comme ça, j’ai des problèmes personnels, excusez-moi donc. » Un soupir. Soulagé, presque.

Je terminai mon cours les jambes lourdes, le cœur tam-tam. Mon agresseur me suivit. « Je vous présente toutes mes excuses, monsieur, mais c’est juste parce que chaque fois que je vois un Togolais ou un Ivoirien, je pense à ça. » Elle sortit et me tendit une photo où souriait une jeune fille aux pommettes creusées, aux yeux dormants, étrangement très belle.

Terre et Ciel, quelle journée ! Mon cœur, ma tête ! Dis-moi, Fatou, est-ce donc toi ? Que fais-tu là, sur cette photo ? Que fais-tu là avec cette fille qui vient de m’agresser ?

Fatoumata K… Fatou BHM, que je t’ai surnommée, car à la Banque de l’Habitat du Mali je t’ai connue. A la cantine de la Banque où nous étions tous deux stagiaires, trois jours après le début de notre stage. Je peinais à manger le plat de riz qui n’était pas pour moi bien pimenté parce que la cuisine du Mali prépare peu de piment, contrairement à celle de chez moi. Tu étais en face de moi et remarquas ma peine. Tu me demandas si le plat ne me plaisait pas. Y a pas de piment dedans, t’avais-je répondu. Tu remarquas mon look. Chemise biaisée, un crucifix en or au cou, des bracelets aux poignets, le prototype parfait de ceux-là qui sont traités de coureurs de femmes chez vous.

Tu sus que j’étais étranger. Vous êtes d’où, hein, m’avais-tu demandé en souriant. Le Togo. Ah, ce petit pays ! Vous avez vraiment raison, on vous connaît pour ça, vous mangez trop de piment. Le Togo, à part quelques problèmes politiques d’ailleurs spécifiques à tous les pays noirs africains, vous avez un beau pays. Souriante, faisant creuser sur tes pommettes deux fossettes. Et vous vous avez un très joli nez, fis-je en te pinçant le nez. Insolite au Mali ! Un homme qui pince le nez d’une femme, pas même la sienne, en public ! Tu t’étonnas mais ne protestas pas. Je pense que tu m’avais ainsi séduite, me confessas-tu après. Vous manquez de câlins. La plupart de vos hommes, ployant sous le fardeau d’une certaine foutue tradition africaine qui confère toute puissance – et toute méchanceté et animosité, à l’homme, sont à l’image de ce lourdaud de l’anecdote qui débarque le feu au cul chez ses femmes en soulevant son boubou, brandissant son membre viril en érection en ordonnant, Couche-toi, femme !

Fatou BHM, trois jours nous suffirent pour nous coller. Sous le regard étonné de toute la banque, nous passions tous nos temps morts à discuter et rire, presque enlacés. A la cantine, nous partions main de la main, de quoi donner la nausée à tes frères et sœurs. On manquait des fois de s’embrasser en public, dans un pays où même les mariés ne s’affichent pas main dans la main pendant le jour ! Tes frères et sœurs te rappelèrent que tu avais tort en te comportant ainsi, que tu étais du Mali, au Mali, et moi j’étais étranger, tu ne devais pas suivre mes manières débraillées. Trêve de jalousies mal cuites et épicées ! leur fis-tu. Même les responsables de la banque avaient commencé par bouder contre moi qui essayais de détourner leur sœur des bonnes manières, car nous étions devenus chiants avec nos manières de Toubabs. La direction des ressources humaines me convoqua, Jeune homme, vous devez savoir que vous êtes dans un pays à dominance musulmane et il y a certaines manières qui sont permises chez vous qui ne passent pas ici, nous vous demandons donc de faire attention ou nous serons obligés de mettre fin à votre stage.

Nous ne changeâmes pas malgré les mises en garde. Tout le monde nous détesta à mort dans la banque. Tu fus rejetée, à cause de moi, par tes frères et sœurs.

Fatou BHM, notre idylle dura quatre mois. Quatre mois de miel ! Jusqu’au jour où tu me surpris en train de téléphoner au pays. A mon ami en ligne, tu m’entendis dire, avec toute la classe de ma nymphomanie idiote, Je suis en train de venger tous mes frères que ces petites putes ont trahis, je vais les prendre sans cœur et les laisser sans pitié, rien de plus, leurs hommes sont là pour les épouser, pas nous. Tu ne laissas, sur-le-champ, rien paraître, mais quelques minutes plus tard, quand, pour l’ultime fois, tu me laissais goûter à ta chair, tu me demandas si je pensais t’épouser. Par l’affirmative je répondis. Tu me redis alors mot par mot ce qu’à mon ami je disais au téléphone. Tu m’as menti, tu vas mentir à toutes mes sœurs. Si tu ne nous aimes pas, pourquoi ne nous laisses-tu pas tranquilles? Que t’avons-nous fait ? Que t’ai-je fait à part t’avoir aimé ? Tu avais les larmes aux yeux. Blessée. J’essayai de te retenir mais tu te dégageas très violemment et sortis de ma chambre. Le lendemain, tu n’étais pas à la banque. Je téléphonai chez toi. Tu avais voyagé, ce matin, à l’improviste, en Côte d’Ivoire, chez ton père. Tu n’avais donné aucune date de retour.

- Euh, je… vous, euh c’est qui, hein, bredouillai-je en fixant toujours la photo.

- Ma sœur aînée.

- Bon, sincèrement je, je ne sais pas pourquoi vous me montrez sa photo, en fait elle vit ici au Mali ?

- Elle vivait en Côte d’Ivoire.

- Vivait ? Elle n’y vit plus ?

- Elle y a été tuée en mars 2011 durant les violences postélectorales. Elle n’avait jamais voulu vivre en Côte d’Ivoire, elle y était partie en 2009, à l’improviste, pour fuir un jeune Togolais dont elle était follement tombée amoureuse et qui l’a trahie, et elle n’est plus revenue, elle ne reviendra plus.

Des vertiges. Fatou BHM, toi la fille-amour, morte sous les balles ou les coups de machette de la haine, trahie puis assassinée par des hommes méchants, emportant cet amour que je cherche d’aventure en aventure, et que je n’ai pas encore retrouvé ! Morte, arrachée à tous ces hommes à qui tu aurais pu donner de l’amour ! Je tendis ta photo à ta sœur, les mains tremblantes. Et lui tournai rapidement le dos, avant que les petits filets d’eau salée qui s’étaient dans mes yeux formés, ne roulent sur mes joues.

 

Note : Titre inspiré du titre Trop de soleil tue l’amour de l’écrivain camerounais Mongo Beti.

Par David Kpelly
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mon blog sur Mondoblog

Derniers Commentaires

En librairie

 couerture-site.png


 

Fratricide.jpg

 

 

Gigolo-COUV.png


APO-FACE.JPG

Les lettres togolaises

Alem.jpg

                      Kangni Alem 

 

 

Tchak-copie-1.jpg

                       Sami Tchak

 

 

Kossi-Efoui.jpg

                           Kossi Efoui

 

 

Edem-copie-1.jpg

                      Edem Awumey

 

 

ananissoh.jpg

                      Théo Ananissoh 

Recherche

Référence

ulike.PNG

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés