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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 12:01

Mabanckou_Alain.jpg

Alain Mabanckou (Crédit Photo: source)

 

Fiche de lecture de « Lumières de Pointe-Noire » d’Alain Mabanckou

Voici sept ans que je lis Alain Mabanckou, auteur que j’ai découvert, en 2006, avec l’incontournable Verre Cassé. Sept ans que j’ai traqué et lu tous ses anciens romans, et guetté ses nouvelles parutions avec une fiévreuse impatience. Sept ans que j’ai cherché à connaître l’histoire, la vraie, de cet écrivain qui est devenu, depuis 2005, l’un des chantres de la littérature francophone.

Sa biographie le dit natif de Pointe-Noire, ville Côtière du Congo, un pays qu’il quittera après son premier cycle universitaire pour aller poursuivre des études de droit en France, y travailler pendant quelques années, avant d’aller s’installer aux Etats-Unis et y enseigner la littérature francophone depuis une dizaine d’années.

Soit. Mais au-delà de ce Mabanckou des médias, celui qui se distingue par ses chemises à col italien, ses vestes élégantes et surtout sa casquette-culte… j’ai toujours cherché à connaître le parcours intime de l’auteur. Sa naissance. Son enfance. Son adolescence. Ses parents. Ses débuts à l’école. Ses relations avec sa famille au Congo. Ses joies. Ses peines. Ses rêves. Ses regrets… Il y a toujours quelque chose d’enrichissant dans le parcours d’un écrivain confirmé pour un écrivain débutant. L’écrivain débutant se projette dans l’histoire de son mentor, essaie de s’y conformer, cherche à emprunter ses pistes, et éviter ses erreurs.

J’ai refermé Lumières de Pointe-Noire avec un profond soupir de consternation. Dans ce livre qu’il a écrit en 2012 à Pointe-Noire, durant un séjour dans sa ville natale qu’il avait quittée depuis une trentaine d’années, le Prix Renaudot 2006 se confie sans détours. Alain Mabanckou s’est écrit. Sa naissance dans des conditions difficiles, à cause d’un géniteur qui a abandonné sa mère enceinte, son enfance et son adolescence sous la protection de sa mère, Maman Pauline, son père adoptif, Papa Roger, ses oncles et tantes, et d’autres membres de sa famille, ses études primaires et secondaires…

Le long du livre, on ne peut s’empêcher de penser à cette formule de Marcel Pagnol « L’ambition, c’est la richesse des pauvres ». Car au-delà de l’amour de sa mère – dont il est le fils unique, de son père adoptif et de son entourage, Alain Mabanckou n’était riche que de ses ambitions et de ses rêves d’enfant. Des rêves qu’il couvait au contact des livres qu’il lisait et des films qu’il regardait au Cinéma Rex. L’ambition, c’était la grande brèche à travers laquelle pouvait s’évader le jeune garçon gavé des fabuleuses histoires des personnages de livres et de cinéma.

La visite du grand écrivain, une trentaine d’années après, de chacun des lieux qui ont marqué son enfance fait resurgir des souvenirs des fois très douloureux que l’auteur n’est pas arrivé à cacher derrière les mots. La pauvre maison en bois de sa mère, « le château de ma mère », comme il l’a désigné, pour faire un clin d’œil à Marcel Pagnol, une femme qui malgré sa condition difficile a toujours réussi à garder son enfant unique loin de ses soucis. Une femme avec laquelle ce dernier se sépara en 1989 pour aller poursuivre ses études en France, et qu’il n’a plus jamais revue avant sa mort, et dont il n’a pas assisté aux cérémonies d’enterrement. L’ombre de la défunte plane sur tout le livre, tout comme sur le quotidien de l’écrivain «… J’ai encore sur le visage la cicatrice de cette disparition, et même s’il m’arrive de l’enduire d’une couche de joie factice, elle remonte à la surface lorsque s’interrompt soudain mon grand éclat de rire et que surgit dans mes pensées la silhouette de cette femme que je n’ai pas vue vieillir, que je n’ai pas vue mourir, et qui, dans mes rêves les plus tourmentés, me tourne le dos et me dissimule ses larmes. »

Les locaux du Cinéma Rex devenu un temple pour des chrétiens zélés, le Lycée Karl Max devenu le Lycée Victor-Augagneur, le quartier Trois-Cents, le coin des prostituées, se battant pour rester égal à lui-même depuis des dizaines d’années… tout un monde qui s’est effondré derrière le jeune élève cinéphile.

Malgré quelques souvenirs et personnages cocasses comme les cours de drague de Grand Poupy, l’oncle dont l’élégance et les « réussites » auprès des femmes ont toujours charmé l’auteur, et ce mythomane du Restaurant Chez Gaspard qui, entre deux dissertations sur le derrière de la serveuse et des prostituées, jure devant Terre et Ciel avoir été un témoin oculaire des guerres civiles au Congo sur fond de messages haineux contre les Nordistes « voleurs de portefeuilles à distance… », Lumières de Pointe Noire reste une mélopée.

Une mélopée que chante un amant ayant abandonné sa concubine pendant une trentaine d’années, et qui est obligé de la requitter au moment où cette dernière n’a pas fini de lui conter les merveilles de leurs amours passées. Quand se reverront-ils ? L’amant l’ignore, et quitte la concubine la gorge nouée de tristesse et de sanglots. Une très belle histoire d’amour entre un garçon modeste devenu un écrivain mondialement connu et une ville côtière qui se bat pour garder ses charmes malgré l’usure du temps.

Alain Mabanckou, « Lumières de Pointe-Noire », Le Seuil, 2013.

 

 

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David Kpelly David Kpelly
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David Kpelly 25/04/2013 19:23

Salut, cher Edorh
Quel plaisir que de savoir que c'est à travers moi que tu as connu Mabanckou! Cet auteur est super, et je ne peux qu'être content de savoir qu'en parlant de lui, je le fais découvrir à d'autres
mordus de la chose littéraire.
Pour sa biographie à écrire, c'est une très bonne idée, wait and see donc!
Amitiés

Herve Seno Edorh 23/04/2013 23:03

Salut
C'est toi qui m'a fait connaître cet auteur et je vois combien tu adores ses ecris,propose de lui ecrire une biographie. Je suis sur que ce livre fera un carton. A +

Elise 22/04/2013 20:39

Encore un best-seller de ce digne fils d'Afrique que je dois m'empresser d'acheter. Merci pour cette alléchante chronique.

Aimé Ndong 22/04/2013 12:27

Très belle chronique qui me donne envie de lire ce livre tout de suite. Je vais rapidement le chercher. Scré Mabanckou!

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